Friday, September 24, 2004
Pourquoi le sport?
On me demande souvent, en tant que représentant vaguement intello des amateurs de sport, quel est le secret de l'attrait du sport. Ce sont surtout les femmes qui posent des questions comme ça, celles du moins qui sont elles-même insensibles à la question; et c'est peut-être typiquement féminin, les questions comportent aussi souvent une affirmation, du genre "est-ce que c'est relié à l'instinct guerrier, un succédané métaphorique pour le combat et les champs de bataille?".
Je dirais qu'il y au moins trois attraits fondamentaux pour le sport, et peut-être qu'il y a un lien entre ce supposé "instinct guerrier" et le fait de suivre et de s'identifier à une équipe, de partager la joie de ses victoires et la déception liée à ses échecs; je ne suis pas convaincu, mais qui sait. Mais ce n'est qu'une partie de la chose sportive, peut-être la plus physique mais pas la plus grande. Il y aussi la beauté du jeu et de la compétition, une beauté à laquelle certains sont sensibles et d'autres non, et il n'y a pas grand chose d'autre à dire là-dessus.
Mais enfin, et, pour moi du moins, surtout, il y a les histoires, et l'Histoire. Parce que suivre le sport en général, ou un sport en particulier, ce n'est pas que souhaiter des victoires et apprécier le beau jeu. C'est aussi connaître les joueurs, les gérants, les équipes, les enjeux, les résultats, le passé et les perspectives d'avenir. C'est l'attrait fondamental que cette soif humaine pour les belles histoires et les moins belles, pour les contes de fée et les mélodrames, pour les épopées et les sagas.
Ce qu'il y a de sûr c'est que c'est l'aspect du plaisir sportif qui, plus que les autres, croît avec l'usage. Prenons un match Yankees - Red Sox par exemple. Mettons, au Fenway Park, à la fin septembre, une poignée de matchs qui séparent les deux équipes au sommet de leur division. Prenons un étranger total, un Ougandais mettons, et mettons-le dans les gradins du champ droit. Il regarde le match tout seul, ah, une balle, des hommes qui la lancent et la frappent avec un baton. Mettons un partisan des Red Sox à côté de lui, ils commencent à parler. Ah, le baseball, ah, les séries s'en viennent, c'est un match important? Les Yankees, qui c'est ça, ah, Steinbrenner, Bucky Dent en 1978, Babe Ruth? Et les autres, ah oui? Ted Williams, Yazstremski, Fisk en 1975, un certain Bill Lee peut-être... Et la malédiction du Bambino, l'équipe d'éternels deuxièmes face aux champions éternels, la rivalité entre deux villes qui s'étend pour s'accaparer d'un pays en entier. Il y en a des choses qui peuvent se dire en neuf manches, au baseball surtout, c'est d'ailleurs peut-être son plus grand attrait à ce sport. Et notre Ougandais, je vous garantis qu'à la fin, il prend pour les Yankees ou les Red Sox, c'est selon, mais son regard a changé.
C'est comme ça le sport, c'est pour ça que dans les contes traditionnels, les personnages reviennent toujours, la Baba Yaga en Russie, Ti-Jean au Québec...Ce n'est jamais exactement le même Ti-Jean d'une histoire à l'autre, mais c'est Ti-Jean, on le connait déjà. C'est ça le plaisir de connaître un sport, de jeter un coup d'oeil sur une télé et savoir ce qui est en jeu, et le plaisir aussi de découvrir un sport, son histoire, ses grands clubs, ses grands joueurs, ses moments de gloire et ses controverses. Oui, Armstrong, mais Armstrong est ce qu'il est parce que Indurain, parce que Anquetil, parce que Eddie Merckx.
Mais bon, avant tout, il faut y être sensible. Il y en a qui vont au musée d'art contemporain et qui ne ressentent rien, et notre Ougandais au Fenway Park, s'il n'y est pas sensible, peut-être qu'il ne ressentira rien non plus. Mais s'il y est sensible, quels plaisirs l'attendent...
Je dirais qu'il y au moins trois attraits fondamentaux pour le sport, et peut-être qu'il y a un lien entre ce supposé "instinct guerrier" et le fait de suivre et de s'identifier à une équipe, de partager la joie de ses victoires et la déception liée à ses échecs; je ne suis pas convaincu, mais qui sait. Mais ce n'est qu'une partie de la chose sportive, peut-être la plus physique mais pas la plus grande. Il y aussi la beauté du jeu et de la compétition, une beauté à laquelle certains sont sensibles et d'autres non, et il n'y a pas grand chose d'autre à dire là-dessus.
Mais enfin, et, pour moi du moins, surtout, il y a les histoires, et l'Histoire. Parce que suivre le sport en général, ou un sport en particulier, ce n'est pas que souhaiter des victoires et apprécier le beau jeu. C'est aussi connaître les joueurs, les gérants, les équipes, les enjeux, les résultats, le passé et les perspectives d'avenir. C'est l'attrait fondamental que cette soif humaine pour les belles histoires et les moins belles, pour les contes de fée et les mélodrames, pour les épopées et les sagas.
Ce qu'il y a de sûr c'est que c'est l'aspect du plaisir sportif qui, plus que les autres, croît avec l'usage. Prenons un match Yankees - Red Sox par exemple. Mettons, au Fenway Park, à la fin septembre, une poignée de matchs qui séparent les deux équipes au sommet de leur division. Prenons un étranger total, un Ougandais mettons, et mettons-le dans les gradins du champ droit. Il regarde le match tout seul, ah, une balle, des hommes qui la lancent et la frappent avec un baton. Mettons un partisan des Red Sox à côté de lui, ils commencent à parler. Ah, le baseball, ah, les séries s'en viennent, c'est un match important? Les Yankees, qui c'est ça, ah, Steinbrenner, Bucky Dent en 1978, Babe Ruth? Et les autres, ah oui? Ted Williams, Yazstremski, Fisk en 1975, un certain Bill Lee peut-être... Et la malédiction du Bambino, l'équipe d'éternels deuxièmes face aux champions éternels, la rivalité entre deux villes qui s'étend pour s'accaparer d'un pays en entier. Il y en a des choses qui peuvent se dire en neuf manches, au baseball surtout, c'est d'ailleurs peut-être son plus grand attrait à ce sport. Et notre Ougandais, je vous garantis qu'à la fin, il prend pour les Yankees ou les Red Sox, c'est selon, mais son regard a changé.
C'est comme ça le sport, c'est pour ça que dans les contes traditionnels, les personnages reviennent toujours, la Baba Yaga en Russie, Ti-Jean au Québec...Ce n'est jamais exactement le même Ti-Jean d'une histoire à l'autre, mais c'est Ti-Jean, on le connait déjà. C'est ça le plaisir de connaître un sport, de jeter un coup d'oeil sur une télé et savoir ce qui est en jeu, et le plaisir aussi de découvrir un sport, son histoire, ses grands clubs, ses grands joueurs, ses moments de gloire et ses controverses. Oui, Armstrong, mais Armstrong est ce qu'il est parce que Indurain, parce que Anquetil, parce que Eddie Merckx.
Mais bon, avant tout, il faut y être sensible. Il y en a qui vont au musée d'art contemporain et qui ne ressentent rien, et notre Ougandais au Fenway Park, s'il n'y est pas sensible, peut-être qu'il ne ressentira rien non plus. Mais s'il y est sensible, quels plaisirs l'attendent...