Tuesday, August 10, 2004

Le reve prend forme

Le Community Shield de dimanche, l'apéritif traditionnel qui vient boucler la pré-saison en mettant à l'épreuve les gagnants respectifs de la Coupe et du Championnat anglais, nous a donné un premier aperçu du plat de résistance que nous mijote l'entraineur d'Arsenal, Arsène Wenger, depuis maintenant huit ans. Pour la première fois de son long séjour dans l'équipe du Nord de Londres, tous les joueurs qui ont foulé le terrain sont véritablement ses joueurs, minutieusement choisis et formés par lui en fonction de sa vision toute personnelle de ce qu'est et surtout de ce que peut être le foot. Envolés sous d'autres cieux les Ray Parlour, Martin Keown, Sylvain Wiltord, Kanu, tous pourtant de très bons joueurs et dont les deux premiers étaient les dignes héritiers de la longue tradition de batailleurs British de l'Arsenal. En lieu et place, beaucoup de jeunes, énormément de vitesse et de technique, des passes rapides, des contre-attaques meurtrières, et une nouvelle conception du jeu de position qui est aussi déroutante pour le spectateur que pour l'équipe adverse.

Ce sont peut-être ces mêmes qualités qui ont permis à l'Arsenal de fouler les cîmes du foot ces dernières années, mais elles sont portées cette fois à un niveau tel qu'il fait sentir qu'on les perçoit dans leur véritable essence pour la première fois. Peut-être que l'adversaire, un Manchester amoindri par les blessures et davantage concentré sur son match couperet de mercredi face au Dinamo Bucarest en qualifs du Champions League, n'était pas de force à fournir une véritable opposition; mais ce n'était pas non plus, en théorie du moins, l'équipe A de l'Arsenal qui a procédé à cette démonstration de puissance. Dans la deuxième demie, témoin des trois buts des rouges et blancs, pas de Henry, pas de Vieira, pas de Pires, pas de Sol Campbell, pas de Ljungberg; à l'arrivée, seulement quatre joueurs sur les onze pouvaient se targuer ne serait-ce que d'une seule saison complète en équipe première, et on avait l'impression soudaine que la beauté de cette équipe, si elle s'exprime dans le jeu de ses artistes-footballeurs, prend sa source dans le génie et la soif d'idéal de son entraîneur.

Pour le spectateur, c'est d'une beauté rare et déroutant tout à la fois. En théorie, c'est un schéma de jeu en 4-4-2: quatre hommes en défense, quatre au milieu, et deux attaquants. En pratique, à la fin du match, impossible d'assigner une position précise à un joueur; Clichy et Cole, les deux arrières gauches, sont tous les deux là. La même situation à droite avec Lauren et Justin Hoyte, son remplaçant habituel. Sur le troisième but ce sont justement Clichy et Cole, deux défenseurs, qui créent l'occasion et la concrétisent, les deux profondément dans la zone du Manchester.

Arsène Wenger est un personnage qui mériterait un livre au complet, pas une petite chronique. C'est un homme qui combine une volonté de fer, une soif d'idéal et le refus du compromis. Choisir entre le beau jeu et la victoire? Non. Les deux vont ensemble, doivent aller ensemble. Tous les jeunes joueurs qui passent entre ses mains sont polis et façonnés de manière à devenir des joyaux qui nous font miroiter des reflets de son génie et du leur à la fois. Tous s'intègrent à un système qui n'a de cartésien que ce nom, système, drôle de mot pour définir une chose aussi mouvante et indéfinissable, la théorie du chaos appliquée au foot. Le succès final sera-t-il au rendez-vous? Le cynique en nous dira non, l'idéaliste dira oui. Une première réponse l'année prochaine quand viendra le mois de mai.
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