Saturday, September 18, 2004

Économie 101 pour chroniqueurs sportifs

Il est parfaitement normal de dire des conneries parfois, et il n'y a rien de mal à ça. C'est par contre un peu dommage de profiter d'un forum grand public comme le Journal de Montréal pour traiter d'imbécile quelqu'un qui a parfaitement raison. Parait-il que Vincent Damphousse a dit que les salaires des joueurs n'avaient rien à voir avec le prix des billets. Et M. Betrand Raymond de lui faire la leçon pendant une chronique complète, le prenant personnellement à parti de manière parfaitement condescendante et un peu malhonnête vu que M. Damphousse ne peut pas lui répondre de la même façon.

Et bien M. Raymond, vous êtes parfaitement dans le champ. C'est peut-être une opinion largement partagée que la vôtre, mais c'est aussi une opinion purement émotive qui n'a rien à voir avec la réalité. C'est à croire que vous avez séché tous vos cours d'économie quand vous étiez à l'école, ou que vous avez grandi quelque part dans en ex-URSS plutôt qu'en Amérique du Nord. Croyez-vous sérieusement que même si Maurice Richard et compagnie revenaient parmi nous et acceptaient de jouer pour la pitance qu'ils recevaient à l'époque, M. Gillet s'empresserait de réduire le prix des billets en conséquence? Voyons donc, un peu de sérieux. Si le Canadien peut remplir le Centre Bell en chargeant 90$ le billet, c'est ce qu'il va faire. S'il pouvait le remplir en chargeant 500$ le billet, c'est ce qu'il ferait également.

Est-ce que votre billet de cinéma vous coûte 12$ parce que Tom Cruise gagne 20 millions par film? Ou ne serait-ce pas plutôt que Tom Cruise est payé autant parce qu'il est capable de remplir des milliers de salles de cinéma à 12$ le billet? Pourtant, les gens s'extasient et se pâment devant la vie de riches et célèbres des Hollywoodiens de tout acabit, et déversent leur fiel sur les joueurs et leurs salaires soi-disant démesurés. Personellement, je n'y comprends rien; peut-être que c'est parce que les athlètes font partie de notre quotidien, de notre monde, qu'on a un rapport direct et émotif avec eux plutôt que de les voir comme de lointaines étoiles.

Économie 101: les prix varient en fonction de la demande. Si les gens sont prêts à payer, ils vont payer. À la base, ce n'est pas plus compliqué que ça. M. Damphousse a parfaitement raison, et il a le droit de vouloir sa part de l'énorme gâteau qui naît de l'appétit insatiable des gens pour la chose sportive. Les problèmes du sport Nord-Américain ne proviennent pas des demandes salariales des joueurs, mais bien du système vicié et inique qui régit le sport sur ce continent, né de l'instinct protectionniste typiquement américain, et qui garantit à une poignée de privilégiés l'exclusivité du sport professionnel, entrainant du même coup les déménagements de clubs, le chantage pour la construction de nouveaux stades et arénas, la nécessité d'un repêchage qui brime la liberté de travailler des joueurs, et qui empêche un mécanisme naturel de récompense et de punition pour les clubs bien et mal gérés. Jetez un coup d'oeil au sport en Europe, M. Raymond, vous y verrez un système qui a ses propres problèmes mais qui est loin du cancer en phase terminale qui sévit ici et dont nous avons un bel exemple avec la présente grève. Je vous expliquerai plus en détail dans une prochaine chronique.
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