Thursday, September 02, 2004
L'éléphant sur la glace
Il y a des moments comme ça qui viennent nous rappeler l'écueil qui attend le monde du hockey à la fin de cette Coupe du Monde, cette dernière célébration avant le naufrage, cet orchestre qui continue à jouer sur le pont alors que l'iceberg se pointe déjà à l'horizon. On voit Ryan Smith en entrevue à la télé, belle performance, coudonc, y joue tu encore pour les Oilers lui? La réponse qui tarde à venir des amis, puis la constatation inévitable que lui, comme les autres, il ne joue plus pour les Oilers, il ne joue plus pour personne, qu'avant qu'il joue encore pour qui que ce soit le monde du hockey aura sans doute changé de visage de manière fondamentale.
La grêve, donc, pas possible de l'oublier, un éléphant sur la glace qui trouve miraculeusement une cachette un instant avant qu'on n'aperçoive un bout de sa queue et qu'il revienne obstruer de sa masse la beauté du jeu qui se déroule devant nous. Parlons-en de l'éléphant, déjà qu'il est là, profitons du moment où vous n'en parlez pas pour vous dire des choses qui se perdraient dans le bruit ambiant en temps normal.
Les joueurs sont trop payés? C'est n'importe quoi. Ils sont payés exactement comme vous, en fonction de ce qu'ils rapportent à leurs patrons. Et il ne faut pas mélanger les choses: les billets ne sont pas hors de prix parce que les joueurs sont payés des sommes faramineuses; les salaires des joueurs sont ce qu'ils sont parce que les billets sont chers, et les billets sont chers parce que les gens sont prêts à payer une fortune pour voir une partie de hockey. Si vous êtes prêts à payer, vous allez payer; que Saku Koivu reçoive 60 000$ par année ou 6 000 000$ n'y change rien. La grêve ou le lock-out, c'est pour régler la question de qui va empocher l'argent que vous déboursez: George Gillet ou Saku Koivu? La soirée au Centre Bell va vous coûter la même chose peu importe. Les propriétaires profitent de cette allergie bien naturelle de l'honnête travailleur au salaire de la superstar pour mettre les amateurs de leur bord. C'est de la bouleshit. Tant qu'à moi, plus mon argent va aux joueurs que j'aime plutôt qu'à un propriétaire généralement déjà richissime, mieux j'aime ça.
Mais non, je ne suis pas du bord des joueurs; ni des propriétaires d'ailleurs. La grêve c'est toujours un constat d'échec, c'est le résultat d'un manque de vision des deux côtés, et c'est surtout le triste corollaire de la difficulté qu'a l'être humain à accepter qu'il peut y avoir un accord sans perdant, un accord où les deux sont gagnants. Il est bien réducteur pour les joueurs et les propriétaires de se percevoir d'abord comme des adversaires; ils sont aussi, voire même davantage, des partenaires. Si le hockey va bien, s'il est en santé, s'il est en croissance, les deux parties en bénéficieront; dans le cas contraire, les deux en pâtiront.
La NBA nous l'a très bien démontré. Au début des années 80, le basket n'était pas un sport très populaire aux États-Unis. Il y a de nombreuses raisons qui viennent expliquer sa croissance fulgurante, mais il n'y a pas de doute qu'un des facteurs a été l'acceptation par les joueurs d'un plafond salarial. Attention, plafond salarial, oui, mais en contre-partie les joueurs recevaient la garantie de percevoir un certain pourcentage de tous les revenus générés par la ligue. Si les revenus montent, le plafond salarial augmente, si les revenus baissent, le plafond descend. Et les revenus n'ayant fait que monter depuis vingt ans, les joueurs reçoivent maintenant des salaires sans commune mesure avec ceux des joueurs de hockey, malgré le plafond salarial.
Il n'y a pas de système parfait, c'est clair, mais le libre-marché dans le monde du sport atteint ses limites là où il nuit de manière excessive à la compétition. Quand les clubs des petits marchés ne sont plus en mesure de compétitionner avec les gros. On ne parle pas de mettre tout le monde sur un pied d'égalité, ce n'est ni possible ni souhaitable; mais il y a un équilibre à trouver qui est essentiel à la bonne santé sportive et financière de la ligue. Mais on ne l'atteindra pas tout de suite, les deux côtés sont encore trop intéressés à faire leur démonstration de force pour accepter de chercher un accord bénéfique pour tous. Et soyons francs, on ne parle pas du baseball avec sa tradition et sa force d'attraction naturelle aux États-Unis; c'est la LNH, une ligue dite de broche-à-foin, à peu près aussi populaire aux States que le basket féminin. Si Bettman et Goodenow s'en vont en grêve, y aura-t-il un Américain pour s'en rendre compte? Une LCH pour aller avec la LCF, ça vous dit, quelqu'un?
La grêve, donc, pas possible de l'oublier, un éléphant sur la glace qui trouve miraculeusement une cachette un instant avant qu'on n'aperçoive un bout de sa queue et qu'il revienne obstruer de sa masse la beauté du jeu qui se déroule devant nous. Parlons-en de l'éléphant, déjà qu'il est là, profitons du moment où vous n'en parlez pas pour vous dire des choses qui se perdraient dans le bruit ambiant en temps normal.
Les joueurs sont trop payés? C'est n'importe quoi. Ils sont payés exactement comme vous, en fonction de ce qu'ils rapportent à leurs patrons. Et il ne faut pas mélanger les choses: les billets ne sont pas hors de prix parce que les joueurs sont payés des sommes faramineuses; les salaires des joueurs sont ce qu'ils sont parce que les billets sont chers, et les billets sont chers parce que les gens sont prêts à payer une fortune pour voir une partie de hockey. Si vous êtes prêts à payer, vous allez payer; que Saku Koivu reçoive 60 000$ par année ou 6 000 000$ n'y change rien. La grêve ou le lock-out, c'est pour régler la question de qui va empocher l'argent que vous déboursez: George Gillet ou Saku Koivu? La soirée au Centre Bell va vous coûter la même chose peu importe. Les propriétaires profitent de cette allergie bien naturelle de l'honnête travailleur au salaire de la superstar pour mettre les amateurs de leur bord. C'est de la bouleshit. Tant qu'à moi, plus mon argent va aux joueurs que j'aime plutôt qu'à un propriétaire généralement déjà richissime, mieux j'aime ça.
Mais non, je ne suis pas du bord des joueurs; ni des propriétaires d'ailleurs. La grêve c'est toujours un constat d'échec, c'est le résultat d'un manque de vision des deux côtés, et c'est surtout le triste corollaire de la difficulté qu'a l'être humain à accepter qu'il peut y avoir un accord sans perdant, un accord où les deux sont gagnants. Il est bien réducteur pour les joueurs et les propriétaires de se percevoir d'abord comme des adversaires; ils sont aussi, voire même davantage, des partenaires. Si le hockey va bien, s'il est en santé, s'il est en croissance, les deux parties en bénéficieront; dans le cas contraire, les deux en pâtiront.
La NBA nous l'a très bien démontré. Au début des années 80, le basket n'était pas un sport très populaire aux États-Unis. Il y a de nombreuses raisons qui viennent expliquer sa croissance fulgurante, mais il n'y a pas de doute qu'un des facteurs a été l'acceptation par les joueurs d'un plafond salarial. Attention, plafond salarial, oui, mais en contre-partie les joueurs recevaient la garantie de percevoir un certain pourcentage de tous les revenus générés par la ligue. Si les revenus montent, le plafond salarial augmente, si les revenus baissent, le plafond descend. Et les revenus n'ayant fait que monter depuis vingt ans, les joueurs reçoivent maintenant des salaires sans commune mesure avec ceux des joueurs de hockey, malgré le plafond salarial.
Il n'y a pas de système parfait, c'est clair, mais le libre-marché dans le monde du sport atteint ses limites là où il nuit de manière excessive à la compétition. Quand les clubs des petits marchés ne sont plus en mesure de compétitionner avec les gros. On ne parle pas de mettre tout le monde sur un pied d'égalité, ce n'est ni possible ni souhaitable; mais il y a un équilibre à trouver qui est essentiel à la bonne santé sportive et financière de la ligue. Mais on ne l'atteindra pas tout de suite, les deux côtés sont encore trop intéressés à faire leur démonstration de force pour accepter de chercher un accord bénéfique pour tous. Et soyons francs, on ne parle pas du baseball avec sa tradition et sa force d'attraction naturelle aux États-Unis; c'est la LNH, une ligue dite de broche-à-foin, à peu près aussi populaire aux States que le basket féminin. Si Bettman et Goodenow s'en vont en grêve, y aura-t-il un Américain pour s'en rendre compte? Une LCH pour aller avec la LCF, ça vous dit, quelqu'un?