Friday, September 10, 2004
La Merveille et les Bleus
Avec tout le respect qu'on lui doit en tant que plus grand joueur de l'histoire du hockey, Wayne Gretzky ne m'avait jamais semblé...disons que son intelligence sur patins ne m'était pas aussi apparente lorsqu"il chaussait des souliers de ville. Alors Gretzky le directeur gérant, avouons que ça n'inspirait pas de confiance particulière. Mais bon Dieu, quelle belle équipe il nous a concocté pour cette Coupe du Monde. S'il n'en est pas le seul responsable, c'est lui qui encaissera les critiques en cas d'échec, alors rendons-lui les félicitations qu'il mérite.
S'il est évidemment plus facile de choisir une équipe parmi les meilleurs joueurs canadiens que parmi les biélorusses, c'est malgré tout une entreprise qui recèle ses propres pièges particulièrement pernicieux. L'écueil qui guette tout spécialement les champions, c'est l'aura qui entoure les joueurs qui ont déjà gagné, et qui rend difficile de remplacer les vedettes vieillissantes par des jeunes qui les ont déjà dépassés là où les matchs se jouent, sur la glace. On se complait dans le: "C'est un gagnant, il a fait ses preuves, he knows how to win" et tout ce charabia qui a du vrai mais aussi bien du faux.
Mais là, on a droit à une équipe parfaitement équilibrée: des jeunes comme Heatley, Lecavalier, Richards, ou même dans un sens un gars comme Saint-Louis qui malgré son âge (29 ans) de quasi-vétéran possède encore la fougue et la détermination de la jeunesse vu son éclosion tardive à l'avant-scène du hockey, des vétérans comme Sakic et Lemieux, des joueurs de caractère comme Shane Doan et Kris Draper. Ça peut sembler facile, mais il y a une époque, soit dit en passant une époque où le Canada ne l'emportait pas si souvent, où presque tous les joueurs de l'équipe rentraient dans le même moule, des vedettes offensives dans la trentaine qui avaient déjà connus leurs meilleurs jours. Chapeau, Monsieur Gretzky.
En Europe on a un exemple tout récent qui démontre la difficulté à s'adapter à la victoire, c'est l'équipe nationale de France de foot, ces Bleus glorieux qui ont enfilé la Coupe du Monde en 1998 et le Championnat d'Europe en 2000, et qui ont fait comprendre à une nation encore incrédule que oui, les Français savaient jouer au foot. Si les entraîneurs Aimé Jacquet et Roger Lemerre ont successivement connu la gloire, le second a aussi connu l'échec de sa vie au Mondial Coréen de 2002 et Jacques Santini, face à des attentes élevées mais tout de même plus fragiles, s'est écrasé à l'Euro de cet été.
Pourtant, en toute franchise, si la suprématie est plus contestée entre les meilleurs nations au foot qu'au hockey, où le Canada possède une coche d'avance sur tous les autres depuis la disparition du fameux CCCP, la France possédait tous les éléments pour s'affirmer comme la meilleure équipe du moment. Comme elle compte sur le meilleur système national de développement avec son fameux centre Clairefontaine, la France fait éclore des jeunes à la pelle, lui permettant depuis quelques années d'avoir du succès dans les compétitions de clubs malgré la fuite continuelle de leurs meilleurs éléments vers les ligues plus riches et plus cotées comme la Premier League et la Serie A.
L'histoire de ses échecs en 2002 et 2004, c'est donc l'histoire de comment se laisser écraser par le poids d'une victoire que l'égo national n'était pas prêt à recevoir comme lui étant dû, et de la mythification des joueurs qu'on s'est imaginés forcément hors-normes qui ont amené cette victoire inespérée. Qu'on mythifie Zidane, passe encore; c'est en effet un joueur exceptionnel, qui a tout de même, sinon des défauts, des caractéristiques propres qui le rendent plus efficace dans certains systèmes que d'autres. Mais on a mythifié TOUS les joueurs de cette équipe Championne du Monde, d'excellents joueurs, soit, mais qui ne méritaient pas tous pour autant la titularisation à vie en équipe A.
Comment remplacer un champion du monde? Au Canada, c'est plus facile, car le Canada, comme le Brésil au foot, s'attend à gagner chaque compétition internationale à laquelle il participe. Qu'un joueur soit champion du monde, c'est presque pris pour acquis dès qu'il enfile l'unifolié. Mais en France, ce fut impossible. Chaque départ à la retraite d'un des artisans de ce Mondial mythique fut annoncé en grande pompe et avec des accents de pompe funèbre, des funérailles nationales plutôt que le renouveau souhaitable d'une équipe qui s'enlisait. A l'Euro 2004, il était devenu parfaitement évident qu'un Lizarazu par exemple n'était plus du tout d'un niveau acceptable pour faire partie d'une équipe qui aspire aux grands honneurs; mais son aura de Champion du Monde le rendait indélogeable, et le Sélectionneur qui s'y serait risqué aurait été vilipendé par toute la presse nationale, journaux dits sérieux y compris.
Raymond Domenech, le nouveau sélectionneur, a au moins le mérite d'affronter la tourmente en intégrant des jeunes comme les Monégasques Evra, Givet et Squillaci. Mérite mitigé puisque les "champions du monde" ont déjà pour la plupart pris la porte qu'on a pas su leur montrer à temps. Il fallait faire comme Monsieur Gretzky, intégrer les jeunes alors que les vétérans sont encore au sommet de leur art, et non pas attendre leur déclin inévitable pour renouveler l'équipe. Difficile de transmettre le flambeau quand les jeunes ne font leur entrée que quand les vétérans ont déjà quitté...
S'il est évidemment plus facile de choisir une équipe parmi les meilleurs joueurs canadiens que parmi les biélorusses, c'est malgré tout une entreprise qui recèle ses propres pièges particulièrement pernicieux. L'écueil qui guette tout spécialement les champions, c'est l'aura qui entoure les joueurs qui ont déjà gagné, et qui rend difficile de remplacer les vedettes vieillissantes par des jeunes qui les ont déjà dépassés là où les matchs se jouent, sur la glace. On se complait dans le: "C'est un gagnant, il a fait ses preuves, he knows how to win" et tout ce charabia qui a du vrai mais aussi bien du faux.
Mais là, on a droit à une équipe parfaitement équilibrée: des jeunes comme Heatley, Lecavalier, Richards, ou même dans un sens un gars comme Saint-Louis qui malgré son âge (29 ans) de quasi-vétéran possède encore la fougue et la détermination de la jeunesse vu son éclosion tardive à l'avant-scène du hockey, des vétérans comme Sakic et Lemieux, des joueurs de caractère comme Shane Doan et Kris Draper. Ça peut sembler facile, mais il y a une époque, soit dit en passant une époque où le Canada ne l'emportait pas si souvent, où presque tous les joueurs de l'équipe rentraient dans le même moule, des vedettes offensives dans la trentaine qui avaient déjà connus leurs meilleurs jours. Chapeau, Monsieur Gretzky.
En Europe on a un exemple tout récent qui démontre la difficulté à s'adapter à la victoire, c'est l'équipe nationale de France de foot, ces Bleus glorieux qui ont enfilé la Coupe du Monde en 1998 et le Championnat d'Europe en 2000, et qui ont fait comprendre à une nation encore incrédule que oui, les Français savaient jouer au foot. Si les entraîneurs Aimé Jacquet et Roger Lemerre ont successivement connu la gloire, le second a aussi connu l'échec de sa vie au Mondial Coréen de 2002 et Jacques Santini, face à des attentes élevées mais tout de même plus fragiles, s'est écrasé à l'Euro de cet été.
Pourtant, en toute franchise, si la suprématie est plus contestée entre les meilleurs nations au foot qu'au hockey, où le Canada possède une coche d'avance sur tous les autres depuis la disparition du fameux CCCP, la France possédait tous les éléments pour s'affirmer comme la meilleure équipe du moment. Comme elle compte sur le meilleur système national de développement avec son fameux centre Clairefontaine, la France fait éclore des jeunes à la pelle, lui permettant depuis quelques années d'avoir du succès dans les compétitions de clubs malgré la fuite continuelle de leurs meilleurs éléments vers les ligues plus riches et plus cotées comme la Premier League et la Serie A.
L'histoire de ses échecs en 2002 et 2004, c'est donc l'histoire de comment se laisser écraser par le poids d'une victoire que l'égo national n'était pas prêt à recevoir comme lui étant dû, et de la mythification des joueurs qu'on s'est imaginés forcément hors-normes qui ont amené cette victoire inespérée. Qu'on mythifie Zidane, passe encore; c'est en effet un joueur exceptionnel, qui a tout de même, sinon des défauts, des caractéristiques propres qui le rendent plus efficace dans certains systèmes que d'autres. Mais on a mythifié TOUS les joueurs de cette équipe Championne du Monde, d'excellents joueurs, soit, mais qui ne méritaient pas tous pour autant la titularisation à vie en équipe A.
Comment remplacer un champion du monde? Au Canada, c'est plus facile, car le Canada, comme le Brésil au foot, s'attend à gagner chaque compétition internationale à laquelle il participe. Qu'un joueur soit champion du monde, c'est presque pris pour acquis dès qu'il enfile l'unifolié. Mais en France, ce fut impossible. Chaque départ à la retraite d'un des artisans de ce Mondial mythique fut annoncé en grande pompe et avec des accents de pompe funèbre, des funérailles nationales plutôt que le renouveau souhaitable d'une équipe qui s'enlisait. A l'Euro 2004, il était devenu parfaitement évident qu'un Lizarazu par exemple n'était plus du tout d'un niveau acceptable pour faire partie d'une équipe qui aspire aux grands honneurs; mais son aura de Champion du Monde le rendait indélogeable, et le Sélectionneur qui s'y serait risqué aurait été vilipendé par toute la presse nationale, journaux dits sérieux y compris.
Raymond Domenech, le nouveau sélectionneur, a au moins le mérite d'affronter la tourmente en intégrant des jeunes comme les Monégasques Evra, Givet et Squillaci. Mérite mitigé puisque les "champions du monde" ont déjà pour la plupart pris la porte qu'on a pas su leur montrer à temps. Il fallait faire comme Monsieur Gretzky, intégrer les jeunes alors que les vétérans sont encore au sommet de leur art, et non pas attendre leur déclin inévitable pour renouveler l'équipe. Difficile de transmettre le flambeau quand les jeunes ne font leur entrée que quand les vétérans ont déjà quitté...