Sunday, September 26, 2004

Lettre fictive du Très Honorable Paul Martin à ses électeurs

Toute la vérité sur le scandale des commandites, ou ce que Paul Martin nous dirait si la vérité crue était permise en politique.

Mes chers concitoyens et concitoyennes, en l'honneur de la première journée internationale Kim Campbell des vérités qu'on ne peut pas dire, j'ai le plaisir de vous annoncer que je peux enfin vous dire toute la vérité sur le soi-disant scandale des commandites.

Premièrement, je dois vous dire que je ne comprends rien à votre obsession à savoir si j'étais ou non au courant de ce qui se passait. Il faut bien mal connaitre la politique pour accorder l'importance que vous le faites à cette question. D'abord il est bien possible que je n'aie pas eu vent de ce qui s'est passé. Comme vous le savez, M. Chrétien et moi étions loin d'être de grands amis. Nous ne partagions pas du tout la même vision de la politique. Parfois j'envie le talent de M. Chrétien pour ce grand jeu de funambule, je suis assez honnête avec moi-même pour vous admettre que je n'ai pas du tout ses aptitudes pour contenter comme il savait le faire à la fois un grand parti et la population dans son ensemble, des objectifs au premier abord bien contradictoires.

D'ailleurs, dans un sens, c'est bien grâce à moi qu'il y a eu un scandale des commandites. Pas que j'aie participé de quelque manière que ce soit dans les magouilles, mais si M. Chrétien était demeuré premier ministre, il n'y aurait pas eu d'enquête, il n'y aurait pas eu de questions aux communes, il n'y aurait pas eu de démissions. Il vous aurait dit, tout simplement: "Écoutez, là, on avait un pays à défendre, il fallait prendre les moyens qu'il fallait, c'est ce que nous avons fait", il aurait écrasé l'affaire comme il en a écrasé tant d'autres, et ça se serait fini là. C'est grâce à moi que vous avez tout su des dessous de l'affaire. Comme tout ce qui se fait en politique, j'avais plusieurs raisons pour faire éclater le tout au grand jour. D'abord, je n'ai jamais été d'accord avec la manière de faire de M. Chrétien; pour moi ces arrangements entre amis selon le principe de donnant-donnant, ça ne devrait pas avoir sa place en politique. Et il est vrai que j'ai aussi pensé en profiter pour me débarrasser de la vieille garde encombrante de M. Chrétien, c'était un mauvais calcul de ma part, comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai pas du tout l'instinct politique de mon prédecesseur.

Mais voilà où je veux en venir. Si je savais ou non les détails de ce qui s'est passé, la réponse est non. Je l'ai appris en même temps que vous. Mais oui, bien sûr que je savais qu'il se passait des choses pas catholiques, et pas seulement dans ce dossier mais dans bien d'autres auparavant dont vous n'avez pas su grand chose. Mais qu'est-ce que vous vouliez que j'y fasse? Dans un parti politique, il n'y a jamais qu'un chef, c'est lui le capitaine du navire, seul maître à bord après Dieu; et même là, à part aux États-Unis et au Parti Conservateur, Dieu n'en mène pas large. Le chef, c'était Jean Chrétien. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Moi, comme ministre des Finances, si M. Chrétien partageait mes points de vues sur certaines questions, je pouvais agir à ma guise. Mais pour le reste, si je savais, je ne pouvais rien dire et rien faire sans perdre mon poste au Cabinet, et mon ambition personnelle était bien trop grande pour que je pose un tel geste. D'ailleurs, vous le voyez aujourd'hui, je suis enfin Premier Ministre.

M. Chrétien, il était comme ça, et vous l'aimiez bien, un peu comme une femme qui aime assez son homme pour ne pas trop lui poser les questions dont elle ne veut pas vraiment savoir la réponse. C'était une relique de l'ancienne politique, ou les contés du pouvoir recevaient toujours plus de sous que les autres, un homme dont on pourrait dire qu'il n'était pas tant Premier Ministre par ambition que parce que c'est ce qu'il savait le mieux faire dans la vie. C'est une reponsabilité et un stress énorme que de prendre en charge un parti et un pays, et je crois que c'est un des rares qui prenait un plaisir réel à ce jeu qui pour la plupart n'en est pas un. Il avait ses principes, il croyait véritablement à l'idéal canadien, mais il n'a jamais eu peur de casser des oeufs quand il s'agissait de faire une omelette; et le Canada, n'a-t-il pas justement quelque chose de l'omelette, simple et compliqué à la fois?

Voilà, c'est la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. J'espère que vos chastes oreilles n'auront pas trop été offensées et que vous saurez ne pas m'en tenir rigueur quand viendra le temps de me ré-élire avec une majorité libérale. Je vous promets que ce genre de scandale, il y en aura toujours, mais il y en aura bien moins avec moi qu'avec M. Chrétien.
Comments: Post a Comment

<< Home

This page is powered by Blogger. Isn't yours?