Sunday, September 26, 2004

Lettre fictive du Très Honorable Paul Martin à ses électeurs

Toute la vérité sur le scandale des commandites, ou ce que Paul Martin nous dirait si la vérité crue était permise en politique.

Mes chers concitoyens et concitoyennes, en l'honneur de la première journée internationale Kim Campbell des vérités qu'on ne peut pas dire, j'ai le plaisir de vous annoncer que je peux enfin vous dire toute la vérité sur le soi-disant scandale des commandites.

Premièrement, je dois vous dire que je ne comprends rien à votre obsession à savoir si j'étais ou non au courant de ce qui se passait. Il faut bien mal connaitre la politique pour accorder l'importance que vous le faites à cette question. D'abord il est bien possible que je n'aie pas eu vent de ce qui s'est passé. Comme vous le savez, M. Chrétien et moi étions loin d'être de grands amis. Nous ne partagions pas du tout la même vision de la politique. Parfois j'envie le talent de M. Chrétien pour ce grand jeu de funambule, je suis assez honnête avec moi-même pour vous admettre que je n'ai pas du tout ses aptitudes pour contenter comme il savait le faire à la fois un grand parti et la population dans son ensemble, des objectifs au premier abord bien contradictoires.

D'ailleurs, dans un sens, c'est bien grâce à moi qu'il y a eu un scandale des commandites. Pas que j'aie participé de quelque manière que ce soit dans les magouilles, mais si M. Chrétien était demeuré premier ministre, il n'y aurait pas eu d'enquête, il n'y aurait pas eu de questions aux communes, il n'y aurait pas eu de démissions. Il vous aurait dit, tout simplement: "Écoutez, là, on avait un pays à défendre, il fallait prendre les moyens qu'il fallait, c'est ce que nous avons fait", il aurait écrasé l'affaire comme il en a écrasé tant d'autres, et ça se serait fini là. C'est grâce à moi que vous avez tout su des dessous de l'affaire. Comme tout ce qui se fait en politique, j'avais plusieurs raisons pour faire éclater le tout au grand jour. D'abord, je n'ai jamais été d'accord avec la manière de faire de M. Chrétien; pour moi ces arrangements entre amis selon le principe de donnant-donnant, ça ne devrait pas avoir sa place en politique. Et il est vrai que j'ai aussi pensé en profiter pour me débarrasser de la vieille garde encombrante de M. Chrétien, c'était un mauvais calcul de ma part, comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai pas du tout l'instinct politique de mon prédecesseur.

Mais voilà où je veux en venir. Si je savais ou non les détails de ce qui s'est passé, la réponse est non. Je l'ai appris en même temps que vous. Mais oui, bien sûr que je savais qu'il se passait des choses pas catholiques, et pas seulement dans ce dossier mais dans bien d'autres auparavant dont vous n'avez pas su grand chose. Mais qu'est-ce que vous vouliez que j'y fasse? Dans un parti politique, il n'y a jamais qu'un chef, c'est lui le capitaine du navire, seul maître à bord après Dieu; et même là, à part aux États-Unis et au Parti Conservateur, Dieu n'en mène pas large. Le chef, c'était Jean Chrétien. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Moi, comme ministre des Finances, si M. Chrétien partageait mes points de vues sur certaines questions, je pouvais agir à ma guise. Mais pour le reste, si je savais, je ne pouvais rien dire et rien faire sans perdre mon poste au Cabinet, et mon ambition personnelle était bien trop grande pour que je pose un tel geste. D'ailleurs, vous le voyez aujourd'hui, je suis enfin Premier Ministre.

M. Chrétien, il était comme ça, et vous l'aimiez bien, un peu comme une femme qui aime assez son homme pour ne pas trop lui poser les questions dont elle ne veut pas vraiment savoir la réponse. C'était une relique de l'ancienne politique, ou les contés du pouvoir recevaient toujours plus de sous que les autres, un homme dont on pourrait dire qu'il n'était pas tant Premier Ministre par ambition que parce que c'est ce qu'il savait le mieux faire dans la vie. C'est une reponsabilité et un stress énorme que de prendre en charge un parti et un pays, et je crois que c'est un des rares qui prenait un plaisir réel à ce jeu qui pour la plupart n'en est pas un. Il avait ses principes, il croyait véritablement à l'idéal canadien, mais il n'a jamais eu peur de casser des oeufs quand il s'agissait de faire une omelette; et le Canada, n'a-t-il pas justement quelque chose de l'omelette, simple et compliqué à la fois?

Voilà, c'est la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. J'espère que vos chastes oreilles n'auront pas trop été offensées et que vous saurez ne pas m'en tenir rigueur quand viendra le temps de me ré-élire avec une majorité libérale. Je vous promets que ce genre de scandale, il y en aura toujours, mais il y en aura bien moins avec moi qu'avec M. Chrétien.

Friday, September 24, 2004

Pourquoi le sport?

On me demande souvent, en tant que représentant vaguement intello des amateurs de sport, quel est le secret de l'attrait du sport. Ce sont surtout les femmes qui posent des questions comme ça, celles du moins qui sont elles-même insensibles à la question; et c'est peut-être typiquement féminin, les questions comportent aussi souvent une affirmation, du genre "est-ce que c'est relié à l'instinct guerrier, un succédané métaphorique pour le combat et les champs de bataille?".

Je dirais qu'il y au moins trois attraits fondamentaux pour le sport, et peut-être qu'il y a un lien entre ce supposé "instinct guerrier" et le fait de suivre et de s'identifier à une équipe, de partager la joie de ses victoires et la déception liée à ses échecs; je ne suis pas convaincu, mais qui sait. Mais ce n'est qu'une partie de la chose sportive, peut-être la plus physique mais pas la plus grande. Il y aussi la beauté du jeu et de la compétition, une beauté à laquelle certains sont sensibles et d'autres non, et il n'y a pas grand chose d'autre à dire là-dessus.

Mais enfin, et, pour moi du moins, surtout, il y a les histoires, et l'Histoire. Parce que suivre le sport en général, ou un sport en particulier, ce n'est pas que souhaiter des victoires et apprécier le beau jeu. C'est aussi connaître les joueurs, les gérants, les équipes, les enjeux, les résultats, le passé et les perspectives d'avenir. C'est l'attrait fondamental que cette soif humaine pour les belles histoires et les moins belles, pour les contes de fée et les mélodrames, pour les épopées et les sagas.

Ce qu'il y a de sûr c'est que c'est l'aspect du plaisir sportif qui, plus que les autres, croît avec l'usage. Prenons un match Yankees - Red Sox par exemple. Mettons, au Fenway Park, à la fin septembre, une poignée de matchs qui séparent les deux équipes au sommet de leur division. Prenons un étranger total, un Ougandais mettons, et mettons-le dans les gradins du champ droit. Il regarde le match tout seul, ah, une balle, des hommes qui la lancent et la frappent avec un baton. Mettons un partisan des Red Sox à côté de lui, ils commencent à parler. Ah, le baseball, ah, les séries s'en viennent, c'est un match important? Les Yankees, qui c'est ça, ah, Steinbrenner, Bucky Dent en 1978, Babe Ruth? Et les autres, ah oui? Ted Williams, Yazstremski, Fisk en 1975, un certain Bill Lee peut-être... Et la malédiction du Bambino, l'équipe d'éternels deuxièmes face aux champions éternels, la rivalité entre deux villes qui s'étend pour s'accaparer d'un pays en entier. Il y en a des choses qui peuvent se dire en neuf manches, au baseball surtout, c'est d'ailleurs peut-être son plus grand attrait à ce sport. Et notre Ougandais, je vous garantis qu'à la fin, il prend pour les Yankees ou les Red Sox, c'est selon, mais son regard a changé.

C'est comme ça le sport, c'est pour ça que dans les contes traditionnels, les personnages reviennent toujours, la Baba Yaga en Russie, Ti-Jean au Québec...Ce n'est jamais exactement le même Ti-Jean d'une histoire à l'autre, mais c'est Ti-Jean, on le connait déjà. C'est ça le plaisir de connaître un sport, de jeter un coup d'oeil sur une télé et savoir ce qui est en jeu, et le plaisir aussi de découvrir un sport, son histoire, ses grands clubs, ses grands joueurs, ses moments de gloire et ses controverses. Oui, Armstrong, mais Armstrong est ce qu'il est parce que Indurain, parce que Anquetil, parce que Eddie Merckx.

Mais bon, avant tout, il faut y être sensible. Il y en a qui vont au musée d'art contemporain et qui ne ressentent rien, et notre Ougandais au Fenway Park, s'il n'y est pas sensible, peut-être qu'il ne ressentira rien non plus. Mais s'il y est sensible, quels plaisirs l'attendent...

Tuesday, September 21, 2004

Madrid, Madrid, ton inaccessible étoile

Quel phénomène que le Real Madrid. Qu'on l'aime ou non, on le regarde, on le lit, on en parle. Ça vient peut-être de la conviction profonde et inébranlable de chaque "madridista" que son club est le plus grand, le plus fort et le plus beau, de la certitude intérieure que tous les autres l'envient d'appartenir en quelque sorte à ce club.

Les nouvelles déboulent depuis quelques jours; après la défaite contre le Bayer Leverkusen en Ligue des Champions, nouvel échec face à l'Espanyol Barcelone. José Antonio Camacho, entraîneur de l'équipe depuis à peine quelques matches, donne sa démission. Attention, ce n'est pas une fausse démission commandée par l'exécutif, c'est lui qui quitte de son plein gré le poste tant convoité, selon chaque madridista, par tous les entraîneurs de la planète, en ayant à peine complété le premier mois de la saison. "No puedo con eso"; je ne peux rien faire avec "ça".

Mais justement, qu'est-ce que c'est que "ça"? C'est la chose la plus étrange et contradictoire du Real. Normalement ça ferait référence aux joueurs, à une équipe de prima donna qui refusent de se plier aux directives du coach. Mais pourtant, ces "galacticos" n'ont rien de la prima donna. Zidane, Ronaldo, Raùl, Figo, Roberto Carlos, Owen, même Beckham, ce sont tous des professionels, avec une bonne éthique de travail et un réel désir de vaincre. Ça n'a rien à voir avec les perpétuelles controverses qui entourent l'équipe nationale Néerlandaise par exemple, toujours scindée en clans ennemis et dont les vedettes se boudent à propos de leur temps de jeu.

"Ça", c'est peut-être justement en partie cette aura d'irréalité qui entoure l'équipe. Tout est plus grand que nature, les joueurs, le stade, et surtout les attentes. La pression est absolument suffocante. Le début de saison avant la déconfiture face au Bayer n'avait pas été si clairement mauvais. Deux courtes victoires par la marque de 1-0, mais deux victoires tout de même, et l'égalité au premier rang de La Liga. Mais déjà les critiques, les doutes et les questions fusaient de toutes parts. Et "Ça", c'est sûrement aussi le président Florentino Perez, capitaine et seul maître à bord, prompt à accepter les fleurs mais le premier à se trouver un bouclier humain pour recevoir les critiques. "Ça", c'est son projet sportif, qui amène l'an passé un Beckham au détriment d'un Makelele moins médiatique mais qui jouait un rôle charnière en milieu de terrain, ou cette année un Michael Owen plutôt qu'un Xabi Alonso pour venir combler les mêmes lacunes.

Le problème de M. Perez c'est que pour être médiatique, il faut faire des choses spectaculaires. M. Beckham sait botter des coups francs, Ronaldo, Raùl et Owen savent (ou savaient dans le cas des deux deniers) marquer des buts, Zidane c'est Zidane, Figo a ses passements de jambes, Roberto Carlos a le pied gauche le plus dévastateur de la planète. Mais dans le sport, il faut aussi savoir faire les choses moins spectaculaires, comme le faisait Makelele par exemple, c'est-à-dire récupérer le ballon, couper les passes, pourchasser l'adversaire. Carlos Queiroz, l'entraineur limogé à la fin de la dernière saison, avait déjà reconnu la chose, demandant à Beckham de jouer le rôle de Makelele. Le pauvre s'y est dévoué avec acharnement, mais à quoi bon signer Beckham si c'est pour lui demander de faire ce qu'il ne fait pas bien? Il n'y a qu'à compter les chandails "23 Beckham" pour avoir la réponse; mais c'est difficile de demander à un entraîneur de composer avec de telles exigences.

Pourtant, les sirènes du Real continuent d'attirer les vedettes vers le naufrage. Patrick Vieira le disait, lui qui est finalement resté avec l'Arsenal, l'appel du Real, sa mystique, ce sont des choses difficiles à résister. Vu de l'extérieur, on peut se demander de ce qui pourrait pousser un joueur de talent et de caractère comme lui à vouloir se mettre dans un merdier pareil. Étrangement, c'est la même chose qui les attire et qui les condamne, ce décalage avec la réalité, ce petit quelque chose d'irréel qui fait à la fois la grandeur et la décadence du Real.

Un petit en passant pour terminer, la crise à Madrid remonte à la saison passée, à la mi-mars très exactement, moment de l'élection de José Luis Rodriguez Zapatero et au départ d'Aznar. Le Real, qui trônait au sommet avec le président de la nation dans les tribunes du Santiago Bernabéu, affiche depuis ce temps deux défaites pour chaque victoire. C'est une coïncidence, j'en conviens. Mais si Aznar était Madridista, Zapatero est un Culé. Et si vous regardez la fiche de Barcelone depuis l'élection, vous verrez que c'est une drôle de coïncidence...

Saturday, September 18, 2004

Économie 101 pour chroniqueurs sportifs

Il est parfaitement normal de dire des conneries parfois, et il n'y a rien de mal à ça. C'est par contre un peu dommage de profiter d'un forum grand public comme le Journal de Montréal pour traiter d'imbécile quelqu'un qui a parfaitement raison. Parait-il que Vincent Damphousse a dit que les salaires des joueurs n'avaient rien à voir avec le prix des billets. Et M. Betrand Raymond de lui faire la leçon pendant une chronique complète, le prenant personnellement à parti de manière parfaitement condescendante et un peu malhonnête vu que M. Damphousse ne peut pas lui répondre de la même façon.

Et bien M. Raymond, vous êtes parfaitement dans le champ. C'est peut-être une opinion largement partagée que la vôtre, mais c'est aussi une opinion purement émotive qui n'a rien à voir avec la réalité. C'est à croire que vous avez séché tous vos cours d'économie quand vous étiez à l'école, ou que vous avez grandi quelque part dans en ex-URSS plutôt qu'en Amérique du Nord. Croyez-vous sérieusement que même si Maurice Richard et compagnie revenaient parmi nous et acceptaient de jouer pour la pitance qu'ils recevaient à l'époque, M. Gillet s'empresserait de réduire le prix des billets en conséquence? Voyons donc, un peu de sérieux. Si le Canadien peut remplir le Centre Bell en chargeant 90$ le billet, c'est ce qu'il va faire. S'il pouvait le remplir en chargeant 500$ le billet, c'est ce qu'il ferait également.

Est-ce que votre billet de cinéma vous coûte 12$ parce que Tom Cruise gagne 20 millions par film? Ou ne serait-ce pas plutôt que Tom Cruise est payé autant parce qu'il est capable de remplir des milliers de salles de cinéma à 12$ le billet? Pourtant, les gens s'extasient et se pâment devant la vie de riches et célèbres des Hollywoodiens de tout acabit, et déversent leur fiel sur les joueurs et leurs salaires soi-disant démesurés. Personellement, je n'y comprends rien; peut-être que c'est parce que les athlètes font partie de notre quotidien, de notre monde, qu'on a un rapport direct et émotif avec eux plutôt que de les voir comme de lointaines étoiles.

Économie 101: les prix varient en fonction de la demande. Si les gens sont prêts à payer, ils vont payer. À la base, ce n'est pas plus compliqué que ça. M. Damphousse a parfaitement raison, et il a le droit de vouloir sa part de l'énorme gâteau qui naît de l'appétit insatiable des gens pour la chose sportive. Les problèmes du sport Nord-Américain ne proviennent pas des demandes salariales des joueurs, mais bien du système vicié et inique qui régit le sport sur ce continent, né de l'instinct protectionniste typiquement américain, et qui garantit à une poignée de privilégiés l'exclusivité du sport professionnel, entrainant du même coup les déménagements de clubs, le chantage pour la construction de nouveaux stades et arénas, la nécessité d'un repêchage qui brime la liberté de travailler des joueurs, et qui empêche un mécanisme naturel de récompense et de punition pour les clubs bien et mal gérés. Jetez un coup d'oeil au sport en Europe, M. Raymond, vous y verrez un système qui a ses propres problèmes mais qui est loin du cancer en phase terminale qui sévit ici et dont nous avons un bel exemple avec la présente grève. Je vous expliquerai plus en détail dans une prochaine chronique.

Thursday, September 16, 2004

La nuit tombe a Madrid et Manchester

La première journée de la Ligue des Champions nous a apporté un autre indice de la chute des deux clubs qui aspiraient à la fin des années 90 et au début du siècle au titre de "plus grand club de la planète". Le Real Madrid démoli 3-0 par le Bayer Leverkusen, une bonne petite équipe allemande qui a déjà fait sien dans le passé le dicton "petit club va loin", mais qui n'a en théorie rien à voir avec les "galacticos" du Real; un nul de 2-2 pour le Manchester contre Lyon, accueilli avec soulagement par des partisans échaudés par le début de saison plus que mou de l'équipe.

Les deux clubs en sont à des stades différents de la pente du déclin, et il n'est peut-être pas encore trop tard pour renverser la vapeur, mais les signes avant-coureurs sont là, et ils sont clairs pour qui veut bien les voir. Si le Madrid et ses partisans, malgré la fin de parcours absolument lamentable de l'année dernière (défaite après défaite dans le dernier mois de la saison), semblent encore obnubilés par son aura de "grand club" et aveugles aux augures défavorables, les Mancuniens pour leur part semblent plus proches d'accepter leur situation, ce qui est déjà un premier pas vers le redressement. Doublés sur leur gauche au niveau financier par Chelsea et les milliards de leur mécène russe Abramovitch, doublés sur la droite au niveau du jeu et de l'ambition par les hommes du manager d'Arsenal Arsène Wenger, ils sont en peut-être en perte de confiance mais ils le sentent, et commencent à faire les démarches pour tenter de redresser la situation. La signature du jeune prodige anglais Wayne Rooney est un pas dans la bonne direction, mais il y a encore beaucoup de travail à faire avant que le Manchester retrouve son niveau d'il y a quelques années.

Du côté du Real Madrid, ce serait beaucoup plus inquiétant si ce n'était du plaisir qu'éprouve l'observateur relativement neutre (le seul observateur réellement neutre étant celui qui est complètement désintéressé par le sport) à voir ces dirigeants imbus d'arrogance, et tout particulièrement son président Florentino Perez, un homme exécrable s'il en est un, voguer allègrement vers un iceberg géant sans même se douter de l'imminence du naufrage. La politique de Perez, axée davantage sur le plan marketing que sportif, attire toute l'équipe avec lui vers la chute.C'est dommage pour les joueurs, tous de vrais professionels qui malgré leur statut de mégastars ne semblent pas compter de prima donna dans leurs rangs; mais après avoir blâmé de manière lamentable l'échec de la saison passée sur l'ancien coach Carlos Queiroz, Perez devra chercher longtemps un autre coupable que lui-même si le Madrid passe à travers comme il l'a fait l'année dernière. Les joueurs vieillissants, le déséquilibre patent sur le terrain, la venue de joueurs hyper-médiatisés comme Beckham et Owen plutôt que de jeunes talentueux, c'est sa politique. Un jour on lui demandera de rendre des comptes.

Prédictions? Une troisième place en Premier League pour le Manchester, et peut-être plus bas si la compétition s'avère plus forte que prévue; pour le Madrid, troisième ou quatrième derrière Barcelone, Valence et peut-être le Deportivo. En Ligue des Champions? Un des deux ne sortira pas des poules, et l'autre tombera en quarts-de-finales. Au jeu de l'arrogance, c'est encore le Madrid qui l'emporte, et ça risque de rendre la chute finale encore plus dure.

Monday, September 13, 2004

De Santis rend hommage à Jacques Lemaire

Une partie bien terne que ce match-retour contre les Salty Dogs de Syracuse. Pourtant, le scénario s'avérait intrigant, avec les bons et les méchants bien campés dès le départ, le capitaine des Salty Dogs Scott Schwitzer prédisant encore plus de grabuge qu'à l'aller (deux cartons rouges pour Syracuse). Pas trop brillant vu le résultat plus que probant de 2-0 pour l'Impact dans le premier match, mais bon, les méchants ne sont pas censés faire preuve de subtilité ou de circonspection.

Si les Salty Dogs ont bien joué leur rôle avec des tacles à la limite du criminel et ce cher M. Schwitzer qui s'est justement pris un carton rouge avant même la mi-temps, c'est l'Impact qui a paru jouer faux; alors que tout le monde sait que mis-à-part un Mac Templeton pour remettre les pendules à l'heure, les bons doivent s'appuyer sur la finesse et la beauté du jeu, l'Impact s'est contenté de défendre péniblement l'avantage durement acquis à l'aller, malgré l'avantage d'un homme dont ils ont profité pendant une bonne soixantaine de minutes. La petite famille qui prenait le soleil dans la rangée juste en haut de la mienne assistait à ce qu'il paraît à son premier match de soccer, et à en juger par les plaintes des enfants face au piètre spectacle qui leur a été présenté, peut-être au dernier.

C'est le résultat final qui compte, convenons-en, mais c'est justement dans cette optique que la stratégie de l'Impact était déficiente. S'il est facile de critiquer un choix qui s'est avéré désastreux, il est plus délicat de le faire suite à une victoire. Criticons tout de même. C'est une erreur classique au foot que de défendre à outrance lorsque l'équipe adverse cherche à remonter un déficit avec un homme en moins. Ce n'est pourtant pas d'avoir un défenseur en plus dans le chaos que peut devenir la zone des buts qui confère réellement l'avantage à l'équipe qui joue à onze, mais plutôt la possibilité de se défendre à armes égales tout en comptant un joueur de plus pour jouer le contre. Foncer à quatre contre trois plutôt qu'à quatre contre quatre vers le but adverse est infiniment plus déterminant que d'avoir un sixième ou un septième joueur dans la zone du gardien tout en cédant la majorité du terrain à l'adversaire. Impossible de compter les ballons dégagés à répétition par les défenseurs de l'Impact vers le milieu du terrain pour être aussitôt récupérés et renvoyés dans la zone par les Salty Dogs, tout simplement à cause du gouffre vertigineux entre Sebrango et Bailey en attaque et les huit autres joueurs qui tentent de ceinturer la zone des buts. Impossible également de compter le nombre de ballons dégagés par le gardien Greg Sutton et déviés vers l'avant en vain par les deux attaquants, malheureusement la seule option d'attaque disponible quand les milieux de terrains se prennent pour des défenseurs.

Allez, malgré tout, l'équipe mérite des félicitations. Ils ont bien réussi à garder leur calme malgré les charges répétées des joueurs du Syracuse, et ont bien exécuté leur travail en défense à part une malencontreuse confusion entre les deux centraux qui a mené au but des Salty Dogs. S'ils ne pratiquent pas un jeu particulièrement attrayant, c'est une équipe qui a du coeur et qui se donne à 100% à chaque match. Si un jour il y a quelques journalistes en plus pour les interviewer, je suis sûr qu'ils vont même se mettre à donner eux aussi leur 110%. C'est juste un peu dommage de mettre autant d'effort et d'énergie à tuer le jeu adverse et aussi peu à créer du jeu en zone offensive. Surtout quand les circonstances du match font que c'est aussi la meilleure option pour s'assurer la victoire.

Tout le monde au Centre Claude-Robillard pour la finale samedi prochain! C'est du sport, c'est pas cher, c'est dehors, c'est familial, la bière est bonne, les gens sont gentils, les joueurs sont attachants. Et si c'est votre premier match, peut-être que vous ne remarquerez pas que Jacques Lemaire, mythique inventeur de la "trappe", s'est réincarné avant même sa mort dans la personne de Nick De Santis.

Friday, September 10, 2004

La Merveille et les Bleus

Avec tout le respect qu'on lui doit en tant que plus grand joueur de l'histoire du hockey, Wayne Gretzky ne m'avait jamais semblé...disons que son intelligence sur patins ne m'était pas aussi apparente lorsqu"il chaussait des souliers de ville. Alors Gretzky le directeur gérant, avouons que ça n'inspirait pas de confiance particulière. Mais bon Dieu, quelle belle équipe il nous a concocté pour cette Coupe du Monde. S'il n'en est pas le seul responsable, c'est lui qui encaissera les critiques en cas d'échec, alors rendons-lui les félicitations qu'il mérite.

S'il est évidemment plus facile de choisir une équipe parmi les meilleurs joueurs canadiens que parmi les biélorusses, c'est malgré tout une entreprise qui recèle ses propres pièges particulièrement pernicieux. L'écueil qui guette tout spécialement les champions, c'est l'aura qui entoure les joueurs qui ont déjà gagné, et qui rend difficile de remplacer les vedettes vieillissantes par des jeunes qui les ont déjà dépassés là où les matchs se jouent, sur la glace. On se complait dans le: "C'est un gagnant, il a fait ses preuves, he knows how to win" et tout ce charabia qui a du vrai mais aussi bien du faux.

Mais là, on a droit à une équipe parfaitement équilibrée: des jeunes comme Heatley, Lecavalier, Richards, ou même dans un sens un gars comme Saint-Louis qui malgré son âge (29 ans) de quasi-vétéran possède encore la fougue et la détermination de la jeunesse vu son éclosion tardive à l'avant-scène du hockey, des vétérans comme Sakic et Lemieux, des joueurs de caractère comme Shane Doan et Kris Draper. Ça peut sembler facile, mais il y a une époque, soit dit en passant une époque où le Canada ne l'emportait pas si souvent, où presque tous les joueurs de l'équipe rentraient dans le même moule, des vedettes offensives dans la trentaine qui avaient déjà connus leurs meilleurs jours. Chapeau, Monsieur Gretzky.

En Europe on a un exemple tout récent qui démontre la difficulté à s'adapter à la victoire, c'est l'équipe nationale de France de foot, ces Bleus glorieux qui ont enfilé la Coupe du Monde en 1998 et le Championnat d'Europe en 2000, et qui ont fait comprendre à une nation encore incrédule que oui, les Français savaient jouer au foot. Si les entraîneurs Aimé Jacquet et Roger Lemerre ont successivement connu la gloire, le second a aussi connu l'échec de sa vie au Mondial Coréen de 2002 et Jacques Santini, face à des attentes élevées mais tout de même plus fragiles, s'est écrasé à l'Euro de cet été.

Pourtant, en toute franchise, si la suprématie est plus contestée entre les meilleurs nations au foot qu'au hockey, où le Canada possède une coche d'avance sur tous les autres depuis la disparition du fameux CCCP, la France possédait tous les éléments pour s'affirmer comme la meilleure équipe du moment. Comme elle compte sur le meilleur système national de développement avec son fameux centre Clairefontaine, la France fait éclore des jeunes à la pelle, lui permettant depuis quelques années d'avoir du succès dans les compétitions de clubs malgré la fuite continuelle de leurs meilleurs éléments vers les ligues plus riches et plus cotées comme la Premier League et la Serie A.

L'histoire de ses échecs en 2002 et 2004, c'est donc l'histoire de comment se laisser écraser par le poids d'une victoire que l'égo national n'était pas prêt à recevoir comme lui étant dû, et de la mythification des joueurs qu'on s'est imaginés forcément hors-normes qui ont amené cette victoire inespérée. Qu'on mythifie Zidane, passe encore; c'est en effet un joueur exceptionnel, qui a tout de même, sinon des défauts, des caractéristiques propres qui le rendent plus efficace dans certains systèmes que d'autres. Mais on a mythifié TOUS les joueurs de cette équipe Championne du Monde, d'excellents joueurs, soit, mais qui ne méritaient pas tous pour autant la titularisation à vie en équipe A.

Comment remplacer un champion du monde? Au Canada, c'est plus facile, car le Canada, comme le Brésil au foot, s'attend à gagner chaque compétition internationale à laquelle il participe. Qu'un joueur soit champion du monde, c'est presque pris pour acquis dès qu'il enfile l'unifolié. Mais en France, ce fut impossible. Chaque départ à la retraite d'un des artisans de ce Mondial mythique fut annoncé en grande pompe et avec des accents de pompe funèbre, des funérailles nationales plutôt que le renouveau souhaitable d'une équipe qui s'enlisait. A l'Euro 2004, il était devenu parfaitement évident qu'un Lizarazu par exemple n'était plus du tout d'un niveau acceptable pour faire partie d'une équipe qui aspire aux grands honneurs; mais son aura de Champion du Monde le rendait indélogeable, et le Sélectionneur qui s'y serait risqué aurait été vilipendé par toute la presse nationale, journaux dits sérieux y compris.

Raymond Domenech, le nouveau sélectionneur, a au moins le mérite d'affronter la tourmente en intégrant des jeunes comme les Monégasques Evra, Givet et Squillaci. Mérite mitigé puisque les "champions du monde" ont déjà pour la plupart pris la porte qu'on a pas su leur montrer à temps. Il fallait faire comme Monsieur Gretzky, intégrer les jeunes alors que les vétérans sont encore au sommet de leur art, et non pas attendre leur déclin inévitable pour renouveler l'équipe. Difficile de transmettre le flambeau quand les jeunes ne font leur entrée que quand les vétérans ont déjà quitté...

Tuesday, September 07, 2004

Les rhinocéros enfin vaincus

Enfin, après tant de succès en saison régulière, l'Impact est parvenu à battre l'équipe qu'elle n'a jamais su battre en séries, son rival de toujours, cette équipe qui paraissait avoir pour seule fonction de permettre aux partisans de l'Impact de savoir avec certitude quand la saison allait se terminer. L'Impact contre les Raging Rhinos, deuxième match le 5 septembre? Chérie, c'est bon, on peut prendre les billets pour le Botswana le 6. Il n'y a pas de rhinocéros là-bas j'espère?

Une autre victoire par le pointage de 1-0, et tout le mauvais karma des denières années qui s'évapore, le yang redevient le yin, le hasard redevient cette chose volage qui peut abandonner une équipe à tout moment et favoriser celle qui paraissait jusque-là maudite. Bon, assez de métaphores, disons tout simplement que cette fois le ballon roulait pour nous. Remarquez que quand on vise toujours le 1-0, c'est sûr que le hasard se retrouve à jouer un rôle prépondérant. S'il y avait des Italiens au Centre Claude-Robillard hier, ils devaient être fiers de voir l'équipe locale adopter la stratégie des Azzurri de leur terre ancestrale. Un but au match aller, c'est assez; il serait beaucoup trop risqué d'en chercher un deuxième. Et on a toujours ce Sebrango, il a de la graine de buteur, même si on le laisse tout seul en avant il est bien capable de se dénicher une occasion quand même.

Ça a marché. Une occasion pour l'Impact dans le match, un but, Sebrango justement, servi par Ze Roberto il va sans dire. Ce sont les seuls deux joueurs de l'Impact qui ont le talent individuel pour faire surgir le but du néant, sans qu'il naisse du travail du collectif. Et dimanche, le collectif était entièrement voué à la défense. Quand on se la joue ainsi, le match peut tourner sur pas grand chose. Vers la 70e minute, un quasi-but des Rhinos, annulé par l'arbitre pour la simple et bonne raison que le ballon n'avait pas traversé la ligne, les aurait rapprochés à un but de la victoire. Vu le passé entre les deux équipes, vu qu'il est impossible pour une équipe qui défend à outrance depuis 70 minutes d'embrayer ne serait-ce qu'en première et de se créer des chances en attaque, Greg Sutton aurait sans doute vu son but assiégé sans cesse jusqu'à la fin de la partie. Mais le but a été annulé, les Rhinos ont vociféré, un de leurs joueurs a été expulsé, et l'Impact a enfin gagné. C'était bien leur jour et c'était bien leur tour.

Sunday, September 05, 2004

Nostalgie

Pas un méchant match que ce Canada-Russie, quelques belles pièces de jeu, de jolies passes, une bonne intensité en défense, tout ce qu'on a le droit d'attendre d'une partie où un joueur comme Joe Thornton se retrouve sur un quatrième trio. Mais si c'était tout de même un excellent match pour des joueurs de la LNH, ça reste un match ordinaire, disputé par des joueurs qu'on connait, qui pratiquent un style qu'on connait. Rien pour faire rêver.

C'est con, il n'y a personne qui souhaite réellement un retour à l'époque du rideau de fer, mais il y avait quelque chose de magique à savoir qu'en URSS, en Europe de l'Est, il y avait d'autres hommes, d'autres athlètes, aussi forts que nous mais foncièrement différents, fondamentalement "autres". Je n'ai pas connu la Série du Siècle, mais je me souviens de l'Armée Rouge, de Trétiak, du trio KLM, de ces joueurs qui pratiquaient un style différent, qui grandissaient dans un autre système, une autre manière de vivre et de jouer, je me souviens des "no comment" du coach Thikanov, toutes ces choses qui entretenaient une aura de mystère, l'impression d'entrevoir un autre monde qui nous était complètement inaccessible outre dans ces moments-là. Il n'y avait pas de matchs Canada / États-Unis à l'époque; l'intérêt était de savoir lequel de ces deux mondes aux antipodes pouvait démontrer sa supériorité.

La Coupe du Monde, pourtant, ça pourrait redevenir magique, comme ça peut l'être au foot une fois aux quatre ans. Ce qu'il manque? C'est qu'au foot, si bien sûr il n'y a pas de rideau de fer, chaque pays a sa ligue, et si les meilleurs sont distribués dans les quatre ou cinq plus grandes ligues du Vieux Continent, ce n'est pas le même phénomène qu'au hockey où tous les meilleurs joueurs sont concentrés dans la même ligue, et que ce sont eux qu'on regarde jouer à longueur d'année. Si on voit encore une différence entre le style de jeu Canadien et Russe, ça n'a rien avoir avec la dichotomie fondamentale qui les opposait à l'époque. Au foot, on a droit à la samba brésilienne, au jeu plus physique des Anglais, à l'approche "scientifique" des Italiens, à la beauté artisto/intellectuelle des Français...et on découvre toujours des nouveaux joueurs, des nouvelles vedettes, des jeunes qui se sont fait un nom dans leur pays et qui explosent soudain sur la scène mondiale.

C'est peut-être pour ça que je n'entrevois pas la grêve qui s'en vient comme une chose purement négative. Les Européens vont tous retourner jouer chez eux, et si la grêve se prolonge, un an, un an et demi, il n'y a rien qui dit qu'ils vont revenir. Certains, oui, c'est sûr, mais le joueur au-dessus de la moyenne, celui qui empoche trois millions par année plutôt que neuf, peut-être que lui va choisir de rester. Ça changerait le visage du hockey, c'est sûr; mais peut-être que ça lui redonnerait aussi un peu du mystère qu'il a perdu depuis la chute du mur de Berlin.

Thursday, September 02, 2004

L'éléphant sur la glace

Il y a des moments comme ça qui viennent nous rappeler l'écueil qui attend le monde du hockey à la fin de cette Coupe du Monde, cette dernière célébration avant le naufrage, cet orchestre qui continue à jouer sur le pont alors que l'iceberg se pointe déjà à l'horizon. On voit Ryan Smith en entrevue à la télé, belle performance, coudonc, y joue tu encore pour les Oilers lui? La réponse qui tarde à venir des amis, puis la constatation inévitable que lui, comme les autres, il ne joue plus pour les Oilers, il ne joue plus pour personne, qu'avant qu'il joue encore pour qui que ce soit le monde du hockey aura sans doute changé de visage de manière fondamentale.

La grêve, donc, pas possible de l'oublier, un éléphant sur la glace qui trouve miraculeusement une cachette un instant avant qu'on n'aperçoive un bout de sa queue et qu'il revienne obstruer de sa masse la beauté du jeu qui se déroule devant nous. Parlons-en de l'éléphant, déjà qu'il est là, profitons du moment où vous n'en parlez pas pour vous dire des choses qui se perdraient dans le bruit ambiant en temps normal.

Les joueurs sont trop payés? C'est n'importe quoi. Ils sont payés exactement comme vous, en fonction de ce qu'ils rapportent à leurs patrons. Et il ne faut pas mélanger les choses: les billets ne sont pas hors de prix parce que les joueurs sont payés des sommes faramineuses; les salaires des joueurs sont ce qu'ils sont parce que les billets sont chers, et les billets sont chers parce que les gens sont prêts à payer une fortune pour voir une partie de hockey. Si vous êtes prêts à payer, vous allez payer; que Saku Koivu reçoive 60 000$ par année ou 6 000 000$ n'y change rien. La grêve ou le lock-out, c'est pour régler la question de qui va empocher l'argent que vous déboursez: George Gillet ou Saku Koivu? La soirée au Centre Bell va vous coûter la même chose peu importe. Les propriétaires profitent de cette allergie bien naturelle de l'honnête travailleur au salaire de la superstar pour mettre les amateurs de leur bord. C'est de la bouleshit. Tant qu'à moi, plus mon argent va aux joueurs que j'aime plutôt qu'à un propriétaire généralement déjà richissime, mieux j'aime ça.

Mais non, je ne suis pas du bord des joueurs; ni des propriétaires d'ailleurs. La grêve c'est toujours un constat d'échec, c'est le résultat d'un manque de vision des deux côtés, et c'est surtout le triste corollaire de la difficulté qu'a l'être humain à accepter qu'il peut y avoir un accord sans perdant, un accord où les deux sont gagnants. Il est bien réducteur pour les joueurs et les propriétaires de se percevoir d'abord comme des adversaires; ils sont aussi, voire même davantage, des partenaires. Si le hockey va bien, s'il est en santé, s'il est en croissance, les deux parties en bénéficieront; dans le cas contraire, les deux en pâtiront.

La NBA nous l'a très bien démontré. Au début des années 80, le basket n'était pas un sport très populaire aux États-Unis. Il y a de nombreuses raisons qui viennent expliquer sa croissance fulgurante, mais il n'y a pas de doute qu'un des facteurs a été l'acceptation par les joueurs d'un plafond salarial. Attention, plafond salarial, oui, mais en contre-partie les joueurs recevaient la garantie de percevoir un certain pourcentage de tous les revenus générés par la ligue. Si les revenus montent, le plafond salarial augmente, si les revenus baissent, le plafond descend. Et les revenus n'ayant fait que monter depuis vingt ans, les joueurs reçoivent maintenant des salaires sans commune mesure avec ceux des joueurs de hockey, malgré le plafond salarial.

Il n'y a pas de système parfait, c'est clair, mais le libre-marché dans le monde du sport atteint ses limites là où il nuit de manière excessive à la compétition. Quand les clubs des petits marchés ne sont plus en mesure de compétitionner avec les gros. On ne parle pas de mettre tout le monde sur un pied d'égalité, ce n'est ni possible ni souhaitable; mais il y a un équilibre à trouver qui est essentiel à la bonne santé sportive et financière de la ligue. Mais on ne l'atteindra pas tout de suite, les deux côtés sont encore trop intéressés à faire leur démonstration de force pour accepter de chercher un accord bénéfique pour tous. Et soyons francs, on ne parle pas du baseball avec sa tradition et sa force d'attraction naturelle aux États-Unis; c'est la LNH, une ligue dite de broche-à-foin, à peu près aussi populaire aux States que le basket féminin. Si Bettman et Goodenow s'en vont en grêve, y aura-t-il un Américain pour s'en rendre compte? Une LCH pour aller avec la LCF, ça vous dit, quelqu'un?

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