Sunday, November 14, 2004
L'homme à la moustache
Putain de Real. On aimerait tant l'adorer ou le détester, ce Real Madrid, le ranger une bonne fois pour toute dans la catégorie des bons ou dans celles des méchants, mais il persiste à être la grande énigme du foot, une entité fondamentalement paradoxale qui titille et rebute à la fois. Pour ceux qui ne suivent pas son roman-savon au quotidien et ne le connaissent qu'à travers ces chroniques, nous nous étions laissés sur une bien mauvaise note, puisqu'il paraissait à l'époque commencer à débouler la longue pente savonneuse qui mène à la médiocrité. Depuis, que des victoires ou presque, il se pointe en deuxième place en championnat et l'achat-mystère de l'entre-saison, l'anglais Michael Owen, enfile but sur but.
Dernier match? 6-1 contre le promu Albacete. Un grand Ronaldo, un grand Zidane, un grand Raul, parmi d'autres. Et des applaudissements et des cris de joie spontanés face aux exploits de ces grands qui nous font vivre la beauté du foot. Lors de mon passage à Madrid, je me trouvais devant le légendaire stade du Real, le Santiago Bernabeu, lorsqu'un scalper m'a accosté pour me proposer des billets. Je lui dis que no me gusta el Real, je n'aime pas le Real. Aucune importance qu'il me répond, el Real no es un equipo, es un espectaculo; le Real ce n'est pas une équipe, c'est un spectacle. Et à quel spectacle j'avais assisté ce soir-là, surtout ce but canon de Roberto Carlos d'une distance de 40 mètres qui montait encore quand il s'est arrêté dans la lucarne.
Hier soir, ce sont ces souvenirs qui me revenaient en voyant ces footballeurs hors-normes exécuter des gestes impossibles, réveillant le plaisir de l'enfant qui voit un magicien sortir un lapin de son chapeau. Attention, ce n'est pas pour dire que le Real est reparti pour une saison de rêve; battre Albacete 6-1 c'est une chose, mais des matches autrement plus difficiles l'attendent, à commencer par le "super clasico" de la semaine prochaine contre le Barça au Camp Nou, un genre de Canadiens-Nordiques puissance dix. Les lacunes de ce Real demeurent et remonteront sans aucun doute à la surface d'ici la fin de la saison.
Mais depuis le départ de José Antonio Camacho et l'arrivée de Mariano Garcia Remon au poste d'entraîneur, les méga-stars du Madrid semblent avoir retrouvé l'envie de jouer et de s'amuser. Garcia Remon fait un peu penser à Vicente del Bosque, un autre attachant moustachu qui avait connu de beaux moments à la tête de l'équipe avant de se faire impitoyablement licencier par le président Florentino Perez. Il fallait voir Garcia Remon sur la ligne de touche pendant le match contre Albacete, avec sa moustache et son air de bon papa qui ne souhaite que le bonheur de ses enfants. Il y a toutes sortes de moustaches, des moustaches de policier et des moustaches de fermier, des moustaches de dictateur et des moustaches qui ne servent qu'à camoufler de leur broussaille les émotions de celui qui vit un peu trop à fleur de peau. C'est à cette dernière catégorie qu'appartient la moustache de Garcia Remon, et peut-être qu'elle servira de porte-bonheur à une équipe dont on peut mépriser la haute direction mais jamais ses joueurs.
Je me risque à un a parte en terminant; pour ceux qui ne le savent pas, il semble y avoir une bonne proportion d'amateurs de sport parmi la communauté des juifs hassidim de Montréal, bien qu'il soit vrai qu'on les remarque plus prestement que d'autres. Mais ce que je trouve curieux, c'est que jusqu'à maintenant ceux que j'ai rencontrés semblaient tous être partisans soit des Yankees au baseball ou du Real Madrid au foot. Il n'y a rien de mal là-dedans, mais je serais curieux de savoir d'où vient cet attachement à ces deux grands gagnants historiques plutôt que, disons, aux Red Sox ou au Barça justement. Dans tous les cas c'est bien agréable de regarder un match avec eux, ils semblent figurer parmi ceux qui ont le mieux su conserver leur joie d'enfant face au spectacle sportif.
Dernier match? 6-1 contre le promu Albacete. Un grand Ronaldo, un grand Zidane, un grand Raul, parmi d'autres. Et des applaudissements et des cris de joie spontanés face aux exploits de ces grands qui nous font vivre la beauté du foot. Lors de mon passage à Madrid, je me trouvais devant le légendaire stade du Real, le Santiago Bernabeu, lorsqu'un scalper m'a accosté pour me proposer des billets. Je lui dis que no me gusta el Real, je n'aime pas le Real. Aucune importance qu'il me répond, el Real no es un equipo, es un espectaculo; le Real ce n'est pas une équipe, c'est un spectacle. Et à quel spectacle j'avais assisté ce soir-là, surtout ce but canon de Roberto Carlos d'une distance de 40 mètres qui montait encore quand il s'est arrêté dans la lucarne.
Hier soir, ce sont ces souvenirs qui me revenaient en voyant ces footballeurs hors-normes exécuter des gestes impossibles, réveillant le plaisir de l'enfant qui voit un magicien sortir un lapin de son chapeau. Attention, ce n'est pas pour dire que le Real est reparti pour une saison de rêve; battre Albacete 6-1 c'est une chose, mais des matches autrement plus difficiles l'attendent, à commencer par le "super clasico" de la semaine prochaine contre le Barça au Camp Nou, un genre de Canadiens-Nordiques puissance dix. Les lacunes de ce Real demeurent et remonteront sans aucun doute à la surface d'ici la fin de la saison.
Mais depuis le départ de José Antonio Camacho et l'arrivée de Mariano Garcia Remon au poste d'entraîneur, les méga-stars du Madrid semblent avoir retrouvé l'envie de jouer et de s'amuser. Garcia Remon fait un peu penser à Vicente del Bosque, un autre attachant moustachu qui avait connu de beaux moments à la tête de l'équipe avant de se faire impitoyablement licencier par le président Florentino Perez. Il fallait voir Garcia Remon sur la ligne de touche pendant le match contre Albacete, avec sa moustache et son air de bon papa qui ne souhaite que le bonheur de ses enfants. Il y a toutes sortes de moustaches, des moustaches de policier et des moustaches de fermier, des moustaches de dictateur et des moustaches qui ne servent qu'à camoufler de leur broussaille les émotions de celui qui vit un peu trop à fleur de peau. C'est à cette dernière catégorie qu'appartient la moustache de Garcia Remon, et peut-être qu'elle servira de porte-bonheur à une équipe dont on peut mépriser la haute direction mais jamais ses joueurs.
Je me risque à un a parte en terminant; pour ceux qui ne le savent pas, il semble y avoir une bonne proportion d'amateurs de sport parmi la communauté des juifs hassidim de Montréal, bien qu'il soit vrai qu'on les remarque plus prestement que d'autres. Mais ce que je trouve curieux, c'est que jusqu'à maintenant ceux que j'ai rencontrés semblaient tous être partisans soit des Yankees au baseball ou du Real Madrid au foot. Il n'y a rien de mal là-dedans, mais je serais curieux de savoir d'où vient cet attachement à ces deux grands gagnants historiques plutôt que, disons, aux Red Sox ou au Barça justement. Dans tous les cas c'est bien agréable de regarder un match avec eux, ils semblent figurer parmi ceux qui ont le mieux su conserver leur joie d'enfant face au spectacle sportif.