Friday, August 27, 2004

Le Soccer n'est pas le Foot

Drôle de visite culturelle au Centre Claude-Robillard mercredi soir pour le match de l'Impact contre les Kickers d'Edmonton. Bizarre à avouer, mais malgré mon amour sans bornes pour tout ce qui est foot, je n'étais jamais allé voir ne serait-ce qu'un seul match du club de soccer de ma propre ville. Disons les choses comme elles le sont, c'était du snobisme, ni plus ni moins; mais le snobisme étant un sport plutôt ennuyant, je l'ai laissé à la maison pour aller découvrir à quoi pouvait bien ressembler le foot (pardon, le soccer) de ce côté-ci de l'Atlantique.

Le club a compris que les québécois n'ont jamais su refuser une aubaine, et un billet à 5$, c'est une aubaine. Un billet gratuit, c'est encore mieux, et c'est ce que m'a offert un jeune magrébin alors que je faisais la file à la billeterie. Première impression en pénétrant dans l'enceinte: qu'est-ce que ça va être une soirée délicieuse! Des jeunes, des familles, des bribes d'espagnol et d'arabe, la lune vaguement jaunâtre et bien centrée au-dessus de la tribune officielle à moitié vide (15$ c'est une aubaine aussi, mais moins que 5$ et 0$). Des souvenirs de Séville et du stade du Real Betis, où un tour dans les gradins supérieurs un dimanche après-midi donne l'impression d'avoir découvert la Cité des enfants perdus.

Mais Montréal n'est pas Séville, et le soccer n'est pas le foot. La cérémonie d'avant-match le laissait déjà présager, avec sa présentation des joueurs style "match des étoiles", mais c'est lorsque le sifflet de l'arbitre est venu annoncer le début du match que l'illusion s'est effacée complètement. Après les encouragements d'usage, le silence tombe sur le stade. Pas un silence de tension, un silence d'incompréhension. Aucune réaction aux montées, aux passes bien pensées, aux tacles bien calculés. Étrange sensation, comme si j'étais le seul à voir ce qui se passe sur le terrain et que les autres spectateurs regardaient autre chose, un ballet peut-être, qui sait.

Pourtant, un match de foot, c'est aussi une interaction entre le spectateur et le terrain, où le partisan se sent devenir participant, réagissant aux beaux gestes et exhortant les joueurs à jouer de telle ou telle manière. Le sentiment bizarre que ce beau lien s'est coupé, qu'on cherche à dresser une barrière invisible entre moi et le jeu. Pour compenser, il y a une sorte de D.J qui nous dit quand applaudir en faisant jouer ce qui paraît être un enregistrement de 5 000 partisans des Expos qui font claquer les bancs vides à leurs côtés pour encourager une équipe qui s'en fout. Il semble avoir identifié une situation-clé qui pourrait mener à un but: le coup de pied de coin. C'est déjà bon, mais alors pourquoi le fait-il jouer aussi quand c'est l'autre équipe qui profite du corner?

Malgré tout, la première impression était la bonne: quelle délicieuse soirée. Deux buts rapides de l'Impact ont mis la foule un peu plus dans la partie, et tranquillement je me suis rendu compte qu'on était plusieurs amateurs de foot, mais pas encore assez nombreux pour donner le ton à la soirée. Et dans le fond, il y avait quelque chose de très joli dans toutes les petites incongruités: j'ai aperçu dans le foule des chandails du Barça, du Manchester, du Madrid, de l'Arsenal, voire même des Bills de Buffalo ou des Lakers de Los Angeles, mais pas un seul chandail de l'Impact. Une petite brézilienne encourageait Edmonton jusqu'à ce que son papa lui explique que les bons jouaient en blanc. Les gens vont s'asseoir sur le gazon autour du terrain quand il n'y a plus de place dans les gradins. L'impression de quelque chose d'émergeant, d'un peu tout croche mais avec une belle énergie et une charmante naïveté. Quand j'ai gueulé à un joueur de l'Impact d'arrêter de dribbler câlisse, réaction parfaitement normale compte tenu qu'il avait manqué une belle occasion en regardant le ballon plutôt que ses coéquipiers, je me suis fait regardé comme un sale type mal élevé, ce qui n'est pas nécessairement faux, puisque je suis amateur de foot. Mais normalement il n'y a personne à mes côtés d'assez détaché pour s'en rendre compte.

Allez les voir jouer les amis, ça vaut la peine. C'est peut-être impressionnant de voir jouer le Read Madrid avec 90 000 personnes au Santiago Bernabeu, mais l'Impact au Centre Claude-Robillard avec une petite foule bigarée qui passe du bon temps, c'est bien plus charmant. L'année prochaine j'aurai mon billet de saison.

Comments: Post a Comment

<< Home

This page is powered by Blogger. Isn't yours?