Monday, August 30, 2004
Gagner sans combat c'est pas si méchant
Si le match de mercredi contre les Aviators d'Edmonton ne nous aura rien appris sur la capacité de l'Impact à lutter contre l'adversité, ce fut par contre un belle occasion de voir la qualité de jeu que l'équipe est en mesure de déployer quand l'adversaire accepte de coopérer. Peu réputés pour la qualité de leur jeu offensif, les Montréalais ont pu se permettre de gaspiller quelques jolies chances de marquer en route vers une victoire sans équivoque au compte de 2 à 0.
La présentation des joueurs avant le match permettait déjà au profane que j'étais de deviner le style de jeu privilégié par l'équipe Montréalaise: deux grands en défense centrale, deux petits latéraux, trois diminutifs milieux de terrain et trois grands attaquants. La recette parfaite pour courir sur les côtés et jouer la longue balle dans le territoire du gardien en espérant qu'elle rencontre la tête d'une de nos grandes pousses. Rien de très original, mais une recette éprouvée qui n'exige pas d'aligner trop d'artistes du ballon.
Si le gouffre de qualité entre les deux équipes se laissait sentir dès les premières actions, on ne peut pas dire que l'Impact s'est pressé pour le convertir en occasions. Lloyd Barker et Chris Williams animaient bien le jeu sur les côtés mais les Montréalais paraissaient incapables de compléter quatre passes consécutives, malgré le peu d'opposition offert par les Aviators. Le but est venu sur la première montée de qualité de l'équipe, un bel échange entre Chris Miller et Zé Roberto menant au centre du latéral Williams dans la surface de réparation. Eduardo Sebrango s'est chargé de prolonger le ballon de la tête jusqu'à Zé Roberto qui s'est sûrement demandé s'il en avait déjà compté un but plus facile.
Tout de suite après la reprise, Sebrango, qui semble avoir le flair propre aux vrais buteurs, a hérité du ballon suite à une erreur défensive avant de déjouer tout le monde (allez, ils étaient deux, mais c'est déjà bien) et d'enfoncer le deuxième but et le dernier clou. Game over, comme dirait Éric Gagné. Le seul joueur d'Edmonton qui paraissait pouvoir faire quoi que ce soit pour changer le résultat final, le petit numéro 7, se démenait tout seul en avant, profitant des rares ballons qui parvenaient jusqu'à lui pour mettre à profit sa vitesse, mais fut maîtrisé sans trop de mal par Braz et Gervais, les deux grands gaillards de la défense centrale montréalaise. On lui suggère de se trouver un autre club s'il ne veut pas tomber dans le piège qui guette les joueurs talentueux qui évoluent dans une équipe sans talent, celui de toujours chercher à tout faire tout seul. Au vu de sa prestation d'hier, il y est déjà à moitié enlisé, mais c'est plutôt compréhensible vu le marasme qui l'entoure.
Pour ce qui est des joueurs à souligner, pas de mauvaises notes pour l'Impact. Williams et Barker ont bien fait leur travail sur les côtés dans un rôle plus offensif, Zé Roberto n'a pas fait honte à la samba brésilienne, Gervais et Braz se sont bien occupés des rares joueurs des Aviators qui sont parvenus jusqu'à eux. Le premier s'est même permis deux incursions assez cocasses dans la zone adverse. En avant, même en alignant trois attaquants. on sent la vocation avant tout défensive de l'équipe, Miller d'abord et ensuite Ribeiro reculant davantage en position de milieu de terrain avancé que de troisième attaquant; mais Ribeiro en particulier a fait un bon travail à ce niveau, provoquant quelques erreurs en pressionnant les joueurs d'Edmonton. On se demande par contre s'il n'a pas un lien de parenté avec son homonyme du Canadien, vu sa propensité à se laisser tomber au sol quand l'arbitre semble prêt à lui faire les yeux doux. Félicitations enfin à Sancho Grande, qui s'occupait du rôle ingrat de seul milieu récupérateur; admettons par contre que c'est plus facile de récupérer le ballon quand l'adversaire le rend aussi gentilment que l'ont fait les Aviators tout au long de la soirée.
Joueur du match, on le donne au numéro 7 d'Edmonton, ainsi que la médaille Pierre de Coubertin pour son esprit sportif face à l'adversité, et on lui suggère de se présenter sur le terrain avec une croix et une couronne d'épine au prochain match, son calvaire est loin d'être terminé.
La présentation des joueurs avant le match permettait déjà au profane que j'étais de deviner le style de jeu privilégié par l'équipe Montréalaise: deux grands en défense centrale, deux petits latéraux, trois diminutifs milieux de terrain et trois grands attaquants. La recette parfaite pour courir sur les côtés et jouer la longue balle dans le territoire du gardien en espérant qu'elle rencontre la tête d'une de nos grandes pousses. Rien de très original, mais une recette éprouvée qui n'exige pas d'aligner trop d'artistes du ballon.
Si le gouffre de qualité entre les deux équipes se laissait sentir dès les premières actions, on ne peut pas dire que l'Impact s'est pressé pour le convertir en occasions. Lloyd Barker et Chris Williams animaient bien le jeu sur les côtés mais les Montréalais paraissaient incapables de compléter quatre passes consécutives, malgré le peu d'opposition offert par les Aviators. Le but est venu sur la première montée de qualité de l'équipe, un bel échange entre Chris Miller et Zé Roberto menant au centre du latéral Williams dans la surface de réparation. Eduardo Sebrango s'est chargé de prolonger le ballon de la tête jusqu'à Zé Roberto qui s'est sûrement demandé s'il en avait déjà compté un but plus facile.
Tout de suite après la reprise, Sebrango, qui semble avoir le flair propre aux vrais buteurs, a hérité du ballon suite à une erreur défensive avant de déjouer tout le monde (allez, ils étaient deux, mais c'est déjà bien) et d'enfoncer le deuxième but et le dernier clou. Game over, comme dirait Éric Gagné. Le seul joueur d'Edmonton qui paraissait pouvoir faire quoi que ce soit pour changer le résultat final, le petit numéro 7, se démenait tout seul en avant, profitant des rares ballons qui parvenaient jusqu'à lui pour mettre à profit sa vitesse, mais fut maîtrisé sans trop de mal par Braz et Gervais, les deux grands gaillards de la défense centrale montréalaise. On lui suggère de se trouver un autre club s'il ne veut pas tomber dans le piège qui guette les joueurs talentueux qui évoluent dans une équipe sans talent, celui de toujours chercher à tout faire tout seul. Au vu de sa prestation d'hier, il y est déjà à moitié enlisé, mais c'est plutôt compréhensible vu le marasme qui l'entoure.
Pour ce qui est des joueurs à souligner, pas de mauvaises notes pour l'Impact. Williams et Barker ont bien fait leur travail sur les côtés dans un rôle plus offensif, Zé Roberto n'a pas fait honte à la samba brésilienne, Gervais et Braz se sont bien occupés des rares joueurs des Aviators qui sont parvenus jusqu'à eux. Le premier s'est même permis deux incursions assez cocasses dans la zone adverse. En avant, même en alignant trois attaquants. on sent la vocation avant tout défensive de l'équipe, Miller d'abord et ensuite Ribeiro reculant davantage en position de milieu de terrain avancé que de troisième attaquant; mais Ribeiro en particulier a fait un bon travail à ce niveau, provoquant quelques erreurs en pressionnant les joueurs d'Edmonton. On se demande par contre s'il n'a pas un lien de parenté avec son homonyme du Canadien, vu sa propensité à se laisser tomber au sol quand l'arbitre semble prêt à lui faire les yeux doux. Félicitations enfin à Sancho Grande, qui s'occupait du rôle ingrat de seul milieu récupérateur; admettons par contre que c'est plus facile de récupérer le ballon quand l'adversaire le rend aussi gentilment que l'ont fait les Aviators tout au long de la soirée.
Joueur du match, on le donne au numéro 7 d'Edmonton, ainsi que la médaille Pierre de Coubertin pour son esprit sportif face à l'adversité, et on lui suggère de se présenter sur le terrain avec une croix et une couronne d'épine au prochain match, son calvaire est loin d'être terminé.
Friday, August 27, 2004
Le Soccer n'est pas le Foot
Drôle de visite culturelle au Centre Claude-Robillard mercredi soir pour le match de l'Impact contre les Kickers d'Edmonton. Bizarre à avouer, mais malgré mon amour sans bornes pour tout ce qui est foot, je n'étais jamais allé voir ne serait-ce qu'un seul match du club de soccer de ma propre ville. Disons les choses comme elles le sont, c'était du snobisme, ni plus ni moins; mais le snobisme étant un sport plutôt ennuyant, je l'ai laissé à la maison pour aller découvrir à quoi pouvait bien ressembler le foot (pardon, le soccer) de ce côté-ci de l'Atlantique.
Le club a compris que les québécois n'ont jamais su refuser une aubaine, et un billet à 5$, c'est une aubaine. Un billet gratuit, c'est encore mieux, et c'est ce que m'a offert un jeune magrébin alors que je faisais la file à la billeterie. Première impression en pénétrant dans l'enceinte: qu'est-ce que ça va être une soirée délicieuse! Des jeunes, des familles, des bribes d'espagnol et d'arabe, la lune vaguement jaunâtre et bien centrée au-dessus de la tribune officielle à moitié vide (15$ c'est une aubaine aussi, mais moins que 5$ et 0$). Des souvenirs de Séville et du stade du Real Betis, où un tour dans les gradins supérieurs un dimanche après-midi donne l'impression d'avoir découvert la Cité des enfants perdus.
Mais Montréal n'est pas Séville, et le soccer n'est pas le foot. La cérémonie d'avant-match le laissait déjà présager, avec sa présentation des joueurs style "match des étoiles", mais c'est lorsque le sifflet de l'arbitre est venu annoncer le début du match que l'illusion s'est effacée complètement. Après les encouragements d'usage, le silence tombe sur le stade. Pas un silence de tension, un silence d'incompréhension. Aucune réaction aux montées, aux passes bien pensées, aux tacles bien calculés. Étrange sensation, comme si j'étais le seul à voir ce qui se passe sur le terrain et que les autres spectateurs regardaient autre chose, un ballet peut-être, qui sait.
Pourtant, un match de foot, c'est aussi une interaction entre le spectateur et le terrain, où le partisan se sent devenir participant, réagissant aux beaux gestes et exhortant les joueurs à jouer de telle ou telle manière. Le sentiment bizarre que ce beau lien s'est coupé, qu'on cherche à dresser une barrière invisible entre moi et le jeu. Pour compenser, il y a une sorte de D.J qui nous dit quand applaudir en faisant jouer ce qui paraît être un enregistrement de 5 000 partisans des Expos qui font claquer les bancs vides à leurs côtés pour encourager une équipe qui s'en fout. Il semble avoir identifié une situation-clé qui pourrait mener à un but: le coup de pied de coin. C'est déjà bon, mais alors pourquoi le fait-il jouer aussi quand c'est l'autre équipe qui profite du corner?
Malgré tout, la première impression était la bonne: quelle délicieuse soirée. Deux buts rapides de l'Impact ont mis la foule un peu plus dans la partie, et tranquillement je me suis rendu compte qu'on était plusieurs amateurs de foot, mais pas encore assez nombreux pour donner le ton à la soirée. Et dans le fond, il y avait quelque chose de très joli dans toutes les petites incongruités: j'ai aperçu dans le foule des chandails du Barça, du Manchester, du Madrid, de l'Arsenal, voire même des Bills de Buffalo ou des Lakers de Los Angeles, mais pas un seul chandail de l'Impact. Une petite brézilienne encourageait Edmonton jusqu'à ce que son papa lui explique que les bons jouaient en blanc. Les gens vont s'asseoir sur le gazon autour du terrain quand il n'y a plus de place dans les gradins. L'impression de quelque chose d'émergeant, d'un peu tout croche mais avec une belle énergie et une charmante naïveté. Quand j'ai gueulé à un joueur de l'Impact d'arrêter de dribbler câlisse, réaction parfaitement normale compte tenu qu'il avait manqué une belle occasion en regardant le ballon plutôt que ses coéquipiers, je me suis fait regardé comme un sale type mal élevé, ce qui n'est pas nécessairement faux, puisque je suis amateur de foot. Mais normalement il n'y a personne à mes côtés d'assez détaché pour s'en rendre compte.
Allez les voir jouer les amis, ça vaut la peine. C'est peut-être impressionnant de voir jouer le Read Madrid avec 90 000 personnes au Santiago Bernabeu, mais l'Impact au Centre Claude-Robillard avec une petite foule bigarée qui passe du bon temps, c'est bien plus charmant. L'année prochaine j'aurai mon billet de saison.
Le club a compris que les québécois n'ont jamais su refuser une aubaine, et un billet à 5$, c'est une aubaine. Un billet gratuit, c'est encore mieux, et c'est ce que m'a offert un jeune magrébin alors que je faisais la file à la billeterie. Première impression en pénétrant dans l'enceinte: qu'est-ce que ça va être une soirée délicieuse! Des jeunes, des familles, des bribes d'espagnol et d'arabe, la lune vaguement jaunâtre et bien centrée au-dessus de la tribune officielle à moitié vide (15$ c'est une aubaine aussi, mais moins que 5$ et 0$). Des souvenirs de Séville et du stade du Real Betis, où un tour dans les gradins supérieurs un dimanche après-midi donne l'impression d'avoir découvert la Cité des enfants perdus.
Mais Montréal n'est pas Séville, et le soccer n'est pas le foot. La cérémonie d'avant-match le laissait déjà présager, avec sa présentation des joueurs style "match des étoiles", mais c'est lorsque le sifflet de l'arbitre est venu annoncer le début du match que l'illusion s'est effacée complètement. Après les encouragements d'usage, le silence tombe sur le stade. Pas un silence de tension, un silence d'incompréhension. Aucune réaction aux montées, aux passes bien pensées, aux tacles bien calculés. Étrange sensation, comme si j'étais le seul à voir ce qui se passe sur le terrain et que les autres spectateurs regardaient autre chose, un ballet peut-être, qui sait.
Pourtant, un match de foot, c'est aussi une interaction entre le spectateur et le terrain, où le partisan se sent devenir participant, réagissant aux beaux gestes et exhortant les joueurs à jouer de telle ou telle manière. Le sentiment bizarre que ce beau lien s'est coupé, qu'on cherche à dresser une barrière invisible entre moi et le jeu. Pour compenser, il y a une sorte de D.J qui nous dit quand applaudir en faisant jouer ce qui paraît être un enregistrement de 5 000 partisans des Expos qui font claquer les bancs vides à leurs côtés pour encourager une équipe qui s'en fout. Il semble avoir identifié une situation-clé qui pourrait mener à un but: le coup de pied de coin. C'est déjà bon, mais alors pourquoi le fait-il jouer aussi quand c'est l'autre équipe qui profite du corner?
Malgré tout, la première impression était la bonne: quelle délicieuse soirée. Deux buts rapides de l'Impact ont mis la foule un peu plus dans la partie, et tranquillement je me suis rendu compte qu'on était plusieurs amateurs de foot, mais pas encore assez nombreux pour donner le ton à la soirée. Et dans le fond, il y avait quelque chose de très joli dans toutes les petites incongruités: j'ai aperçu dans le foule des chandails du Barça, du Manchester, du Madrid, de l'Arsenal, voire même des Bills de Buffalo ou des Lakers de Los Angeles, mais pas un seul chandail de l'Impact. Une petite brézilienne encourageait Edmonton jusqu'à ce que son papa lui explique que les bons jouaient en blanc. Les gens vont s'asseoir sur le gazon autour du terrain quand il n'y a plus de place dans les gradins. L'impression de quelque chose d'émergeant, d'un peu tout croche mais avec une belle énergie et une charmante naïveté. Quand j'ai gueulé à un joueur de l'Impact d'arrêter de dribbler câlisse, réaction parfaitement normale compte tenu qu'il avait manqué une belle occasion en regardant le ballon plutôt que ses coéquipiers, je me suis fait regardé comme un sale type mal élevé, ce qui n'est pas nécessairement faux, puisque je suis amateur de foot. Mais normalement il n'y a personne à mes côtés d'assez détaché pour s'en rendre compte.
Allez les voir jouer les amis, ça vaut la peine. C'est peut-être impressionnant de voir jouer le Read Madrid avec 90 000 personnes au Santiago Bernabeu, mais l'Impact au Centre Claude-Robillard avec une petite foule bigarée qui passe du bon temps, c'est bien plus charmant. L'année prochaine j'aurai mon billet de saison.
Wednesday, August 25, 2004
Le nouveau sport national
Nouveau scandale en gymnastique, alors que des juges incompétents et sans doute corrompus ont mystérieusement donné la médaille de bronze en sauts à un Roumain plutôt qu'au héros national Canadien Kyle Shewfelt. Nouveau protêt d'une fédération olympique canadienne, qui semble déterminée à nous démontrer que la bureaucratie sportive canadienne mérite de s'adjuger comme elle le fait une part démesurée de l'argent destiné au sport canadien, de par son talent pour obtenir par voie administrative les médailles que les athlètes n'ont pu se mériter directement en compétition.
Faux scandale à mon sens, mais terriblement révélateur de l'aveuglement national qui afflige le pays. C'est le propre des juges de tout acabit d'être remis en question. S'ils se basent en effet sur des critères objectifs pour donner une note au sportif, c'est inévitablement leur jugement subjectif qui leur permet d'appliquer ces critères à une performance donnée. Si on quitte le monde su sport un instant, deux propriétaires de clubs échangistes montréalais ont pu le constater récemment alors qu'un fut acquitté et l'autre condamné pour la même accusation d'avoir tenu une maison de débauche. Les deux juges qui siégeaient à la fois aux deux tribunaux ont rendu chaque fois le même verdict, un d'innoncence, l'autre de culpabilité; le troisième, un juge différent pour chaque procès, est venu trancher le débat, se basant sur des critères fondamentalement équivalents mais en arrivant malgré tout à des conclusions diamétralement opposées.
Il y a peut-être là quelque chose de cocasse, mais certes pas de scandaleux; même si on souhaite l'objectivité judiciaire, on reconnaît l'impossibilité d'éliminer complètement le biais subjectif. C'est la même situation dans le cas de Kyle Shewfelt. Il a effectué deux sauts moyens, le roumain deux saut fantastiques, le deuxième se concluant par une quasi-chute qui les a ramené presqu'à un pied d'égalité. Les juges ont tranché, d'autres juges auraient sans doute vu les choses différemment, il n'y a rien là de scandaleux. Pour ce qui est du protêt, après l'affaire Salé-Pelletier en 2002, ça semble être devenu le nouveau sport national canadien; et comme pour tous les nouveaux sports olympiques, le Canada se trouve parmi les meilleurs jusqu'à ce que les autres nations commencent à compétitionner également. J'ose espérer, sans trop d'espoir, que cette judiciarisation du sport s'arrêtera avant que chaque médaille doive être confirmée dans les palais de justice.
Faux scandale à mon sens, mais terriblement révélateur de l'aveuglement national qui afflige le pays. C'est le propre des juges de tout acabit d'être remis en question. S'ils se basent en effet sur des critères objectifs pour donner une note au sportif, c'est inévitablement leur jugement subjectif qui leur permet d'appliquer ces critères à une performance donnée. Si on quitte le monde su sport un instant, deux propriétaires de clubs échangistes montréalais ont pu le constater récemment alors qu'un fut acquitté et l'autre condamné pour la même accusation d'avoir tenu une maison de débauche. Les deux juges qui siégeaient à la fois aux deux tribunaux ont rendu chaque fois le même verdict, un d'innoncence, l'autre de culpabilité; le troisième, un juge différent pour chaque procès, est venu trancher le débat, se basant sur des critères fondamentalement équivalents mais en arrivant malgré tout à des conclusions diamétralement opposées.
Il y a peut-être là quelque chose de cocasse, mais certes pas de scandaleux; même si on souhaite l'objectivité judiciaire, on reconnaît l'impossibilité d'éliminer complètement le biais subjectif. C'est la même situation dans le cas de Kyle Shewfelt. Il a effectué deux sauts moyens, le roumain deux saut fantastiques, le deuxième se concluant par une quasi-chute qui les a ramené presqu'à un pied d'égalité. Les juges ont tranché, d'autres juges auraient sans doute vu les choses différemment, il n'y a rien là de scandaleux. Pour ce qui est du protêt, après l'affaire Salé-Pelletier en 2002, ça semble être devenu le nouveau sport national canadien; et comme pour tous les nouveaux sports olympiques, le Canada se trouve parmi les meilleurs jusqu'à ce que les autres nations commencent à compétitionner également. J'ose espérer, sans trop d'espoir, que cette judiciarisation du sport s'arrêtera avant que chaque médaille doive être confirmée dans les palais de justice.
Sunday, August 22, 2004
Cynisme 101
Le dénouement de la saga Patrick Vieira, le capitaine d'Arsenal destiné tout l'été semblait-il à rejoindre les super-vedettes du Real Madrid, nous propose une question-test très intéressante, qui se résume en ceci: êtes-vous cynique? Résumons les enjeux une dernière fois, puis le renversement surprise: Madrid veut signer Vieira, celui-ci se laisse courtiser et ne dit rien en public, les journaux spéculent et inventent, les pourparlers s'entâment, on est à deux pas de l'entente de transfert, et au final, coup de théâtre: Vieira ne veut plus partir, par amour et par attachement à son club des huit dernières années. Et vous, le croyez-vous? Pas pour l'argent, pas pour une question d'égo, mais par amour et par sentiment d'appartenance, par loyauté?
C'est une question truquée, je l'avoue. La véritable question pourrait être plutôt: jusqu'à quel point êtes-vous prêt à croire malgré toutes les apparences que l'homme peut parfois agir par amour et non par intérêt, peut chercher le bonheur collectif plutôt que la gloriole individuelle? Pour ma part je plaide coupable. Je préfère être parfois naïf que systématiquement cynique, être déçu souvent plutôt que dubitatif toujours. À part par les partisans d'Arsenal (et je plaide coupable là-aussi), je ne crois pas qu'un seul article ait été publié qui ne remettait pas fortement en doute les prétendues motivations altruistes et idéalistes qui auraient poussé Vieira à refuser l'offre du Real; d'ailleurs, sans connaître plus intimement les acteurs du drâme, le cynisme paraît ici être de rigueur, et je me montrerais cynique à mon tour si je ne souffrais pas de la belle illusion de les connaître mieux dans ma partialité que ne pourrait y parvenir quelqu'un d'étranger à leur quête sportive.
Mais si c'est parfois l'idéaliste qui pêche par naïveté, c'est peut-être aussi pour contrecarrer le cynisme ambient qui plane sur l'ensemble de la couverture sportive contemporaine. Pas un athlète qui gagne un championnat sans être aussitôt soupçonné de consommation de drogues illicites; pas un athlète qu'on ne considère davantage motivé par l'argent que par l'amour de son sport; pas un athlète inculpé d'un crime qui ne puisse jouir d'une réelle présomption d'innocence. Quand je lis Jack Todd, que j'apprécie pourtant pour ses qualités humoristiques et son regard personnel, qui accuse carrément Lance Armstrong de dopage et n'accorde aucun mérite à sa sixième victoire historique au dernier Tour de France, ça m'attriste. Allez, je l'avoue, je n'en sais rien si Armstrong se dope ou non. Mais vous non plus, Monsieur Todd. Vous le croyez dopé pour deux raisons: c'est le meilleur, et il est Américain.
C'est que le sport, en somme, c'est comme l'art, ça ne sert à rien, sinon à la beauté. Et voilà, si on n'y croit pas, si réellement on croit que tout le monde est dopé et assoiffé de gloire et d'argent, à quoi bon s'y intéresser? Le cynisme, ce n'est pas mauvais en soi, mais il faut savoir bien doser.
C'est une question truquée, je l'avoue. La véritable question pourrait être plutôt: jusqu'à quel point êtes-vous prêt à croire malgré toutes les apparences que l'homme peut parfois agir par amour et non par intérêt, peut chercher le bonheur collectif plutôt que la gloriole individuelle? Pour ma part je plaide coupable. Je préfère être parfois naïf que systématiquement cynique, être déçu souvent plutôt que dubitatif toujours. À part par les partisans d'Arsenal (et je plaide coupable là-aussi), je ne crois pas qu'un seul article ait été publié qui ne remettait pas fortement en doute les prétendues motivations altruistes et idéalistes qui auraient poussé Vieira à refuser l'offre du Real; d'ailleurs, sans connaître plus intimement les acteurs du drâme, le cynisme paraît ici être de rigueur, et je me montrerais cynique à mon tour si je ne souffrais pas de la belle illusion de les connaître mieux dans ma partialité que ne pourrait y parvenir quelqu'un d'étranger à leur quête sportive.
Mais si c'est parfois l'idéaliste qui pêche par naïveté, c'est peut-être aussi pour contrecarrer le cynisme ambient qui plane sur l'ensemble de la couverture sportive contemporaine. Pas un athlète qui gagne un championnat sans être aussitôt soupçonné de consommation de drogues illicites; pas un athlète qu'on ne considère davantage motivé par l'argent que par l'amour de son sport; pas un athlète inculpé d'un crime qui ne puisse jouir d'une réelle présomption d'innocence. Quand je lis Jack Todd, que j'apprécie pourtant pour ses qualités humoristiques et son regard personnel, qui accuse carrément Lance Armstrong de dopage et n'accorde aucun mérite à sa sixième victoire historique au dernier Tour de France, ça m'attriste. Allez, je l'avoue, je n'en sais rien si Armstrong se dope ou non. Mais vous non plus, Monsieur Todd. Vous le croyez dopé pour deux raisons: c'est le meilleur, et il est Américain.
C'est que le sport, en somme, c'est comme l'art, ça ne sert à rien, sinon à la beauté. Et voilà, si on n'y croit pas, si réellement on croit que tout le monde est dopé et assoiffé de gloire et d'argent, à quoi bon s'y intéresser? Le cynisme, ce n'est pas mauvais en soi, mais il faut savoir bien doser.
Mais lui, est-il content?
Le "feel-good story" des Olympiques c'est bien sûr la performance des footballeurs iraqiens, qui sont parvenus hier à un match d'une médaille en battant les Australiens 1-0 en quart-de-finales. Un parcours impressionnant pour une équipe qui ne s'était jamais même qualifiée pour la Coupe du Monde, quoique le tournoi Olympique donne presque toujours lieu à une surprise, les meilleurs joueurs des grandes équipes ayant pour la plupart déjà rejoint leurs clubs respectifs en vue de la saison qui s'amorce.
Chacun a entendu parlé des sévices que Saddam Hussein infligeait aux athlètes qui décevaient aux attentes en compétition internationale; comme en témoignait un ancien athlète iraquien, mieux valait que le dictateur ne s'intéresse pas trop à ton sport pour éviter la torture, et à ce qu'il paraît, celui-ci était un grand "partisan" de l'équipe de football. C'est d'autant plus joli de les voir triompher aujourd'hui. Et les autorités iraquiennes qui annoncent une semaine de cessez-le-feu en cas de victoire finale, ce qui n'arrivera malheureusement pas, désolé de vous annoncer que ce sont les argentins qui vont l'emporter, quoiqu'un bon geste humanitaire de leur part, du genre de jouer la finale sans gardien, serait apprécié de tous si jamais les iraquiens parviennent en finale.
Mais bon, il y a tout de même une question que je me pose. C'est même la question théologique du jour. Tous les Iraquiens sont contents, les mitraillettes se déchargent dans les airs en guise de célébration plutôt que dans un dessein meurtrier, Sunnites, Chiites et Kurdes partagent tous la même fierté pour cette équipe qui unit la nation. Mais quelque part, croupissant dans une prison perdue, il y a un Iraquien, une gloire perdue; le sait-il ce qui se passe, lui a-t-on dit? Le tortionnaire, le dictateur, le sanguinaire, redevient-il, le temps d'une émotion, un Iraquien heureux, sans plus ni moins?
Chacun a entendu parlé des sévices que Saddam Hussein infligeait aux athlètes qui décevaient aux attentes en compétition internationale; comme en témoignait un ancien athlète iraquien, mieux valait que le dictateur ne s'intéresse pas trop à ton sport pour éviter la torture, et à ce qu'il paraît, celui-ci était un grand "partisan" de l'équipe de football. C'est d'autant plus joli de les voir triompher aujourd'hui. Et les autorités iraquiennes qui annoncent une semaine de cessez-le-feu en cas de victoire finale, ce qui n'arrivera malheureusement pas, désolé de vous annoncer que ce sont les argentins qui vont l'emporter, quoiqu'un bon geste humanitaire de leur part, du genre de jouer la finale sans gardien, serait apprécié de tous si jamais les iraquiens parviennent en finale.
Mais bon, il y a tout de même une question que je me pose. C'est même la question théologique du jour. Tous les Iraquiens sont contents, les mitraillettes se déchargent dans les airs en guise de célébration plutôt que dans un dessein meurtrier, Sunnites, Chiites et Kurdes partagent tous la même fierté pour cette équipe qui unit la nation. Mais quelque part, croupissant dans une prison perdue, il y a un Iraquien, une gloire perdue; le sait-il ce qui se passe, lui a-t-on dit? Le tortionnaire, le dictateur, le sanguinaire, redevient-il, le temps d'une émotion, un Iraquien heureux, sans plus ni moins?
Wednesday, August 18, 2004
Profitons de la pause Olympique, parlons politique
Alors que les chroniqueurs politiques s'intéressent soudain au sport comme ils le font à tous les quatre ans, le moment me paraît bien choisi pour m'occuper de leurs moutons le temps d'une chronique.
Le grand manitou du Québec nationaliste a parlé, et le monde politique est en émoi. Monsieur Parizeau n'a pas son pareil pour soulever la controverse. Bien que ses discours soient toujours subtils et pondérés, ils portent tout naturellement à en tirer des grands titres qui sont tout le contraire. Jacques Parizeau en faveur d'une élection référendaire! Ce n'est pas précisément ce qu'il a dit; il évoque la possibilité, tout en précisant que compte tenu de la réalité historique de la question nationale il serait impossible d'accéder à la souveraineté sans au préalable passer par la voie référendaire. Dans cette nouvelle optique, l'élection donnerait au Parti Québécois le mandat de préparer le chemin et de légiférer en fonction d'une nouvelle consitution québécoise qui serait ratifiée (ou non) par le peuple québécois.
Mais bon, quand on a été sacré épouvantail national, il ne faut pas s'attendre à ce que nos paroles soient interprétées avec un maximum de discernement et de subtilité. D'ailleurs, ce rôle d'épouvantail, il se l'est donné lui-même. Par naïveté ou par stratégie, par égocentrisme ou par désir d'aider la nation, personne ne pourrait le dire avec certitude, mais c'est un rôle qui lui sied à merveille.
Sur le fond de la question, on peut être d'accord ou non. C'est sans aucun doute la suite naturelle du non-intérêt total de Monsieur Parizeau pour ce que souhaitent réellement les québécois. Lui veut la souveraineté, pour le bien du Québec entendons-nous, et si le peuple québécois ne le suit pas dans un chemin qui est si évidemment le bon, ça ne peut être que pour cause de manigances et de complots de la part des ennemis de la souveraineté. Il n'a rien a envier à ce niveau-là à Monsieur Chrétien et son programme des commandites, les deux s'inscrivant dans la même ligne de pensée qui veut que les québécois sont des êtres fondamentalement naïfs et influençables qui ne savent pas ce qu'ils veulent réellement.
Mais malgré tout, ce débat a du bon, parce qu'il incarne et expose au grand jour le dilemme et la contradiction fondamentale du Parti Québécois. Article 1 du programme du parti: le Parti Québécois a comme objectif fondamental de réaliser la souveraineté du Québec de façon démocratique. Mais alors, que faire quand le peuple québécois ne partage pas cet objectif? C'est le noeud gordien qu'aucun chef du parti n'est parvenu à défaire. L'intérêt de la démarche de Monsieur Parizeau, c'est qu'elle porte en elle la possibilité de faire exploser la question une fois pour toute. C'est une proposition qui n'accorde aucune importance à la volonté des québécois dans leur ensemble, et toute l'importance à la volonté des purs et durs du Parti québécois. Adoptée, elle mènerait soit à la ré-élection d'un Jean Charest pourtant loin d'être apprécié de la majorité des québécois, soit à une victoire du PQ suivie d'un cirque national de deux ans à discuter des modalités d'un Québec souverain que les Québécois n'auraient pas encore demandé, et, en toute probabilité, un troisième référendum perdu qui viendrait souligner l'absurdité totale de la démarche.
D'une manière ou d'une autre, fin des programmes, et le PQ aurait à renaître de ses cendres, allégé d'un Article 1 de plus en plus lourd à porter. Et la souveraineté serait remise aux calendes grecques, en attendant qu'une autre génération, moins aigrie que celle de Monsieur Parizeau, reprenne le flambeau.
Le grand manitou du Québec nationaliste a parlé, et le monde politique est en émoi. Monsieur Parizeau n'a pas son pareil pour soulever la controverse. Bien que ses discours soient toujours subtils et pondérés, ils portent tout naturellement à en tirer des grands titres qui sont tout le contraire. Jacques Parizeau en faveur d'une élection référendaire! Ce n'est pas précisément ce qu'il a dit; il évoque la possibilité, tout en précisant que compte tenu de la réalité historique de la question nationale il serait impossible d'accéder à la souveraineté sans au préalable passer par la voie référendaire. Dans cette nouvelle optique, l'élection donnerait au Parti Québécois le mandat de préparer le chemin et de légiférer en fonction d'une nouvelle consitution québécoise qui serait ratifiée (ou non) par le peuple québécois.
Mais bon, quand on a été sacré épouvantail national, il ne faut pas s'attendre à ce que nos paroles soient interprétées avec un maximum de discernement et de subtilité. D'ailleurs, ce rôle d'épouvantail, il se l'est donné lui-même. Par naïveté ou par stratégie, par égocentrisme ou par désir d'aider la nation, personne ne pourrait le dire avec certitude, mais c'est un rôle qui lui sied à merveille.
Sur le fond de la question, on peut être d'accord ou non. C'est sans aucun doute la suite naturelle du non-intérêt total de Monsieur Parizeau pour ce que souhaitent réellement les québécois. Lui veut la souveraineté, pour le bien du Québec entendons-nous, et si le peuple québécois ne le suit pas dans un chemin qui est si évidemment le bon, ça ne peut être que pour cause de manigances et de complots de la part des ennemis de la souveraineté. Il n'a rien a envier à ce niveau-là à Monsieur Chrétien et son programme des commandites, les deux s'inscrivant dans la même ligne de pensée qui veut que les québécois sont des êtres fondamentalement naïfs et influençables qui ne savent pas ce qu'ils veulent réellement.
Mais malgré tout, ce débat a du bon, parce qu'il incarne et expose au grand jour le dilemme et la contradiction fondamentale du Parti Québécois. Article 1 du programme du parti: le Parti Québécois a comme objectif fondamental de réaliser la souveraineté du Québec de façon démocratique. Mais alors, que faire quand le peuple québécois ne partage pas cet objectif? C'est le noeud gordien qu'aucun chef du parti n'est parvenu à défaire. L'intérêt de la démarche de Monsieur Parizeau, c'est qu'elle porte en elle la possibilité de faire exploser la question une fois pour toute. C'est une proposition qui n'accorde aucune importance à la volonté des québécois dans leur ensemble, et toute l'importance à la volonté des purs et durs du Parti québécois. Adoptée, elle mènerait soit à la ré-élection d'un Jean Charest pourtant loin d'être apprécié de la majorité des québécois, soit à une victoire du PQ suivie d'un cirque national de deux ans à discuter des modalités d'un Québec souverain que les Québécois n'auraient pas encore demandé, et, en toute probabilité, un troisième référendum perdu qui viendrait souligner l'absurdité totale de la démarche.
D'une manière ou d'une autre, fin des programmes, et le PQ aurait à renaître de ses cendres, allégé d'un Article 1 de plus en plus lourd à porter. Et la souveraineté serait remise aux calendes grecques, en attendant qu'une autre génération, moins aigrie que celle de Monsieur Parizeau, reprenne le flambeau.
Monday, August 16, 2004
Et c'est reparti...
Nous voilà reparti pour une autre saison de foot. Une autre saison, allez, dans le monde du foot on se demande parfois si on s'arrête jamais vraiment. Finale de Ligue des Champions, un petit mois pas plus et c'est l'Euro, un autre petit mois et tout recommence comme avant. Sans compter que tous les pays qui savent ce qu'est un vrai hiver ont le gros bon sens de jouer tout l'été, mais c'est un fort témoignage de la puissance d'attraction du foot que même le petit mois entre l'Euro et le début des saisons des grandes ligues du Vieux Continent semble parfois bien long.
Déjà deux fins de semaines et deux matches pour la Ligue 1 et la Bundesliga, première fin de semaine pour la Premier League, et La Liga et la Serie A ne tarderont pas à suivre. En Premier League, à part l'affrontement-clé Machester-Chelsea, soldé par un 1-0 à l'avantage des hommes du milliardaire russe Roman Abrahamovich, pas de doute que c'est le match d'Arsenal qui retient le plus l'attention. Malgré l'absence de trois des joueurs de base de l'équipe, dont Patrick Vieira qui a surpris tout le monde en résistant aux sirènes du Real Madrid, un score final sans appel de 4-1 contre une équipe d'Everton qui, avouons-le, ne luttera certes pas pour les places d'honneur cette année.
Un 4-1 au foot, ce n'est pas un 4-1 au hockey; c'est normalement un témoignage d'une domination complète tout au long de la partie. Or, s'ils ont eu le dessus, l'Arsenal a été loin de démontrer ses plus beaux atours. Beaucoup de brisures dans le jeu, surtout en première demie, quelques faiblesses en défense, un jeu en général beaucoup plus décousu que ce qu'ils ont pu nous présenter à d'autres moments. Par contre, la même efficacité absolument meurtrière dans le contre, et c'est quelque chose qui ne pardonne pas. La recette est plutôt simple: un pressing forcené, souvent à trois hommes, lorsque que le porteur de ballon semble en difficultés, et dès la récupération tout le monde ensemble vers le but adverse. Si une équipe comme Everton peut créer l'illusion à 11 contre 11, dans une montée à 4 contre 4 il n'y a rien à faire, et le but est au rendez-vous peut-être une fois sur trois. Quand on sait l'importance capitale de chaque petit but au foot, pas surprenant que beaucoup d'équipes préfèrent jouer à dix en arrière contre les Gunners plutôt que de risquer ainsi la peine capitale.
Au niveau individuel, si les Henry, Bergkamp, Ljungberg et Reyes nous ont encore démontré l'étendue de leur talent, la révélation, comme lors du Community Shield, a sans doute été Francesc Fabregas. À 17 ans et 103 jours, nouveau recordman de jeunesse d'un Arsenal plus que centennaire, le dit Cesc a fait plaisir à Racine en nous démontrant encore une fois qu'on peut être jeune et bon à condition de ne pas trop se poser de questions. Joueur sans complexes, en remplacement d'un Vieira capitaine de France et de l'Arsenal, il a rayonné au centre du terrain. Un vrai joueur de milieu, présent en récupération et cherchant un simple petit plus avec sa première passe, sans dédaigner le jeu en profondeur si un joueur s'est démarqué. Avec tout ça, un appétit du but qui le pousse à parfois s'avancer plus encore que les attaquants lorsqu'il sent l'ouverture. Ses faiblesses? On attendra la suite pour la réponse, ce n'est pas une équipe comme Everton qui saura lui poser les questions pertinentes.
Une partie, une victoire, toujours invaincus en championnat en 41 matchs. Une équipe qui nous titille, qui nous laisse croire que tout est possible. Qu'on voit gagner 4-1 en se demandant ce que ça pourrait donner s'ils se mettaient à réellement bien jouer. Qu'on se prend presque à leur souhaiter une ou deux blessures afin de profiter dès maintenant de tout ce que leurs jeunes talents ont à nous offrir. Et oui, ça recommence, et comme à chaque début de saison, les rêves d'avenir ont repris la place des certitudes du passé.
Déjà deux fins de semaines et deux matches pour la Ligue 1 et la Bundesliga, première fin de semaine pour la Premier League, et La Liga et la Serie A ne tarderont pas à suivre. En Premier League, à part l'affrontement-clé Machester-Chelsea, soldé par un 1-0 à l'avantage des hommes du milliardaire russe Roman Abrahamovich, pas de doute que c'est le match d'Arsenal qui retient le plus l'attention. Malgré l'absence de trois des joueurs de base de l'équipe, dont Patrick Vieira qui a surpris tout le monde en résistant aux sirènes du Real Madrid, un score final sans appel de 4-1 contre une équipe d'Everton qui, avouons-le, ne luttera certes pas pour les places d'honneur cette année.
Un 4-1 au foot, ce n'est pas un 4-1 au hockey; c'est normalement un témoignage d'une domination complète tout au long de la partie. Or, s'ils ont eu le dessus, l'Arsenal a été loin de démontrer ses plus beaux atours. Beaucoup de brisures dans le jeu, surtout en première demie, quelques faiblesses en défense, un jeu en général beaucoup plus décousu que ce qu'ils ont pu nous présenter à d'autres moments. Par contre, la même efficacité absolument meurtrière dans le contre, et c'est quelque chose qui ne pardonne pas. La recette est plutôt simple: un pressing forcené, souvent à trois hommes, lorsque que le porteur de ballon semble en difficultés, et dès la récupération tout le monde ensemble vers le but adverse. Si une équipe comme Everton peut créer l'illusion à 11 contre 11, dans une montée à 4 contre 4 il n'y a rien à faire, et le but est au rendez-vous peut-être une fois sur trois. Quand on sait l'importance capitale de chaque petit but au foot, pas surprenant que beaucoup d'équipes préfèrent jouer à dix en arrière contre les Gunners plutôt que de risquer ainsi la peine capitale.
Au niveau individuel, si les Henry, Bergkamp, Ljungberg et Reyes nous ont encore démontré l'étendue de leur talent, la révélation, comme lors du Community Shield, a sans doute été Francesc Fabregas. À 17 ans et 103 jours, nouveau recordman de jeunesse d'un Arsenal plus que centennaire, le dit Cesc a fait plaisir à Racine en nous démontrant encore une fois qu'on peut être jeune et bon à condition de ne pas trop se poser de questions. Joueur sans complexes, en remplacement d'un Vieira capitaine de France et de l'Arsenal, il a rayonné au centre du terrain. Un vrai joueur de milieu, présent en récupération et cherchant un simple petit plus avec sa première passe, sans dédaigner le jeu en profondeur si un joueur s'est démarqué. Avec tout ça, un appétit du but qui le pousse à parfois s'avancer plus encore que les attaquants lorsqu'il sent l'ouverture. Ses faiblesses? On attendra la suite pour la réponse, ce n'est pas une équipe comme Everton qui saura lui poser les questions pertinentes.
Une partie, une victoire, toujours invaincus en championnat en 41 matchs. Une équipe qui nous titille, qui nous laisse croire que tout est possible. Qu'on voit gagner 4-1 en se demandant ce que ça pourrait donner s'ils se mettaient à réellement bien jouer. Qu'on se prend presque à leur souhaiter une ou deux blessures afin de profiter dès maintenant de tout ce que leurs jeunes talents ont à nous offrir. Et oui, ça recommence, et comme à chaque début de saison, les rêves d'avenir ont repris la place des certitudes du passé.
Thursday, August 12, 2004
Les Olympiques pour tous
Les Olympiques approchent, et vous me demandez souvent si moi, en tant qu'amateur de sport, je salive à l'idée de cet orgie sportive 24h sur 24h sur toutes les chaines de télévision de la planète. Une question bien compréhensible, soit; mais je dois vous répondre que les Olympiques, ce n'est pas pour moi qu'ils les font. C'est pour vous. Oui, oui, pour vous, vous qui ne faites pas la différence entre un googly et une balle papillon, vous qui ne connaissez ni Jonah Lomu ni Yao Ming. C'est pour vous qu'ils les font.
C'est comme pour n'importe quelle entreprise, une fois que le marché de base a été saturé (dans ce cas-ci ce fut bien il y a un jour les amateurs de sport), il faut chercher à élargir ses assises, à conquérir d'autres marchés, quitte à perdre au détour le consommateur initial, comme nous l'a si bien démontré le shampooing Head & Shoulders à une certaine époque. Comme les Olympiques avaient déjà le monopole total de l'attention des amateurs de sport à tous les quatre ans, il ne restait qu'une option pour augmenter les audiences: intéresser ceux qui en théorie n'ont aucun intérêt pour la chose sportive.
Comment effectuer cette quadrature du cercle? Avec un peu de volonté, rien n'est impossible. La recette est simple au départ: si les gens n'aiment pas tous le sport, ils aiment bien les émotions, le human interest, comme on dit en bon jargon télévisé. Et comme par hasard, on s'est rendu compte que les athlètes étaient des être humains, avec une maman et un papa, des difficultés à surmonter et le happy ending au bout du compte, puisqu'ils ont réussi à se rendre aux Olympiques. Le nouveau héros des Olympiques, ce n'est pas celui qui va plus loin, plus haut, plus fort; c'est celui qui a eu l'enfance la plus difficile.
Deuxième difficulté, l'amateur de sport moyen, quand il allume la télévision et voit des gens qui courent après un ballon, prend en moyenne deux à trois minutes à prendre partie pour une ou l'autre des deux équipes, soir pour leur uniforme, leur nom, leur style de jeu, ou tout simplement parce qu'ils tirent de l'arrière au pointage. L'être humain moyen, lui, n'a pas du tout développé ce réflexe-là. La solution? Allez, vous l'avez devinée, j'en suis sûr. Le bon, c'est celui qui a une feuille d'érable scotchée sur le costume. Le méchant, c'est l'autre. Ce n'est pas plus compliqué que ça.
Troisième problème à résoudre, la triste réalité qui veut que bien des sports ne sont pas très télévisuels, pas très sexy. Grâce au ciel, la vogue "X-Treme Games" des années 90 a démontré le chemin à suivre. On ne présentera plus les courses de 3000 mètre steeple, à moins bien sûr qu'il n'y ait une feuille d'érable qui prend part à la course; on proposera à la place une couverture mur-à-mur des compétitions de volleyball de plage, dont la fédération principale, soit dit en passant, impose aux filles le port du bikini.
Un, deux, trois, et on a réussi à créer un sporting event pour tous, un hot dog au tofu, une bière sans alcool. Et oui, je l'avoue, il est possible que j'allume la télé pendant les Olympiques, au cas où par hasard je tomberais sur un haltérophile bulgare qui essaie de lever une barre de 260 kilos. Mais si c'est l'équipe canadienne de nage synchronisée dont le chien / mascotte Ti-Noir est mort de leucémie féline deux jours avant la compétition, je ne serai pas là pour vous tendre le mouchoir.
C'est comme pour n'importe quelle entreprise, une fois que le marché de base a été saturé (dans ce cas-ci ce fut bien il y a un jour les amateurs de sport), il faut chercher à élargir ses assises, à conquérir d'autres marchés, quitte à perdre au détour le consommateur initial, comme nous l'a si bien démontré le shampooing Head & Shoulders à une certaine époque. Comme les Olympiques avaient déjà le monopole total de l'attention des amateurs de sport à tous les quatre ans, il ne restait qu'une option pour augmenter les audiences: intéresser ceux qui en théorie n'ont aucun intérêt pour la chose sportive.
Comment effectuer cette quadrature du cercle? Avec un peu de volonté, rien n'est impossible. La recette est simple au départ: si les gens n'aiment pas tous le sport, ils aiment bien les émotions, le human interest, comme on dit en bon jargon télévisé. Et comme par hasard, on s'est rendu compte que les athlètes étaient des être humains, avec une maman et un papa, des difficultés à surmonter et le happy ending au bout du compte, puisqu'ils ont réussi à se rendre aux Olympiques. Le nouveau héros des Olympiques, ce n'est pas celui qui va plus loin, plus haut, plus fort; c'est celui qui a eu l'enfance la plus difficile.
Deuxième difficulté, l'amateur de sport moyen, quand il allume la télévision et voit des gens qui courent après un ballon, prend en moyenne deux à trois minutes à prendre partie pour une ou l'autre des deux équipes, soir pour leur uniforme, leur nom, leur style de jeu, ou tout simplement parce qu'ils tirent de l'arrière au pointage. L'être humain moyen, lui, n'a pas du tout développé ce réflexe-là. La solution? Allez, vous l'avez devinée, j'en suis sûr. Le bon, c'est celui qui a une feuille d'érable scotchée sur le costume. Le méchant, c'est l'autre. Ce n'est pas plus compliqué que ça.
Troisième problème à résoudre, la triste réalité qui veut que bien des sports ne sont pas très télévisuels, pas très sexy. Grâce au ciel, la vogue "X-Treme Games" des années 90 a démontré le chemin à suivre. On ne présentera plus les courses de 3000 mètre steeple, à moins bien sûr qu'il n'y ait une feuille d'érable qui prend part à la course; on proposera à la place une couverture mur-à-mur des compétitions de volleyball de plage, dont la fédération principale, soit dit en passant, impose aux filles le port du bikini.
Un, deux, trois, et on a réussi à créer un sporting event pour tous, un hot dog au tofu, une bière sans alcool. Et oui, je l'avoue, il est possible que j'allume la télé pendant les Olympiques, au cas où par hasard je tomberais sur un haltérophile bulgare qui essaie de lever une barre de 260 kilos. Mais si c'est l'équipe canadienne de nage synchronisée dont le chien / mascotte Ti-Noir est mort de leucémie féline deux jours avant la compétition, je ne serai pas là pour vous tendre le mouchoir.
Tuesday, August 10, 2004
Le reve prend forme
Le Community Shield de dimanche, l'apéritif traditionnel qui vient boucler la pré-saison en mettant à l'épreuve les gagnants respectifs de la Coupe et du Championnat anglais, nous a donné un premier aperçu du plat de résistance que nous mijote l'entraineur d'Arsenal, Arsène Wenger, depuis maintenant huit ans. Pour la première fois de son long séjour dans l'équipe du Nord de Londres, tous les joueurs qui ont foulé le terrain sont véritablement ses joueurs, minutieusement choisis et formés par lui en fonction de sa vision toute personnelle de ce qu'est et surtout de ce que peut être le foot. Envolés sous d'autres cieux les Ray Parlour, Martin Keown, Sylvain Wiltord, Kanu, tous pourtant de très bons joueurs et dont les deux premiers étaient les dignes héritiers de la longue tradition de batailleurs British de l'Arsenal. En lieu et place, beaucoup de jeunes, énormément de vitesse et de technique, des passes rapides, des contre-attaques meurtrières, et une nouvelle conception du jeu de position qui est aussi déroutante pour le spectateur que pour l'équipe adverse.
Ce sont peut-être ces mêmes qualités qui ont permis à l'Arsenal de fouler les cîmes du foot ces dernières années, mais elles sont portées cette fois à un niveau tel qu'il fait sentir qu'on les perçoit dans leur véritable essence pour la première fois. Peut-être que l'adversaire, un Manchester amoindri par les blessures et davantage concentré sur son match couperet de mercredi face au Dinamo Bucarest en qualifs du Champions League, n'était pas de force à fournir une véritable opposition; mais ce n'était pas non plus, en théorie du moins, l'équipe A de l'Arsenal qui a procédé à cette démonstration de puissance. Dans la deuxième demie, témoin des trois buts des rouges et blancs, pas de Henry, pas de Vieira, pas de Pires, pas de Sol Campbell, pas de Ljungberg; à l'arrivée, seulement quatre joueurs sur les onze pouvaient se targuer ne serait-ce que d'une seule saison complète en équipe première, et on avait l'impression soudaine que la beauté de cette équipe, si elle s'exprime dans le jeu de ses artistes-footballeurs, prend sa source dans le génie et la soif d'idéal de son entraîneur.
Pour le spectateur, c'est d'une beauté rare et déroutant tout à la fois. En théorie, c'est un schéma de jeu en 4-4-2: quatre hommes en défense, quatre au milieu, et deux attaquants. En pratique, à la fin du match, impossible d'assigner une position précise à un joueur; Clichy et Cole, les deux arrières gauches, sont tous les deux là. La même situation à droite avec Lauren et Justin Hoyte, son remplaçant habituel. Sur le troisième but ce sont justement Clichy et Cole, deux défenseurs, qui créent l'occasion et la concrétisent, les deux profondément dans la zone du Manchester.
Arsène Wenger est un personnage qui mériterait un livre au complet, pas une petite chronique. C'est un homme qui combine une volonté de fer, une soif d'idéal et le refus du compromis. Choisir entre le beau jeu et la victoire? Non. Les deux vont ensemble, doivent aller ensemble. Tous les jeunes joueurs qui passent entre ses mains sont polis et façonnés de manière à devenir des joyaux qui nous font miroiter des reflets de son génie et du leur à la fois. Tous s'intègrent à un système qui n'a de cartésien que ce nom, système, drôle de mot pour définir une chose aussi mouvante et indéfinissable, la théorie du chaos appliquée au foot. Le succès final sera-t-il au rendez-vous? Le cynique en nous dira non, l'idéaliste dira oui. Une première réponse l'année prochaine quand viendra le mois de mai.
Ce sont peut-être ces mêmes qualités qui ont permis à l'Arsenal de fouler les cîmes du foot ces dernières années, mais elles sont portées cette fois à un niveau tel qu'il fait sentir qu'on les perçoit dans leur véritable essence pour la première fois. Peut-être que l'adversaire, un Manchester amoindri par les blessures et davantage concentré sur son match couperet de mercredi face au Dinamo Bucarest en qualifs du Champions League, n'était pas de force à fournir une véritable opposition; mais ce n'était pas non plus, en théorie du moins, l'équipe A de l'Arsenal qui a procédé à cette démonstration de puissance. Dans la deuxième demie, témoin des trois buts des rouges et blancs, pas de Henry, pas de Vieira, pas de Pires, pas de Sol Campbell, pas de Ljungberg; à l'arrivée, seulement quatre joueurs sur les onze pouvaient se targuer ne serait-ce que d'une seule saison complète en équipe première, et on avait l'impression soudaine que la beauté de cette équipe, si elle s'exprime dans le jeu de ses artistes-footballeurs, prend sa source dans le génie et la soif d'idéal de son entraîneur.
Pour le spectateur, c'est d'une beauté rare et déroutant tout à la fois. En théorie, c'est un schéma de jeu en 4-4-2: quatre hommes en défense, quatre au milieu, et deux attaquants. En pratique, à la fin du match, impossible d'assigner une position précise à un joueur; Clichy et Cole, les deux arrières gauches, sont tous les deux là. La même situation à droite avec Lauren et Justin Hoyte, son remplaçant habituel. Sur le troisième but ce sont justement Clichy et Cole, deux défenseurs, qui créent l'occasion et la concrétisent, les deux profondément dans la zone du Manchester.
Arsène Wenger est un personnage qui mériterait un livre au complet, pas une petite chronique. C'est un homme qui combine une volonté de fer, une soif d'idéal et le refus du compromis. Choisir entre le beau jeu et la victoire? Non. Les deux vont ensemble, doivent aller ensemble. Tous les jeunes joueurs qui passent entre ses mains sont polis et façonnés de manière à devenir des joyaux qui nous font miroiter des reflets de son génie et du leur à la fois. Tous s'intègrent à un système qui n'a de cartésien que ce nom, système, drôle de mot pour définir une chose aussi mouvante et indéfinissable, la théorie du chaos appliquée au foot. Le succès final sera-t-il au rendez-vous? Le cynique en nous dira non, l'idéaliste dira oui. Une première réponse l'année prochaine quand viendra le mois de mai.
Saturday, August 07, 2004
La victoire a tout prix?
Comme les êtres humains, les clubs sportifs ont chacun leur personnalité, qui change au fil des ans et des gens qui prennent succesivement les rênes de leur destinée. Il y a ceux dont l'ambition dépasse toujours leurs capacités réelles, d'autres dont le regard sur le présent est toujours teinté par un passé glorieux qui parfois en vient à les écraser de son poids, d'autres encore dont les racines profondes nourrissent et donnent une forme à leurs entreprises; il y a ceux qui sont prêts à tout pour écraser leurs rivaux et atteindre leurs objectifs, et d'autres plus rares pour qui la manière de faire compte autant que la consécration finale. Si l'amour qu'on a pour un club naît généralement tout simplement du fait que c'est celui de notre ville, dans le cas contraire c'est souvent cette personnalité organisationnelle qui fait qu'on finit par s'attacher et à s'identifier à une équipe qui n'est pas la nôtre.
On a en ce moment droit à un combat à finir entre deux clubs qui sont aux antipodes, l'Arsenal et le Real Madrid, deux clubs qui pourtant ne se sont jamais rencontrés en compétition officielle, jouant un en Premier League anglaise, l'autre dans La Liga espagnole. Aux antipodes dans les manières, mais tout de même deux des clubs les plus dominants des dernières années. L'homme et l'enjeu du moment est le capitaine d'Arsenal, le français Patrick Vieira. C'est une saga à finir qui n'en finit plus.
Tout a commencé il y a cinq ans quand le président du Real, Florentino Perez, a énoncé sa nouvelle politique: une promesse formelle aux partisans qu'à chaque été le club madrilène signerait un "Galactico", un joueur hors normes, à la fois au niveau du jeu et de la renommée internationale. Se sont succédés tour à tour des joueurs comme Zidane, Figo, Ronaldo, et Beckham. Le but visé est double: à la fois viser un succès sportif et marketing, cherchant à faire du Real Madrid un brand mondial au même niveau que Nike ou Coca-Cola, le tout enrobé de tournées hyper-médiatisées dans les marchés émergeants du foot, l'Asie principalement.
Chacune de ces signatures est évidemment accompagnée d'un battage médiatique sans pareil: qui sera le prochain "Galactico"? Son équipe acceptera-t-elle de le céder? La technique pour ce faire est simple: le joueur est d'abord contacté par intermédiaires interposés, pour éviter de s'exposer à des accusations de maraudage; puis, s'il est flatté par la proposition, c'est lui qui se chargera de faire comprendre à son club qu'il ne veut plus jouer pour une autre équipe que le Real, ce qui a l'effet bénéfique de réduire son prix d'achat déjà astronomique: de 25 millions de livres sterling pour Beckham à 75 millions pour Zidane. La stratégie vise à créer une situation intolérable dans le club qui détient les droits du joueur, dont la seule solution paraît être la vente du joueur en question.
Le nom de Vieira apparaît donc dans les journaux à chaque année comme un des "Galacticos" potentiels du Madrid. Cette année paraît pouvoir être la bonne, et pour la première fois le Madrid a fait une offre officielle pour le joueur, ce qu'il ne fait en général jamais sans l'accord de celui-ci. Le contraste entre les deux clubs est frappant:: les onze joueurs qui forment l'équipe première de l'Arsenal, invaincus en championnat anglais l'an passé, ont été acquis pour un montant total qui représente grosso modo la moitié du seul transfert de Zidane. Un seul était déjà une vedette avant de se joindre au club, le défenseur Sol Campbell, et il est arrivé gratuitement à la fin de son contrat avec leurs rivaux du nord de Londres, Tottenham. Tous ont été choisis et formés par l'entraineur Arsène Wenger, le maître à penser d'Arsenal, et un homme qui privilégie autant la manière que le résultat.
Le danger pour un club comme le Madrid, c'est qu'en s'imposant de la sorte, en cherchant constamment à déstabiliser leurs rivaux, en usant de stratagèmes anti-sportifs qui contournent les règlements du football international, en cherchant à créer un géant médiatique autant que sportif, la victoire devient obligatoire, alors que les conséquences de l'échec sont décuplées. L'ex-entraineur Vicente del Bosque l'a appris à ses dépens il y a deux ans, alors que la victoire en championnant n'a pas convaincu les dirigeants de reconduire son contrat, suite à l'élimination parallèle en demi-finales de la Ligue des Champions. Alors qu'une équipe comme l'Arsenal, qui privilégie le beau jeu et la probité, s'adjuge le respect de tous quand la victoire est au rendez-vous. Qui n'aimerait pas penser que, malgré les apparences, il soit possible que le résultat final peut naître aussi de la volonté de faire les choses comme il se doit, du choix de privilégier la beauté du jeu autant que son aboutissement? C'est aussi comme cela qu'on se fait de nouveaux partisans, peut-être moins volatiles que ceux qui ne cherchent qu'à s'associer à une victoire, peu importe le moyen choisi pour l'atteindre.
On a en ce moment droit à un combat à finir entre deux clubs qui sont aux antipodes, l'Arsenal et le Real Madrid, deux clubs qui pourtant ne se sont jamais rencontrés en compétition officielle, jouant un en Premier League anglaise, l'autre dans La Liga espagnole. Aux antipodes dans les manières, mais tout de même deux des clubs les plus dominants des dernières années. L'homme et l'enjeu du moment est le capitaine d'Arsenal, le français Patrick Vieira. C'est une saga à finir qui n'en finit plus.
Tout a commencé il y a cinq ans quand le président du Real, Florentino Perez, a énoncé sa nouvelle politique: une promesse formelle aux partisans qu'à chaque été le club madrilène signerait un "Galactico", un joueur hors normes, à la fois au niveau du jeu et de la renommée internationale. Se sont succédés tour à tour des joueurs comme Zidane, Figo, Ronaldo, et Beckham. Le but visé est double: à la fois viser un succès sportif et marketing, cherchant à faire du Real Madrid un brand mondial au même niveau que Nike ou Coca-Cola, le tout enrobé de tournées hyper-médiatisées dans les marchés émergeants du foot, l'Asie principalement.
Chacune de ces signatures est évidemment accompagnée d'un battage médiatique sans pareil: qui sera le prochain "Galactico"? Son équipe acceptera-t-elle de le céder? La technique pour ce faire est simple: le joueur est d'abord contacté par intermédiaires interposés, pour éviter de s'exposer à des accusations de maraudage; puis, s'il est flatté par la proposition, c'est lui qui se chargera de faire comprendre à son club qu'il ne veut plus jouer pour une autre équipe que le Real, ce qui a l'effet bénéfique de réduire son prix d'achat déjà astronomique: de 25 millions de livres sterling pour Beckham à 75 millions pour Zidane. La stratégie vise à créer une situation intolérable dans le club qui détient les droits du joueur, dont la seule solution paraît être la vente du joueur en question.
Le nom de Vieira apparaît donc dans les journaux à chaque année comme un des "Galacticos" potentiels du Madrid. Cette année paraît pouvoir être la bonne, et pour la première fois le Madrid a fait une offre officielle pour le joueur, ce qu'il ne fait en général jamais sans l'accord de celui-ci. Le contraste entre les deux clubs est frappant:: les onze joueurs qui forment l'équipe première de l'Arsenal, invaincus en championnat anglais l'an passé, ont été acquis pour un montant total qui représente grosso modo la moitié du seul transfert de Zidane. Un seul était déjà une vedette avant de se joindre au club, le défenseur Sol Campbell, et il est arrivé gratuitement à la fin de son contrat avec leurs rivaux du nord de Londres, Tottenham. Tous ont été choisis et formés par l'entraineur Arsène Wenger, le maître à penser d'Arsenal, et un homme qui privilégie autant la manière que le résultat.
Le danger pour un club comme le Madrid, c'est qu'en s'imposant de la sorte, en cherchant constamment à déstabiliser leurs rivaux, en usant de stratagèmes anti-sportifs qui contournent les règlements du football international, en cherchant à créer un géant médiatique autant que sportif, la victoire devient obligatoire, alors que les conséquences de l'échec sont décuplées. L'ex-entraineur Vicente del Bosque l'a appris à ses dépens il y a deux ans, alors que la victoire en championnant n'a pas convaincu les dirigeants de reconduire son contrat, suite à l'élimination parallèle en demi-finales de la Ligue des Champions. Alors qu'une équipe comme l'Arsenal, qui privilégie le beau jeu et la probité, s'adjuge le respect de tous quand la victoire est au rendez-vous. Qui n'aimerait pas penser que, malgré les apparences, il soit possible que le résultat final peut naître aussi de la volonté de faire les choses comme il se doit, du choix de privilégier la beauté du jeu autant que son aboutissement? C'est aussi comme cela qu'on se fait de nouveaux partisans, peut-être moins volatiles que ceux qui ne cherchent qu'à s'associer à une victoire, peu importe le moyen choisi pour l'atteindre.
Wednesday, August 04, 2004
Les athletes sont-ils des etres humain?
Ricky Williams vient de prendre sa retraîte, au faite de la gloire, au sommet de sa carrière, au moment où son talent s'exprime sans doute à son plus haut niveau. Pourquoi? Il a envie de voyager, de voir du pays, de faire quelque chose de plus important que de porter un ballon ovale sur une moyenne de plus de quatre verges et demie avant de se faire plaquer violemment au sol. Quelle décision étrange, peut-on lire dans les journaux. Quel étrange personnage, entend-on à la radio. On a toujours su qu'il était un peu bizarre, disent ses maintenant ex-coéquipiers. Après tout, un athlète est un athlète. L'être humain est généralement absent de nos préoccupations, à part son avatar des tabloïds et autres feuilles de choux.
Loin de moi l'idée de critiquer cette vision des choses. L'athlète, pour le journaliste, pour l'amateur de sport, est important dans sa qualité d'athlète. Sa personnalité s'exprime en coups de patins, en buts et en passes, en jabs et en uppercuts, en pointes de vitesse et en agilité surhumaine; de la même manière qu'un musicien s'exprime dans sa musique et un conseiller financier par la taille du compte en banque de son client. Rien de plus naturel, et rien de plus déconcertant quand les deux mondes se mélangent.
On se rappelle tous de Vladimir Malakhov, l'énigmatique défenseur russe qui paraîssait toujours jouer une coche ou deux en-dessous de son talent. On a entendu le même genre de commentaires lorsqu'il a quitté le Canadien: il ne faisait pas vraiment partie du groupe, il était étrange, solitaire. Je n'ai jamais oublié une certaine mi-saison, en lisant dans La Presse le petit questionnaire annuel où les joueurs nous révèlent leur acteur préféré, leur film préféré, le dernier livre qu'ils ont lu. Alors que tous les autres nommaient Julia Roberts, Tom Cruise et le dernier blockbuster américain (pour ce qui est de la lecture, on n'en parle même pas, ou plutôt, ils n'en parlent même pas), Malakhov nous parlait de Docteur Zhivago, du dernier film indépendant. Et voilà que tout devenait clair. Si la pensée critique et un regard conscient sur le monde peuvent s'avérer de jolies qualités pour un philosophe, ce sont aussi les ingrédients idéaux pour s'exiler en marge du monde du sport nord-américain. Stéphane Richer nous en avait aussi donné un bel exemple en nous annonçant que le hockey n'était pas si important que ça; ce qui n'est pas faux avouons-le, mais pourtant, dans le monde du sport, ce n'est certainement pas vrai.
Un athlète nous quitte, un être humain nous rejoint. Monsieur Williams, je vous souhaite bonne chance dans votre nouvelle carrière de voyageur et de mystique à la recherche de la vérité. Si vous vous y avérez aussi talentueux que dans votre carrière d'athlète, vous aurez sûrement un jour des choses très intéressantes à nous raconter.
Loin de moi l'idée de critiquer cette vision des choses. L'athlète, pour le journaliste, pour l'amateur de sport, est important dans sa qualité d'athlète. Sa personnalité s'exprime en coups de patins, en buts et en passes, en jabs et en uppercuts, en pointes de vitesse et en agilité surhumaine; de la même manière qu'un musicien s'exprime dans sa musique et un conseiller financier par la taille du compte en banque de son client. Rien de plus naturel, et rien de plus déconcertant quand les deux mondes se mélangent.
On se rappelle tous de Vladimir Malakhov, l'énigmatique défenseur russe qui paraîssait toujours jouer une coche ou deux en-dessous de son talent. On a entendu le même genre de commentaires lorsqu'il a quitté le Canadien: il ne faisait pas vraiment partie du groupe, il était étrange, solitaire. Je n'ai jamais oublié une certaine mi-saison, en lisant dans La Presse le petit questionnaire annuel où les joueurs nous révèlent leur acteur préféré, leur film préféré, le dernier livre qu'ils ont lu. Alors que tous les autres nommaient Julia Roberts, Tom Cruise et le dernier blockbuster américain (pour ce qui est de la lecture, on n'en parle même pas, ou plutôt, ils n'en parlent même pas), Malakhov nous parlait de Docteur Zhivago, du dernier film indépendant. Et voilà que tout devenait clair. Si la pensée critique et un regard conscient sur le monde peuvent s'avérer de jolies qualités pour un philosophe, ce sont aussi les ingrédients idéaux pour s'exiler en marge du monde du sport nord-américain. Stéphane Richer nous en avait aussi donné un bel exemple en nous annonçant que le hockey n'était pas si important que ça; ce qui n'est pas faux avouons-le, mais pourtant, dans le monde du sport, ce n'est certainement pas vrai.
Un athlète nous quitte, un être humain nous rejoint. Monsieur Williams, je vous souhaite bonne chance dans votre nouvelle carrière de voyageur et de mystique à la recherche de la vérité. Si vous vous y avérez aussi talentueux que dans votre carrière d'athlète, vous aurez sûrement un jour des choses très intéressantes à nous raconter.