Sunday, August 22, 2004
Cynisme 101
Le dénouement de la saga Patrick Vieira, le capitaine d'Arsenal destiné tout l'été semblait-il à rejoindre les super-vedettes du Real Madrid, nous propose une question-test très intéressante, qui se résume en ceci: êtes-vous cynique? Résumons les enjeux une dernière fois, puis le renversement surprise: Madrid veut signer Vieira, celui-ci se laisse courtiser et ne dit rien en public, les journaux spéculent et inventent, les pourparlers s'entâment, on est à deux pas de l'entente de transfert, et au final, coup de théâtre: Vieira ne veut plus partir, par amour et par attachement à son club des huit dernières années. Et vous, le croyez-vous? Pas pour l'argent, pas pour une question d'égo, mais par amour et par sentiment d'appartenance, par loyauté?
C'est une question truquée, je l'avoue. La véritable question pourrait être plutôt: jusqu'à quel point êtes-vous prêt à croire malgré toutes les apparences que l'homme peut parfois agir par amour et non par intérêt, peut chercher le bonheur collectif plutôt que la gloriole individuelle? Pour ma part je plaide coupable. Je préfère être parfois naïf que systématiquement cynique, être déçu souvent plutôt que dubitatif toujours. À part par les partisans d'Arsenal (et je plaide coupable là-aussi), je ne crois pas qu'un seul article ait été publié qui ne remettait pas fortement en doute les prétendues motivations altruistes et idéalistes qui auraient poussé Vieira à refuser l'offre du Real; d'ailleurs, sans connaître plus intimement les acteurs du drâme, le cynisme paraît ici être de rigueur, et je me montrerais cynique à mon tour si je ne souffrais pas de la belle illusion de les connaître mieux dans ma partialité que ne pourrait y parvenir quelqu'un d'étranger à leur quête sportive.
Mais si c'est parfois l'idéaliste qui pêche par naïveté, c'est peut-être aussi pour contrecarrer le cynisme ambient qui plane sur l'ensemble de la couverture sportive contemporaine. Pas un athlète qui gagne un championnat sans être aussitôt soupçonné de consommation de drogues illicites; pas un athlète qu'on ne considère davantage motivé par l'argent que par l'amour de son sport; pas un athlète inculpé d'un crime qui ne puisse jouir d'une réelle présomption d'innocence. Quand je lis Jack Todd, que j'apprécie pourtant pour ses qualités humoristiques et son regard personnel, qui accuse carrément Lance Armstrong de dopage et n'accorde aucun mérite à sa sixième victoire historique au dernier Tour de France, ça m'attriste. Allez, je l'avoue, je n'en sais rien si Armstrong se dope ou non. Mais vous non plus, Monsieur Todd. Vous le croyez dopé pour deux raisons: c'est le meilleur, et il est Américain.
C'est que le sport, en somme, c'est comme l'art, ça ne sert à rien, sinon à la beauté. Et voilà, si on n'y croit pas, si réellement on croit que tout le monde est dopé et assoiffé de gloire et d'argent, à quoi bon s'y intéresser? Le cynisme, ce n'est pas mauvais en soi, mais il faut savoir bien doser.
C'est une question truquée, je l'avoue. La véritable question pourrait être plutôt: jusqu'à quel point êtes-vous prêt à croire malgré toutes les apparences que l'homme peut parfois agir par amour et non par intérêt, peut chercher le bonheur collectif plutôt que la gloriole individuelle? Pour ma part je plaide coupable. Je préfère être parfois naïf que systématiquement cynique, être déçu souvent plutôt que dubitatif toujours. À part par les partisans d'Arsenal (et je plaide coupable là-aussi), je ne crois pas qu'un seul article ait été publié qui ne remettait pas fortement en doute les prétendues motivations altruistes et idéalistes qui auraient poussé Vieira à refuser l'offre du Real; d'ailleurs, sans connaître plus intimement les acteurs du drâme, le cynisme paraît ici être de rigueur, et je me montrerais cynique à mon tour si je ne souffrais pas de la belle illusion de les connaître mieux dans ma partialité que ne pourrait y parvenir quelqu'un d'étranger à leur quête sportive.
Mais si c'est parfois l'idéaliste qui pêche par naïveté, c'est peut-être aussi pour contrecarrer le cynisme ambient qui plane sur l'ensemble de la couverture sportive contemporaine. Pas un athlète qui gagne un championnat sans être aussitôt soupçonné de consommation de drogues illicites; pas un athlète qu'on ne considère davantage motivé par l'argent que par l'amour de son sport; pas un athlète inculpé d'un crime qui ne puisse jouir d'une réelle présomption d'innocence. Quand je lis Jack Todd, que j'apprécie pourtant pour ses qualités humoristiques et son regard personnel, qui accuse carrément Lance Armstrong de dopage et n'accorde aucun mérite à sa sixième victoire historique au dernier Tour de France, ça m'attriste. Allez, je l'avoue, je n'en sais rien si Armstrong se dope ou non. Mais vous non plus, Monsieur Todd. Vous le croyez dopé pour deux raisons: c'est le meilleur, et il est Américain.
C'est que le sport, en somme, c'est comme l'art, ça ne sert à rien, sinon à la beauté. Et voilà, si on n'y croit pas, si réellement on croit que tout le monde est dopé et assoiffé de gloire et d'argent, à quoi bon s'y intéresser? Le cynisme, ce n'est pas mauvais en soi, mais il faut savoir bien doser.