Sunday, September 05, 2004

Nostalgie

Pas un méchant match que ce Canada-Russie, quelques belles pièces de jeu, de jolies passes, une bonne intensité en défense, tout ce qu'on a le droit d'attendre d'une partie où un joueur comme Joe Thornton se retrouve sur un quatrième trio. Mais si c'était tout de même un excellent match pour des joueurs de la LNH, ça reste un match ordinaire, disputé par des joueurs qu'on connait, qui pratiquent un style qu'on connait. Rien pour faire rêver.

C'est con, il n'y a personne qui souhaite réellement un retour à l'époque du rideau de fer, mais il y avait quelque chose de magique à savoir qu'en URSS, en Europe de l'Est, il y avait d'autres hommes, d'autres athlètes, aussi forts que nous mais foncièrement différents, fondamentalement "autres". Je n'ai pas connu la Série du Siècle, mais je me souviens de l'Armée Rouge, de Trétiak, du trio KLM, de ces joueurs qui pratiquaient un style différent, qui grandissaient dans un autre système, une autre manière de vivre et de jouer, je me souviens des "no comment" du coach Thikanov, toutes ces choses qui entretenaient une aura de mystère, l'impression d'entrevoir un autre monde qui nous était complètement inaccessible outre dans ces moments-là. Il n'y avait pas de matchs Canada / États-Unis à l'époque; l'intérêt était de savoir lequel de ces deux mondes aux antipodes pouvait démontrer sa supériorité.

La Coupe du Monde, pourtant, ça pourrait redevenir magique, comme ça peut l'être au foot une fois aux quatre ans. Ce qu'il manque? C'est qu'au foot, si bien sûr il n'y a pas de rideau de fer, chaque pays a sa ligue, et si les meilleurs sont distribués dans les quatre ou cinq plus grandes ligues du Vieux Continent, ce n'est pas le même phénomène qu'au hockey où tous les meilleurs joueurs sont concentrés dans la même ligue, et que ce sont eux qu'on regarde jouer à longueur d'année. Si on voit encore une différence entre le style de jeu Canadien et Russe, ça n'a rien avoir avec la dichotomie fondamentale qui les opposait à l'époque. Au foot, on a droit à la samba brésilienne, au jeu plus physique des Anglais, à l'approche "scientifique" des Italiens, à la beauté artisto/intellectuelle des Français...et on découvre toujours des nouveaux joueurs, des nouvelles vedettes, des jeunes qui se sont fait un nom dans leur pays et qui explosent soudain sur la scène mondiale.

C'est peut-être pour ça que je n'entrevois pas la grêve qui s'en vient comme une chose purement négative. Les Européens vont tous retourner jouer chez eux, et si la grêve se prolonge, un an, un an et demi, il n'y a rien qui dit qu'ils vont revenir. Certains, oui, c'est sûr, mais le joueur au-dessus de la moyenne, celui qui empoche trois millions par année plutôt que neuf, peut-être que lui va choisir de rester. Ça changerait le visage du hockey, c'est sûr; mais peut-être que ça lui redonnerait aussi un peu du mystère qu'il a perdu depuis la chute du mur de Berlin.
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