Monday, January 17, 2005
Il n'y a plus de saisons
Floutch. Si le son qui définit les Colts d'Indianapolis de Peyton Manning pendant la saison est celui de la rencontre subtile du cuir du ballon oval avec la pellicule plastique des numéros sur le chandail de ses receveurs, quand vient l'hiver et les séries, le seul son qu'on entend c'est bien le floutch des ballons et des rêves de Superbowl de l'équipe qui viennent s'écraser dans la neige du Massachusetts. 49 points pour les Colts contre Denver bien au chaud dans leur dôme douillet en Indiana, 3 points contre les Patriots sur le gazon gelé de Boston. On a beau parler et reparler des lacunes défensives des Colts, c'est pourtant bien leur attaque surdouée qui perd son chemin dans les paysages hivernaux du mois de janvier.
C'est la défense qui gagne les championnats, on l'a dit et redit et on le redira encore. Si c'est plus ou moins vrai dans tous les sports, ce l'est peut-être tout particulièrement au football, où un quart-arrière médiocre comme Trent Dilfer peut afficher fièrement sa bague du Super Bowl alors qu'un Dan Marino doit se contenter d'une bague de mariage.
Pourquoi cette particularité du sport national américain? C'est à Dieu et à Météomédia qu'il faut poser la question. Le football, c'est l'automne, sans quoi ses mastodontes en armure tomberaient comme des mouches sous le soleil de juillet. Et quand on commence la saison en septembre, impossible de la terminer avant les premières neiges, quand les doigts et les ballons congelés refusent leur emprise aux adeptes du jeu aérien.
La meilleure chose qui pourrait arriver à Peyton Manning, ce serait d'être échangé à Green Bay, où il devrait apprendre à jouer dans ce congélateur format géant que devient le Lambeau Field en décembre et en janvier. Pas de doute qu'avec son intelligence du jeu, s'il ne devenait pas un véritable Inuit du football comme a pu l'être Brett Favre, il apprendrait à tirer son épingle du jeu dans les pires conditions. En attendant, il devra se contenter d'offrir à Dieu une oraison quotidienne pour que le cours du temps s'inverse et que la saison commence en janvier pour se terminer dans les dernières chaleurs de la fin août.
C'est la défense qui gagne les championnats, on l'a dit et redit et on le redira encore. Si c'est plus ou moins vrai dans tous les sports, ce l'est peut-être tout particulièrement au football, où un quart-arrière médiocre comme Trent Dilfer peut afficher fièrement sa bague du Super Bowl alors qu'un Dan Marino doit se contenter d'une bague de mariage.
Pourquoi cette particularité du sport national américain? C'est à Dieu et à Météomédia qu'il faut poser la question. Le football, c'est l'automne, sans quoi ses mastodontes en armure tomberaient comme des mouches sous le soleil de juillet. Et quand on commence la saison en septembre, impossible de la terminer avant les premières neiges, quand les doigts et les ballons congelés refusent leur emprise aux adeptes du jeu aérien.
La meilleure chose qui pourrait arriver à Peyton Manning, ce serait d'être échangé à Green Bay, où il devrait apprendre à jouer dans ce congélateur format géant que devient le Lambeau Field en décembre et en janvier. Pas de doute qu'avec son intelligence du jeu, s'il ne devenait pas un véritable Inuit du football comme a pu l'être Brett Favre, il apprendrait à tirer son épingle du jeu dans les pires conditions. En attendant, il devra se contenter d'offrir à Dieu une oraison quotidienne pour que le cours du temps s'inverse et que la saison commence en janvier pour se terminer dans les dernières chaleurs de la fin août.
Thursday, January 06, 2005
Les emplettes des Fêtes
Ça fait un petit moment qu'on ne vous a pas donné de nouvelles de ces valeureux footballeurs, mais ne vous en faites pas, tout comme la plupart d'entre vous, ils ont pris un congé bien mérité pendant le temps des Fêtes. À part les Anglais, bien entendu, qui pour faire différent ont plutôt mis les bouchées doubles, avec la traditionnelle brochette comprenant les parties du Boxing Day, du Plum Pudding Day, du New Year's Day, et du Bank Holiday Day. Ça fait quatre parties en neuf jours, et ça doit faire pas loin de deux marathons à courir après un ballon. Après, on se surprend que les équipes anglaises tombent comme des mouches en Ligue des Champions quand la compétition reprend en février. Mais une tradition c'est une tradition, surtout en Angleterre, comme pourrait en témoigner sa Majestée.
Résultat de ces quatre matches? On confirme la lutte à quatre au sommet entre les deux clubs Londoniens, Arsenal et Chelsea, et les deux clubs du Nord, Manchester et les surprenant petits poucets d'Everton, qui s'accrochent au peloton de tête malgré un effectif qui a priori les destinait davantage aux bas-fonds qu'aux sommets. Malgré tout, un net avantage à Chelsea, qui s'est adjugé un petit coussin supplémentaire de deux points grâce à une fiche parfaite de quatre en quatre. Financés à outrance par le richissime oligarque russe Roman Abramovich, l'ancien gouverneur de Sibérie, leur équipe "B" remporterait probablement le championnat Portugais ou Hollandais, ce qui leur accorde un net avantage sur leurs deux rivaux principaux dont les meilleurs éléments s'épuisent à suivre le rythme un peu sadique imposé par la Fédération Anglaise.
Mais attention, si les joueurs des autres championnats étaient en congés, ce n'était certes pas le cas des dirigeants, qui dressaient minutieusement leur liste de cadeaux de Noël. Mais non, pas des DVD ou des trotinettes, on parle de joujoux de riches: c'est en janvier que se réouvre la période des transferts de joueurs, interdits le reste de l'année après le début des championnats nationaux. Jusque-là, les propriétaires déçus par la performance de leur équipe n'avaient qu'une option pour gratter le bobo, soit celle de limoger leur entraîneur, un petit plaisir non-négligeable il est vrai, mais rien comparé à la possibilité de signer une vedette vieillissante qui cherche à s'adjuger un dernier contrat plantureux.
Si la Juve a déjà signé l'attaquant congolais Shabani Nonda du Monaco et Newcastle est allé chercher le défenseur Jean-Alain Boumsong des Rangers (d'excellentes signatures celles-là), on attend évidemment surtout de voir les gestes que va poser le Real Madrid pour chercher à redresser sa situation plutôt chancellante. Leur président Florentino Pérez ayant déjà mangé deux coachs cette année, Vanderlei Luxemburgo prenant tout récemment la place de García Remón qui avait suivi le démissionnaire José Antonio Camacho, il doit trouver rapidement les bons joueurs pour rajeunir et réénergiser une équipe qui est décidemment en perte de vitesse. Sans quoi, après avoir consommé sans pitié tant d'hommes de talent, ce sera peut-être à lui d'être "mangé" à son tour par la foule des partisans madridistas, malgré la protection surprenante dont il bénificie auprès des médias espagnols.
P.S. Non, je ne crois pas que ça existe vraiment, le "Plum Pudding Day", mais c'est un joli nom pour désigner le 29 décembre, vous ne trouvez pas?
Résultat de ces quatre matches? On confirme la lutte à quatre au sommet entre les deux clubs Londoniens, Arsenal et Chelsea, et les deux clubs du Nord, Manchester et les surprenant petits poucets d'Everton, qui s'accrochent au peloton de tête malgré un effectif qui a priori les destinait davantage aux bas-fonds qu'aux sommets. Malgré tout, un net avantage à Chelsea, qui s'est adjugé un petit coussin supplémentaire de deux points grâce à une fiche parfaite de quatre en quatre. Financés à outrance par le richissime oligarque russe Roman Abramovich, l'ancien gouverneur de Sibérie, leur équipe "B" remporterait probablement le championnat Portugais ou Hollandais, ce qui leur accorde un net avantage sur leurs deux rivaux principaux dont les meilleurs éléments s'épuisent à suivre le rythme un peu sadique imposé par la Fédération Anglaise.
Mais attention, si les joueurs des autres championnats étaient en congés, ce n'était certes pas le cas des dirigeants, qui dressaient minutieusement leur liste de cadeaux de Noël. Mais non, pas des DVD ou des trotinettes, on parle de joujoux de riches: c'est en janvier que se réouvre la période des transferts de joueurs, interdits le reste de l'année après le début des championnats nationaux. Jusque-là, les propriétaires déçus par la performance de leur équipe n'avaient qu'une option pour gratter le bobo, soit celle de limoger leur entraîneur, un petit plaisir non-négligeable il est vrai, mais rien comparé à la possibilité de signer une vedette vieillissante qui cherche à s'adjuger un dernier contrat plantureux.
Si la Juve a déjà signé l'attaquant congolais Shabani Nonda du Monaco et Newcastle est allé chercher le défenseur Jean-Alain Boumsong des Rangers (d'excellentes signatures celles-là), on attend évidemment surtout de voir les gestes que va poser le Real Madrid pour chercher à redresser sa situation plutôt chancellante. Leur président Florentino Pérez ayant déjà mangé deux coachs cette année, Vanderlei Luxemburgo prenant tout récemment la place de García Remón qui avait suivi le démissionnaire José Antonio Camacho, il doit trouver rapidement les bons joueurs pour rajeunir et réénergiser une équipe qui est décidemment en perte de vitesse. Sans quoi, après avoir consommé sans pitié tant d'hommes de talent, ce sera peut-être à lui d'être "mangé" à son tour par la foule des partisans madridistas, malgré la protection surprenante dont il bénificie auprès des médias espagnols.
P.S. Non, je ne crois pas que ça existe vraiment, le "Plum Pudding Day", mais c'est un joli nom pour désigner le 29 décembre, vous ne trouvez pas?
Friday, December 17, 2004
Des grands vont tomber
Ce ne sont plus des matches de foot que nous a offert si généreusement la procédure de tirage au sort pour les seizièmes de finales de la Ligue des Champions, on dirait bien plutôt une carte de boxe. Quelques affrontements alléchants entre jeunes aspirants pour nous mettre en appétit: Monaco - PSV Eindhoven, Lyon - Werder Bremen, Liverpool - Bayer Leverkusen. Puis un Porto - Inter Milan pas piqué des vers en atttendant le plat de résistance, et un quatre services à part ça: Arsenal - Bayern Munich, Manchester United - AC Milan, Barcelone - Chelsea, et Real Madrid - Juventus pour le championnat des poids lourds! Ça va brasser les amis, et il va y avoir une épidémie de torticolis au Champs pour ceux qui essaieront de ne rien manquer de l'action.
Pour ceux qui ne suivent le foot qu'aux deux ans quand les équipes nationales s'affrontent à l'Euro ou en Coupe du Monde, c'est le moment ou jamais de découvrir ce qui se passe de mieux entre les grands tournois. Et soyons francs, les clubs en lice n'ont rien à envier aux meilleures équipes nationales. Quand les huit plus grands clubs au monde s'affrontent comme ils s'apprêtent à le faire, on a droit à une brochette des meilleures joueurs au monde. Vous aimez les Brésiliens? Ronaldo, Ronaldinho, Kaka et Adriano pour vous servir. Vous préférez les Français? Alors vous pouvez vous rabattre sur Zidane, Henry, Makelele et Vieira. Un petit faible pour les Anglais ou les Hollandais? On vous propose alors les Rooney, Gerrard, Robben ou Van Nistelrooy.
Dressons un petit portrait rapide des combats: dans la catégorie poids coq, on a le Monaco, finaliste surprise l'an passé, contre le PSV Eindhoven. Ça peut donner une lutte intéressante, le PSV de Guus Hiddink opposant un système de jeu plutôt hermétique (mille minutes en championnat hollandais sans accorder le moindre but!) au style plus offensif du Monaco. Il reste à voir si les hommes de Didier Deschamps sauront trouver les buts nécessaires malgré la difficulté qu'ils auront à jouer le contre face à une équipe qui ne craint pas de rester regroupée en arrière. Dans la même catégorie, on a le Liverpool contre le Bayer Leverkusen, deux équipes dont le passé est certes plus glorieux que le présent. Les Anglais espèrent retrouver le chemin du succès européen menés par leur capitaine Steven Gerrard, qu'on annonce dans tous les grands clubs d'Europe au mercato d'hiver, mais qui semble pour l'instant déterminé à décrocher des trophées avec l'équipe de son enfance.
Déjà une coche au-dessus, en poids moyens, on a Lyon, qui est bien parti cette année pour aller chercher son quatrième sacre consécutif en championnat français, face au Werder Bremen, champion en titre de la Bundesliga et cinquième pour l'instant cette année. L'avantage qu'a Lyon sur ses camarades des petits championnats, c'est la profondeur de son effectif, qui lui a permis cette année de surmonter sans peine de sérieuses blessures à plusieurs de ses joueurs cadres (Elber, Coupet et Caçapa entre autres), ce qui devrait leur éviter le sort réservé à Monaco l'an passé quand leur sublime parcours en Ligue des Champions fut accompagné d'une chute interminable au classement français. Dans la même catégorie de poids, on a un Porto - Inter Milan qui met aux prises le champion d'Europe surprise de 2003, dégarni depuis de ses éléments les plus importants, partis sous de meilleurs cieux, face à l'énigme du calcio italien, un Inter qui ne sait pas perdre mais peine pourtant à gagner, avec déjà douze nuls en quinze parties.
Enfin, les poids lourds. Il va y avoir des morts, et pas des moindres. Arsenal - Bayern Munich, c'est l'aspirant anglais, qui n'a plus rien à prouver sur ses terres mais peine à s'établir parmi l'élite européenne, contre le champion allemand au passé glorieux mais qui peine à retrouver son ancien niveau. C'est aussi Jens Lehmann contre Oliver Khan, le psychodrame allemand qui met aux prises les deux gardiens de la Mannschaft dans une lutte à finir pour le poste de titulaire à la Coupe du Monde en Allemagne en 2006. S'il y a deux hommes qui se détestent sur la planète foot, ce sont bien ces deux-là, mais leur affrontement pourrait faire figure de pétard mouillé si Lehmann n'arrive pas à reprendre d'ici là sa place entre les pôteaux de l'Arsenal, occupée pour l'instant par Manuel Almunia.
Manchester United - AC Milan, ce n'est que l'affrontement entre les deux clubs les plus couronnés du foot anglais et italien lors des années 90. Et ce ne sont pas d'anciennes gloires, loin s'en faut, quoique cette année Alex Ferguson commence à être remis en question au Manchester, qui peine à joueur au niveau qu'exige ses supporteurs malgré le fichage de Wayne Rooney. L'AC Milan, c'est l'équipe de Berlusconi, le président italien, et pour autant elle est difficile à aimer véritablement, mais avec Shevchenko et Kaka en tête, elle talonne la Juventus de près en Serie A.
Barcelone - Chelsea met aux prises les deux équipes qui étaient jusque-là favorites pour l'emporter. C'est l'entraîneur José Mourinho, champion d'Europe l'an passé avec Porto, un homme qui bascule constamment entre la confiance en soi et l'arrogance, face à Frank Rikjaard, un des rares grands joueurs à avoir su démontrer par la suite le même niveau d'aptitude pour le poste d'entraîneur. Le travail qu'il a fait au Barça est exceptionnel, transformant complètement l'équipe en quelque deux ans. Ce sont aussi les retrouvailles de Deco avec Carvalho et Ferreira, coéquipiers l'an passé au Porto, adversaires cette année en Ligue des Champions. Le vainqueur de cette confrontation pourrait se rendre très, très loin.
Enfin, Real Madrid - Juventus, ce n'est que deux des plus grands clubs de l'histoire du foot qui s'affrontent encore une fois. La dernière occasion, c'était il y a deux ans en demi-finales de la Ligue des Champions, le choc au sommet se soldant par une victoire de la Juve au total des buts par la marque de 4-3. Si le Real paraît pour l'instant vieillissant et en perte de vitesse, la Juve est au sommet de son art avec Pavel Nedved et le nouveau-venu Zlatan Ibrahimovic, un suédois surdoué, auteur du but du tournoi lors de l'Euro 2004.
Des prédictions? Allons-y: PSV, Lyon, Leverkusen, Porto, Arsenal, AC Milan, Barcelone et Juventus. Mais il n'y a pas de David contre Goliath cette année. David affronte son clône et Goliath lutte contre son grand frère. Pour les petits, une chance inespérée de se rendre plus loin que prévu cette année. Pour les grands, une victoire en seizièmes les débarrassera d'un coup de quatre grands rivaux pour le sacre final. À ne pas manquer quand la compétition reprendra en février.
Pour ceux qui ne suivent le foot qu'aux deux ans quand les équipes nationales s'affrontent à l'Euro ou en Coupe du Monde, c'est le moment ou jamais de découvrir ce qui se passe de mieux entre les grands tournois. Et soyons francs, les clubs en lice n'ont rien à envier aux meilleures équipes nationales. Quand les huit plus grands clubs au monde s'affrontent comme ils s'apprêtent à le faire, on a droit à une brochette des meilleures joueurs au monde. Vous aimez les Brésiliens? Ronaldo, Ronaldinho, Kaka et Adriano pour vous servir. Vous préférez les Français? Alors vous pouvez vous rabattre sur Zidane, Henry, Makelele et Vieira. Un petit faible pour les Anglais ou les Hollandais? On vous propose alors les Rooney, Gerrard, Robben ou Van Nistelrooy.
Dressons un petit portrait rapide des combats: dans la catégorie poids coq, on a le Monaco, finaliste surprise l'an passé, contre le PSV Eindhoven. Ça peut donner une lutte intéressante, le PSV de Guus Hiddink opposant un système de jeu plutôt hermétique (mille minutes en championnat hollandais sans accorder le moindre but!) au style plus offensif du Monaco. Il reste à voir si les hommes de Didier Deschamps sauront trouver les buts nécessaires malgré la difficulté qu'ils auront à jouer le contre face à une équipe qui ne craint pas de rester regroupée en arrière. Dans la même catégorie, on a le Liverpool contre le Bayer Leverkusen, deux équipes dont le passé est certes plus glorieux que le présent. Les Anglais espèrent retrouver le chemin du succès européen menés par leur capitaine Steven Gerrard, qu'on annonce dans tous les grands clubs d'Europe au mercato d'hiver, mais qui semble pour l'instant déterminé à décrocher des trophées avec l'équipe de son enfance.
Déjà une coche au-dessus, en poids moyens, on a Lyon, qui est bien parti cette année pour aller chercher son quatrième sacre consécutif en championnat français, face au Werder Bremen, champion en titre de la Bundesliga et cinquième pour l'instant cette année. L'avantage qu'a Lyon sur ses camarades des petits championnats, c'est la profondeur de son effectif, qui lui a permis cette année de surmonter sans peine de sérieuses blessures à plusieurs de ses joueurs cadres (Elber, Coupet et Caçapa entre autres), ce qui devrait leur éviter le sort réservé à Monaco l'an passé quand leur sublime parcours en Ligue des Champions fut accompagné d'une chute interminable au classement français. Dans la même catégorie de poids, on a un Porto - Inter Milan qui met aux prises le champion d'Europe surprise de 2003, dégarni depuis de ses éléments les plus importants, partis sous de meilleurs cieux, face à l'énigme du calcio italien, un Inter qui ne sait pas perdre mais peine pourtant à gagner, avec déjà douze nuls en quinze parties.
Enfin, les poids lourds. Il va y avoir des morts, et pas des moindres. Arsenal - Bayern Munich, c'est l'aspirant anglais, qui n'a plus rien à prouver sur ses terres mais peine à s'établir parmi l'élite européenne, contre le champion allemand au passé glorieux mais qui peine à retrouver son ancien niveau. C'est aussi Jens Lehmann contre Oliver Khan, le psychodrame allemand qui met aux prises les deux gardiens de la Mannschaft dans une lutte à finir pour le poste de titulaire à la Coupe du Monde en Allemagne en 2006. S'il y a deux hommes qui se détestent sur la planète foot, ce sont bien ces deux-là, mais leur affrontement pourrait faire figure de pétard mouillé si Lehmann n'arrive pas à reprendre d'ici là sa place entre les pôteaux de l'Arsenal, occupée pour l'instant par Manuel Almunia.
Manchester United - AC Milan, ce n'est que l'affrontement entre les deux clubs les plus couronnés du foot anglais et italien lors des années 90. Et ce ne sont pas d'anciennes gloires, loin s'en faut, quoique cette année Alex Ferguson commence à être remis en question au Manchester, qui peine à joueur au niveau qu'exige ses supporteurs malgré le fichage de Wayne Rooney. L'AC Milan, c'est l'équipe de Berlusconi, le président italien, et pour autant elle est difficile à aimer véritablement, mais avec Shevchenko et Kaka en tête, elle talonne la Juventus de près en Serie A.
Barcelone - Chelsea met aux prises les deux équipes qui étaient jusque-là favorites pour l'emporter. C'est l'entraîneur José Mourinho, champion d'Europe l'an passé avec Porto, un homme qui bascule constamment entre la confiance en soi et l'arrogance, face à Frank Rikjaard, un des rares grands joueurs à avoir su démontrer par la suite le même niveau d'aptitude pour le poste d'entraîneur. Le travail qu'il a fait au Barça est exceptionnel, transformant complètement l'équipe en quelque deux ans. Ce sont aussi les retrouvailles de Deco avec Carvalho et Ferreira, coéquipiers l'an passé au Porto, adversaires cette année en Ligue des Champions. Le vainqueur de cette confrontation pourrait se rendre très, très loin.
Enfin, Real Madrid - Juventus, ce n'est que deux des plus grands clubs de l'histoire du foot qui s'affrontent encore une fois. La dernière occasion, c'était il y a deux ans en demi-finales de la Ligue des Champions, le choc au sommet se soldant par une victoire de la Juve au total des buts par la marque de 4-3. Si le Real paraît pour l'instant vieillissant et en perte de vitesse, la Juve est au sommet de son art avec Pavel Nedved et le nouveau-venu Zlatan Ibrahimovic, un suédois surdoué, auteur du but du tournoi lors de l'Euro 2004.
Des prédictions? Allons-y: PSV, Lyon, Leverkusen, Porto, Arsenal, AC Milan, Barcelone et Juventus. Mais il n'y a pas de David contre Goliath cette année. David affronte son clône et Goliath lutte contre son grand frère. Pour les petits, une chance inespérée de se rendre plus loin que prévu cette année. Pour les grands, une victoire en seizièmes les débarrassera d'un coup de quatre grands rivaux pour le sacre final. À ne pas manquer quand la compétition reprendra en février.
Saturday, December 11, 2004
La vie de star
Il est cerné, traqué de toutes parts, la meute se rapproche. Avouons qu'il l'a cherché. La récente fuite dans le San Francisco Chronicle des témoignages de différents athlètes devant le "Grand Jury" chargé de l'enquête sur Victor Conte et la firme Balco, qui fournissaient un stéroïde soi-disant indétectable à des athlètes de premier plan (Tim Montgomery et Marion Jones sont parmi les suspects les plus connus), nous révélait que plusieurs joueurs de baseball, dont Jason Giambi et Gary Sheffield, auraient admis avoir consommé des stéroïdes, évidemment à leur insu.
Mais si tous ces gros et beaux noms sont déjà alléchants, pour les journalistes nord-américains il n'y en a qu'un qui comptait vraiment, et c'est celui que leur a enfin livré le Chronicle en dévoilant le témoignage secret de Barry Bonds, la bête noire de tous les chroniqueurs de baseball. Bonds, sans aucun doute le meilleur frappeur de tous les temps, aurait avoué avoir utilisé deux substances illicites: "the cream", le stéroïde en question, et "the clear", un agent permettant de camoufler les traces du premier. Selon lui, il croyait avoir affaire à un supplément nutritif et à un médicament contre l'arthrite.
Depuis ces révélations, et bien, tout le monde en parle. Il faut savoir que Bonds est une abominable tête de cochon, qu'il considère les journalistes comme de proches cousins du rat d'égout et que ceux-ci le lui rendent bien. S'ils ne sont pas rancuniers, lui ayant déjà voté six fois le titre de joueur le plus utile à son équipe, un geste d'abnégation chrétienne s'il en est un, l'occasion était trop belle pour ne pas troquer l'offre de la joue gauche contre un uppercut là où Bonds est le plus sensible: son "standing" historique.
Car Bonds réécrit depuis plusieurs années le livre des records: les Babe Ruth, Ted Williams et autres Willie Mays disparaissent les uns après les autres, remplacés en première place de leur catégorie par le seul et unique Barry Bonds. Le prochain en vue, avec un record qui paraissait inatteignable auparavant, le grand Hank Aaron et ses 755 circuits en carrière. Bonds est à peine à plus d'une cinquantaine de circuits de la marque d'Aaron, et vu que c'est encore et toujours le meilleur joueur du baseball majeur à 40 ans passés, à moins d'une blessure qui metterait un terme à sa carrière, rien ne l'arrêtera.
À part, peut-être, dans l'esprit des amateurs de baseball sinon dans le livre des records officiels, le spectre de ce scandale, une aura de tricheur qui mettrait en doute le mérite réel de tous ces chiffres galvaudés. C'est là l'enjeu clé. Bonds n'a jamais gagné la Série Mondiale, et si parfois on peut faire abstraction de cela en prenant en compte la piètre qualité des équipes dans lesquelles un joueur évolua au fil de sa carrière, ce n'est pas le cas de Bonds, dont les coéquipiers à San Fransisco et Pittsburgh ne déméritaient pas. Mais si on n'a pas été un gagnant, on peut avoir été le meilleur, et c'est bien ça la motivaion la plus forte qui reste à Bonds.
Est-ce qu'il l'a été? À chacun son opinion, à chacun sa moralité. Quant à moi, s'il a triché, et je n'accorde pas une grande foi à ses prétentions d'innocence, il faisait partie de la culture hypocrite des sports professionnels Nord-Américains face aux drogues dans les années 90. Les dirigeants d'un sport ne s'attaquent jamais aux drogues pour des questions éthiques mais bien pour des questions financières. C'est le dégoût et le refus de la tricherie des amateurs de sport qui les poussent à agir pour remédier à la situation, et systématiquement après le scandale, jamais avant. Que ce soit Ben Johnson pour les Olympiques, l'affaire Festina pour le cyclisme, où maintenant Balco et Bonds pour le baseball, ce genre de scandale est un sine qua non pour que les cadres agissent.
Comme tous les grands records du sport, ceux de Bonds ont été inscrits dans un contexte et dans une époque déterminée. Wayne Gretzky n'aurait pas marqué 92 buts dans le hockey ultra-défensif d'aujourd'hui; il aurait été aussi dominant pour son époque, mais n'aurait sans doute pas établi autant de marques inatteignables. Bonds est un représentant parfait du baseball des années 90. On peut condamner ou non son époque, et on peut le condamner ou non comme symbole de son époque, mais rappelons que l'usage de stéroïdes au baseball n'a été interdit qu'en 2003. Quant à moi, si Bonds est un joli bouc émissaire, les véritables coupables sont beaucoup plus haut dans la hiérarchie du baseball.
Mais si tous ces gros et beaux noms sont déjà alléchants, pour les journalistes nord-américains il n'y en a qu'un qui comptait vraiment, et c'est celui que leur a enfin livré le Chronicle en dévoilant le témoignage secret de Barry Bonds, la bête noire de tous les chroniqueurs de baseball. Bonds, sans aucun doute le meilleur frappeur de tous les temps, aurait avoué avoir utilisé deux substances illicites: "the cream", le stéroïde en question, et "the clear", un agent permettant de camoufler les traces du premier. Selon lui, il croyait avoir affaire à un supplément nutritif et à un médicament contre l'arthrite.
Depuis ces révélations, et bien, tout le monde en parle. Il faut savoir que Bonds est une abominable tête de cochon, qu'il considère les journalistes comme de proches cousins du rat d'égout et que ceux-ci le lui rendent bien. S'ils ne sont pas rancuniers, lui ayant déjà voté six fois le titre de joueur le plus utile à son équipe, un geste d'abnégation chrétienne s'il en est un, l'occasion était trop belle pour ne pas troquer l'offre de la joue gauche contre un uppercut là où Bonds est le plus sensible: son "standing" historique.
Car Bonds réécrit depuis plusieurs années le livre des records: les Babe Ruth, Ted Williams et autres Willie Mays disparaissent les uns après les autres, remplacés en première place de leur catégorie par le seul et unique Barry Bonds. Le prochain en vue, avec un record qui paraissait inatteignable auparavant, le grand Hank Aaron et ses 755 circuits en carrière. Bonds est à peine à plus d'une cinquantaine de circuits de la marque d'Aaron, et vu que c'est encore et toujours le meilleur joueur du baseball majeur à 40 ans passés, à moins d'une blessure qui metterait un terme à sa carrière, rien ne l'arrêtera.
À part, peut-être, dans l'esprit des amateurs de baseball sinon dans le livre des records officiels, le spectre de ce scandale, une aura de tricheur qui mettrait en doute le mérite réel de tous ces chiffres galvaudés. C'est là l'enjeu clé. Bonds n'a jamais gagné la Série Mondiale, et si parfois on peut faire abstraction de cela en prenant en compte la piètre qualité des équipes dans lesquelles un joueur évolua au fil de sa carrière, ce n'est pas le cas de Bonds, dont les coéquipiers à San Fransisco et Pittsburgh ne déméritaient pas. Mais si on n'a pas été un gagnant, on peut avoir été le meilleur, et c'est bien ça la motivaion la plus forte qui reste à Bonds.
Est-ce qu'il l'a été? À chacun son opinion, à chacun sa moralité. Quant à moi, s'il a triché, et je n'accorde pas une grande foi à ses prétentions d'innocence, il faisait partie de la culture hypocrite des sports professionnels Nord-Américains face aux drogues dans les années 90. Les dirigeants d'un sport ne s'attaquent jamais aux drogues pour des questions éthiques mais bien pour des questions financières. C'est le dégoût et le refus de la tricherie des amateurs de sport qui les poussent à agir pour remédier à la situation, et systématiquement après le scandale, jamais avant. Que ce soit Ben Johnson pour les Olympiques, l'affaire Festina pour le cyclisme, où maintenant Balco et Bonds pour le baseball, ce genre de scandale est un sine qua non pour que les cadres agissent.
Comme tous les grands records du sport, ceux de Bonds ont été inscrits dans un contexte et dans une époque déterminée. Wayne Gretzky n'aurait pas marqué 92 buts dans le hockey ultra-défensif d'aujourd'hui; il aurait été aussi dominant pour son époque, mais n'aurait sans doute pas établi autant de marques inatteignables. Bonds est un représentant parfait du baseball des années 90. On peut condamner ou non son époque, et on peut le condamner ou non comme symbole de son époque, mais rappelons que l'usage de stéroïdes au baseball n'a été interdit qu'en 2003. Quant à moi, si Bonds est un joli bouc émissaire, les véritables coupables sont beaucoup plus haut dans la hiérarchie du baseball.
Wednesday, December 08, 2004
Pas de surprises
La sixième et dernière journée des matches de poule de la ligue des Champions donne toujours lieu à un étrange mélange entre des matches âprement disputés, comme le fantastique Liverpool-Olympiacos d'hier, et d'autres quasiment surréalistes où une équipe déjà qualifiée ou au contraire déjà éliminée donne un repos bien mérité à ses joueurs réguliers. Le Shaktar Donetsk, obscure petite équipe ucrainienne, peut bien en témoigner, puisqu'ils se sont tapés le Barça version "péril jeune" par la marque de 2-0. Disons que l'emblématique brésilien Ronaldinho n'a pas dû en perdre son fameux sourire pour autant, emmitouflé dans une couette sur les lignes de côté.
Cette sixième journée, c'est celle où tous les amateurs de foot se recyclent en mathématiciens, et pas de doute que ça prend la bosse des maths pour s'y retrouver dans ce dédale de scénarios hypothétiques qui détermineront les élus et les déchus. Pour ceux qui ont de la misère avec leurs impôts, mieux vaut demander à un ami comptable de vous aider à y voir clair, car c'est autrement plus compliqué. Parlez-en aux joueurs d'Olympiakos, qui avaient trois chemins possibles pour s'assurer d'une qualification mais qui se sont butés à un Liverpool hyper-motivé et à son capitaine Steven Gerrard, qui a mis fin au suspense avec un boulet de canon en toute fin de match qui assurait à son équipe la victoire par deux buts dont ils avaient besoin pour éliminer les Grecs.
Étrangement, après tous les calculs et les permutations possibles, quand on fait le compte à la fin de la journée, chaque club semble avoir retrouvé sa place habituelle. Sur les seize qualifiés, dix s'étaient déjà donnés rendez-vous au même stade de la compétition l'année passée. Et sur les six qui restent, avouons que pour la plupart, ils ne déchantent pas: Barcelone, Inter Milan, Liverpool, Bayer Leverkusen...il n'y a peut-être que le Werder Bremen et le PSV Eindhoven qui détonnent quelque peu, quoique Bremen étant champion en titre de la Bundesliga allemande, on ne peut certes pas les considérer comme de véritables intrus.
Enfin, et oui, le Real Madrid s'est qualifié in extremis contre la Roma. S'il y a un avantage à avoir une équipe qui s'apparente plus à un premier rôle de telenovela brésilienne qu'à un club sportif, c'est que les évènements semblent parfois conspirer pour s'assurer qu'il y aura bien un prochain épisode. La Roma, déjà éliminée, avait choisi de faire souffler ses meilleurs éléments, comme Totti et Cassano, sans compter que si le match se jouait bien à Rome, ce n'étaient pas les tifosis qui allaient pouvoir pousser leur équipe B à l'exploit. Le match se jouait en quelque sorte à "guichets fermés" sans spectateurs, punition imposée par l'UEFA suite aux actions de certains spectateurs qui s'en étaient pris à l'arbitre Anders Frisk lors du premier match face à Kiev, le blessant à la tête d'un briquet lancé depuis les gradins.
Si les madrilènes n'ont pas volé la victoire hier, ils l'avaient déjà payée cher au préalable en fin de semaine face à Villareal en Liga espagnole, puisque l'entraineur Garcia Remon avait choisi de mettre au repos forcé ses joueurs clés, comme Ronaldo et Zidane, en prévision du match crucial d'hier. Résultat, un nul chanceux au compte de 0-0, et les Blancs se retrouvent déjà à dix points du Barça qui cavale seul en tête. Le pari était risqué, mais vu les millions et le prestige rattaché à la qualification pour la ronde suivante, il était sans doute nécessaire. Dans tous les cas, ça a exposé au grand jour la faiblesse des réserves du club de la capitale espagnole, déjà que les vedettes de l'équipe ne font pas grand chose non plus cette année.
Petite note en terminant, journée faste pour les clubs français toujours en lice, Monaco et Lyon: 5-0 pour l'un face au Deportivo, 5-0 pour l'autre face au Sparta Prague, les deux se qualifiant ainsi en tête de leur groupe respectif. Si les Français ont longtemps tiré de la patte face aux grands clubs d'Espagne, d'Italie, d'Angleterre et d'Allemagne, ils semblent vouloir confirmer cette année leur retour en force. Seul le PSG, très décevant face au CSKA Moscou, n'a pas réussi à se joindre au cortège. S'il est toujours difficile pour les clubs d'un championnat soi-disant "pauvre" comme la Ligue 1 française de pallier à la perte continuelle de ses meilleurs joueurs qui s'expatrient dans les grand championnats étrangers, ils semblent avoir gagné leur pari d'investir dans la formation et la jeunesse. Bien joué les cousins!
Cette sixième journée, c'est celle où tous les amateurs de foot se recyclent en mathématiciens, et pas de doute que ça prend la bosse des maths pour s'y retrouver dans ce dédale de scénarios hypothétiques qui détermineront les élus et les déchus. Pour ceux qui ont de la misère avec leurs impôts, mieux vaut demander à un ami comptable de vous aider à y voir clair, car c'est autrement plus compliqué. Parlez-en aux joueurs d'Olympiakos, qui avaient trois chemins possibles pour s'assurer d'une qualification mais qui se sont butés à un Liverpool hyper-motivé et à son capitaine Steven Gerrard, qui a mis fin au suspense avec un boulet de canon en toute fin de match qui assurait à son équipe la victoire par deux buts dont ils avaient besoin pour éliminer les Grecs.
Étrangement, après tous les calculs et les permutations possibles, quand on fait le compte à la fin de la journée, chaque club semble avoir retrouvé sa place habituelle. Sur les seize qualifiés, dix s'étaient déjà donnés rendez-vous au même stade de la compétition l'année passée. Et sur les six qui restent, avouons que pour la plupart, ils ne déchantent pas: Barcelone, Inter Milan, Liverpool, Bayer Leverkusen...il n'y a peut-être que le Werder Bremen et le PSV Eindhoven qui détonnent quelque peu, quoique Bremen étant champion en titre de la Bundesliga allemande, on ne peut certes pas les considérer comme de véritables intrus.
Enfin, et oui, le Real Madrid s'est qualifié in extremis contre la Roma. S'il y a un avantage à avoir une équipe qui s'apparente plus à un premier rôle de telenovela brésilienne qu'à un club sportif, c'est que les évènements semblent parfois conspirer pour s'assurer qu'il y aura bien un prochain épisode. La Roma, déjà éliminée, avait choisi de faire souffler ses meilleurs éléments, comme Totti et Cassano, sans compter que si le match se jouait bien à Rome, ce n'étaient pas les tifosis qui allaient pouvoir pousser leur équipe B à l'exploit. Le match se jouait en quelque sorte à "guichets fermés" sans spectateurs, punition imposée par l'UEFA suite aux actions de certains spectateurs qui s'en étaient pris à l'arbitre Anders Frisk lors du premier match face à Kiev, le blessant à la tête d'un briquet lancé depuis les gradins.
Si les madrilènes n'ont pas volé la victoire hier, ils l'avaient déjà payée cher au préalable en fin de semaine face à Villareal en Liga espagnole, puisque l'entraineur Garcia Remon avait choisi de mettre au repos forcé ses joueurs clés, comme Ronaldo et Zidane, en prévision du match crucial d'hier. Résultat, un nul chanceux au compte de 0-0, et les Blancs se retrouvent déjà à dix points du Barça qui cavale seul en tête. Le pari était risqué, mais vu les millions et le prestige rattaché à la qualification pour la ronde suivante, il était sans doute nécessaire. Dans tous les cas, ça a exposé au grand jour la faiblesse des réserves du club de la capitale espagnole, déjà que les vedettes de l'équipe ne font pas grand chose non plus cette année.
Petite note en terminant, journée faste pour les clubs français toujours en lice, Monaco et Lyon: 5-0 pour l'un face au Deportivo, 5-0 pour l'autre face au Sparta Prague, les deux se qualifiant ainsi en tête de leur groupe respectif. Si les Français ont longtemps tiré de la patte face aux grands clubs d'Espagne, d'Italie, d'Angleterre et d'Allemagne, ils semblent vouloir confirmer cette année leur retour en force. Seul le PSG, très décevant face au CSKA Moscou, n'a pas réussi à se joindre au cortège. S'il est toujours difficile pour les clubs d'un championnat soi-disant "pauvre" comme la Ligue 1 française de pallier à la perte continuelle de ses meilleurs joueurs qui s'expatrient dans les grand championnats étrangers, ils semblent avoir gagné leur pari d'investir dans la formation et la jeunesse. Bien joué les cousins!
Monday, December 06, 2004
Grève du zèle
Alors que le conflit de travail s'éternise dans le monde du hockey, il y a un mouvement "syndical" d'un autre genre qui tire à sa fin dans le monde du foot. La différence à Marseille, c'est que ce sont bien les supporteurs de l'OM qui sont en grève. Déçus des prestations de leur équipe et de l'effort fourni par les joueurs, ils multiplient les moyens de pression depuis maintenant un mois: appel au boycottage des parties, interdiction de pénétrer dans les tribunes populaires avant le coup d'envoi, voeu de silence plutôt que les habituels chants et encouragements de toutes sortes.
Il faut dire que si les partisans du Canadien de Montréal ont des cousins de la fesse gauche quelque part dans le monde, ça doit bien être à Marseille. Bon, il est vrai que depuis onze ans que le Tricolore n'a rien fait qui vaille, les attentes ont peut-être finalement baissé quelque peu. Alors qu'auparavant on exigeait à la fois la Coupe Stanley et un jeu faisant honneur à la glorieuse tradition de nos ancêtres, aujourd'hui on se contenterait peut-être d'une victoire en première ronde et de quelques jeunes prometteurs qui travaillent fort le long des bandes. Mais il ne faut pas s'y tromper: après une ou deux saisons potables, la fierté renaîtrait et les critiques reprendraient de plus belle.
Marseille, c'est un peu la même situation. L'OM est tellement ancré dans la fierté et l'imaginaire de la ville qu'il est presque impossible de satisfaire aux exigences des supporteurs. Soyons francs, la situation n'est pas si terrible qu'elle n'y paraît: l'Olympique Marseille est tout de même au moment où on se parle troisième sur vingt au tableau des meilleurs clubs français, au plus fort de la lutte pour une place en Ligue des Champions l'année prochaine, même si le Championnat paraît pour l'instant inaccessible vu le rythme imposé par Lyon en tête de la Ligue 1. Mais l'OM, c'est l'OM. Alors que la plupart des autres clubs se réjouiraient d'une assistance moyenne de quelque 25 000 personnes, les Marseillais sont 55 000 à s'engouffrer à chaque match dans le Vélodrôme.
Résultat du mouvement de grève? Deux démissions, celle du coach, José Anigo, un vrai Marseillais qui a précisé vouloir ainsi réveiller les joueurs et être prêt à continuer à servir le club dans quelle capacité que ce soit, et celle du président, Christophe Bouchet, qui a probablement été poussé vers la sortie vu sa maigre popularité auprès des partisans, qui ne croyaient pas à sa ferveur pour l'OM malgré ses professions de foi. Philippe Troussier arrive pour remplacer Anigo, un vrai globe-trotteur celui-là, qui collectionne depuis 10 ans les postes de sélectionneur des différentes équipes nationales, et qu'on a surtout connu lorsqu'il a mené le Japon jusqu'aux huitièmes de finales de la dernière Coupe du Monde.
Pas de doute que Troussier a le bagage et la prestance pour construire quelque chose de solide, mais le problème à Marseille, c'est que l'impératif de la victoire rend quasi-impossible la réalisation d'un projet à long-terme. Les entraîneurs et les présidents se succèdent, incapables de survivre à la première période difficile, au moment inévitable où les victoires se font plus difficiles et la motivation se fait chercher. On se demande souvent pourquoi les hockeyeurs qui quittent Montréal connaissent autant de succès quand ils sont échangés. C'est un peu pour les mêmes raisons, bien qu'elles se trouvent sans doute amplifiées à Marseille. L'impératif du succès est tellement grand qu'on ne permet pas au joueur de traverser une période creuse et d'atteindre son plein potentiel, et la prestation des "vedettes" est souvent vue comme insuffisante alors qu'ils jouent peut-être déjà à la limite de leur talent. Si ici on commence à apprendre la leçon (John Leclair quelqu'un?), à Marseille il y a encore beaucoup de chemin à faire.
Il faut dire que si les partisans du Canadien de Montréal ont des cousins de la fesse gauche quelque part dans le monde, ça doit bien être à Marseille. Bon, il est vrai que depuis onze ans que le Tricolore n'a rien fait qui vaille, les attentes ont peut-être finalement baissé quelque peu. Alors qu'auparavant on exigeait à la fois la Coupe Stanley et un jeu faisant honneur à la glorieuse tradition de nos ancêtres, aujourd'hui on se contenterait peut-être d'une victoire en première ronde et de quelques jeunes prometteurs qui travaillent fort le long des bandes. Mais il ne faut pas s'y tromper: après une ou deux saisons potables, la fierté renaîtrait et les critiques reprendraient de plus belle.
Marseille, c'est un peu la même situation. L'OM est tellement ancré dans la fierté et l'imaginaire de la ville qu'il est presque impossible de satisfaire aux exigences des supporteurs. Soyons francs, la situation n'est pas si terrible qu'elle n'y paraît: l'Olympique Marseille est tout de même au moment où on se parle troisième sur vingt au tableau des meilleurs clubs français, au plus fort de la lutte pour une place en Ligue des Champions l'année prochaine, même si le Championnat paraît pour l'instant inaccessible vu le rythme imposé par Lyon en tête de la Ligue 1. Mais l'OM, c'est l'OM. Alors que la plupart des autres clubs se réjouiraient d'une assistance moyenne de quelque 25 000 personnes, les Marseillais sont 55 000 à s'engouffrer à chaque match dans le Vélodrôme.
Résultat du mouvement de grève? Deux démissions, celle du coach, José Anigo, un vrai Marseillais qui a précisé vouloir ainsi réveiller les joueurs et être prêt à continuer à servir le club dans quelle capacité que ce soit, et celle du président, Christophe Bouchet, qui a probablement été poussé vers la sortie vu sa maigre popularité auprès des partisans, qui ne croyaient pas à sa ferveur pour l'OM malgré ses professions de foi. Philippe Troussier arrive pour remplacer Anigo, un vrai globe-trotteur celui-là, qui collectionne depuis 10 ans les postes de sélectionneur des différentes équipes nationales, et qu'on a surtout connu lorsqu'il a mené le Japon jusqu'aux huitièmes de finales de la dernière Coupe du Monde.
Pas de doute que Troussier a le bagage et la prestance pour construire quelque chose de solide, mais le problème à Marseille, c'est que l'impératif de la victoire rend quasi-impossible la réalisation d'un projet à long-terme. Les entraîneurs et les présidents se succèdent, incapables de survivre à la première période difficile, au moment inévitable où les victoires se font plus difficiles et la motivation se fait chercher. On se demande souvent pourquoi les hockeyeurs qui quittent Montréal connaissent autant de succès quand ils sont échangés. C'est un peu pour les mêmes raisons, bien qu'elles se trouvent sans doute amplifiées à Marseille. L'impératif du succès est tellement grand qu'on ne permet pas au joueur de traverser une période creuse et d'atteindre son plein potentiel, et la prestation des "vedettes" est souvent vue comme insuffisante alors qu'ils jouent peut-être déjà à la limite de leur talent. Si ici on commence à apprendre la leçon (John Leclair quelqu'un?), à Marseille il y a encore beaucoup de chemin à faire.
Sunday, November 14, 2004
L'homme à la moustache
Putain de Real. On aimerait tant l'adorer ou le détester, ce Real Madrid, le ranger une bonne fois pour toute dans la catégorie des bons ou dans celles des méchants, mais il persiste à être la grande énigme du foot, une entité fondamentalement paradoxale qui titille et rebute à la fois. Pour ceux qui ne suivent pas son roman-savon au quotidien et ne le connaissent qu'à travers ces chroniques, nous nous étions laissés sur une bien mauvaise note, puisqu'il paraissait à l'époque commencer à débouler la longue pente savonneuse qui mène à la médiocrité. Depuis, que des victoires ou presque, il se pointe en deuxième place en championnat et l'achat-mystère de l'entre-saison, l'anglais Michael Owen, enfile but sur but.
Dernier match? 6-1 contre le promu Albacete. Un grand Ronaldo, un grand Zidane, un grand Raul, parmi d'autres. Et des applaudissements et des cris de joie spontanés face aux exploits de ces grands qui nous font vivre la beauté du foot. Lors de mon passage à Madrid, je me trouvais devant le légendaire stade du Real, le Santiago Bernabeu, lorsqu'un scalper m'a accosté pour me proposer des billets. Je lui dis que no me gusta el Real, je n'aime pas le Real. Aucune importance qu'il me répond, el Real no es un equipo, es un espectaculo; le Real ce n'est pas une équipe, c'est un spectacle. Et à quel spectacle j'avais assisté ce soir-là, surtout ce but canon de Roberto Carlos d'une distance de 40 mètres qui montait encore quand il s'est arrêté dans la lucarne.
Hier soir, ce sont ces souvenirs qui me revenaient en voyant ces footballeurs hors-normes exécuter des gestes impossibles, réveillant le plaisir de l'enfant qui voit un magicien sortir un lapin de son chapeau. Attention, ce n'est pas pour dire que le Real est reparti pour une saison de rêve; battre Albacete 6-1 c'est une chose, mais des matches autrement plus difficiles l'attendent, à commencer par le "super clasico" de la semaine prochaine contre le Barça au Camp Nou, un genre de Canadiens-Nordiques puissance dix. Les lacunes de ce Real demeurent et remonteront sans aucun doute à la surface d'ici la fin de la saison.
Mais depuis le départ de José Antonio Camacho et l'arrivée de Mariano Garcia Remon au poste d'entraîneur, les méga-stars du Madrid semblent avoir retrouvé l'envie de jouer et de s'amuser. Garcia Remon fait un peu penser à Vicente del Bosque, un autre attachant moustachu qui avait connu de beaux moments à la tête de l'équipe avant de se faire impitoyablement licencier par le président Florentino Perez. Il fallait voir Garcia Remon sur la ligne de touche pendant le match contre Albacete, avec sa moustache et son air de bon papa qui ne souhaite que le bonheur de ses enfants. Il y a toutes sortes de moustaches, des moustaches de policier et des moustaches de fermier, des moustaches de dictateur et des moustaches qui ne servent qu'à camoufler de leur broussaille les émotions de celui qui vit un peu trop à fleur de peau. C'est à cette dernière catégorie qu'appartient la moustache de Garcia Remon, et peut-être qu'elle servira de porte-bonheur à une équipe dont on peut mépriser la haute direction mais jamais ses joueurs.
Je me risque à un a parte en terminant; pour ceux qui ne le savent pas, il semble y avoir une bonne proportion d'amateurs de sport parmi la communauté des juifs hassidim de Montréal, bien qu'il soit vrai qu'on les remarque plus prestement que d'autres. Mais ce que je trouve curieux, c'est que jusqu'à maintenant ceux que j'ai rencontrés semblaient tous être partisans soit des Yankees au baseball ou du Real Madrid au foot. Il n'y a rien de mal là-dedans, mais je serais curieux de savoir d'où vient cet attachement à ces deux grands gagnants historiques plutôt que, disons, aux Red Sox ou au Barça justement. Dans tous les cas c'est bien agréable de regarder un match avec eux, ils semblent figurer parmi ceux qui ont le mieux su conserver leur joie d'enfant face au spectacle sportif.
Dernier match? 6-1 contre le promu Albacete. Un grand Ronaldo, un grand Zidane, un grand Raul, parmi d'autres. Et des applaudissements et des cris de joie spontanés face aux exploits de ces grands qui nous font vivre la beauté du foot. Lors de mon passage à Madrid, je me trouvais devant le légendaire stade du Real, le Santiago Bernabeu, lorsqu'un scalper m'a accosté pour me proposer des billets. Je lui dis que no me gusta el Real, je n'aime pas le Real. Aucune importance qu'il me répond, el Real no es un equipo, es un espectaculo; le Real ce n'est pas une équipe, c'est un spectacle. Et à quel spectacle j'avais assisté ce soir-là, surtout ce but canon de Roberto Carlos d'une distance de 40 mètres qui montait encore quand il s'est arrêté dans la lucarne.
Hier soir, ce sont ces souvenirs qui me revenaient en voyant ces footballeurs hors-normes exécuter des gestes impossibles, réveillant le plaisir de l'enfant qui voit un magicien sortir un lapin de son chapeau. Attention, ce n'est pas pour dire que le Real est reparti pour une saison de rêve; battre Albacete 6-1 c'est une chose, mais des matches autrement plus difficiles l'attendent, à commencer par le "super clasico" de la semaine prochaine contre le Barça au Camp Nou, un genre de Canadiens-Nordiques puissance dix. Les lacunes de ce Real demeurent et remonteront sans aucun doute à la surface d'ici la fin de la saison.
Mais depuis le départ de José Antonio Camacho et l'arrivée de Mariano Garcia Remon au poste d'entraîneur, les méga-stars du Madrid semblent avoir retrouvé l'envie de jouer et de s'amuser. Garcia Remon fait un peu penser à Vicente del Bosque, un autre attachant moustachu qui avait connu de beaux moments à la tête de l'équipe avant de se faire impitoyablement licencier par le président Florentino Perez. Il fallait voir Garcia Remon sur la ligne de touche pendant le match contre Albacete, avec sa moustache et son air de bon papa qui ne souhaite que le bonheur de ses enfants. Il y a toutes sortes de moustaches, des moustaches de policier et des moustaches de fermier, des moustaches de dictateur et des moustaches qui ne servent qu'à camoufler de leur broussaille les émotions de celui qui vit un peu trop à fleur de peau. C'est à cette dernière catégorie qu'appartient la moustache de Garcia Remon, et peut-être qu'elle servira de porte-bonheur à une équipe dont on peut mépriser la haute direction mais jamais ses joueurs.
Je me risque à un a parte en terminant; pour ceux qui ne le savent pas, il semble y avoir une bonne proportion d'amateurs de sport parmi la communauté des juifs hassidim de Montréal, bien qu'il soit vrai qu'on les remarque plus prestement que d'autres. Mais ce que je trouve curieux, c'est que jusqu'à maintenant ceux que j'ai rencontrés semblaient tous être partisans soit des Yankees au baseball ou du Real Madrid au foot. Il n'y a rien de mal là-dedans, mais je serais curieux de savoir d'où vient cet attachement à ces deux grands gagnants historiques plutôt que, disons, aux Red Sox ou au Barça justement. Dans tous les cas c'est bien agréable de regarder un match avec eux, ils semblent figurer parmi ceux qui ont le mieux su conserver leur joie d'enfant face au spectacle sportif.