Saturday, December 11, 2004
La vie de star
Il est cerné, traqué de toutes parts, la meute se rapproche. Avouons qu'il l'a cherché. La récente fuite dans le San Francisco Chronicle des témoignages de différents athlètes devant le "Grand Jury" chargé de l'enquête sur Victor Conte et la firme Balco, qui fournissaient un stéroïde soi-disant indétectable à des athlètes de premier plan (Tim Montgomery et Marion Jones sont parmi les suspects les plus connus), nous révélait que plusieurs joueurs de baseball, dont Jason Giambi et Gary Sheffield, auraient admis avoir consommé des stéroïdes, évidemment à leur insu.
Mais si tous ces gros et beaux noms sont déjà alléchants, pour les journalistes nord-américains il n'y en a qu'un qui comptait vraiment, et c'est celui que leur a enfin livré le Chronicle en dévoilant le témoignage secret de Barry Bonds, la bête noire de tous les chroniqueurs de baseball. Bonds, sans aucun doute le meilleur frappeur de tous les temps, aurait avoué avoir utilisé deux substances illicites: "the cream", le stéroïde en question, et "the clear", un agent permettant de camoufler les traces du premier. Selon lui, il croyait avoir affaire à un supplément nutritif et à un médicament contre l'arthrite.
Depuis ces révélations, et bien, tout le monde en parle. Il faut savoir que Bonds est une abominable tête de cochon, qu'il considère les journalistes comme de proches cousins du rat d'égout et que ceux-ci le lui rendent bien. S'ils ne sont pas rancuniers, lui ayant déjà voté six fois le titre de joueur le plus utile à son équipe, un geste d'abnégation chrétienne s'il en est un, l'occasion était trop belle pour ne pas troquer l'offre de la joue gauche contre un uppercut là où Bonds est le plus sensible: son "standing" historique.
Car Bonds réécrit depuis plusieurs années le livre des records: les Babe Ruth, Ted Williams et autres Willie Mays disparaissent les uns après les autres, remplacés en première place de leur catégorie par le seul et unique Barry Bonds. Le prochain en vue, avec un record qui paraissait inatteignable auparavant, le grand Hank Aaron et ses 755 circuits en carrière. Bonds est à peine à plus d'une cinquantaine de circuits de la marque d'Aaron, et vu que c'est encore et toujours le meilleur joueur du baseball majeur à 40 ans passés, à moins d'une blessure qui metterait un terme à sa carrière, rien ne l'arrêtera.
À part, peut-être, dans l'esprit des amateurs de baseball sinon dans le livre des records officiels, le spectre de ce scandale, une aura de tricheur qui mettrait en doute le mérite réel de tous ces chiffres galvaudés. C'est là l'enjeu clé. Bonds n'a jamais gagné la Série Mondiale, et si parfois on peut faire abstraction de cela en prenant en compte la piètre qualité des équipes dans lesquelles un joueur évolua au fil de sa carrière, ce n'est pas le cas de Bonds, dont les coéquipiers à San Fransisco et Pittsburgh ne déméritaient pas. Mais si on n'a pas été un gagnant, on peut avoir été le meilleur, et c'est bien ça la motivaion la plus forte qui reste à Bonds.
Est-ce qu'il l'a été? À chacun son opinion, à chacun sa moralité. Quant à moi, s'il a triché, et je n'accorde pas une grande foi à ses prétentions d'innocence, il faisait partie de la culture hypocrite des sports professionnels Nord-Américains face aux drogues dans les années 90. Les dirigeants d'un sport ne s'attaquent jamais aux drogues pour des questions éthiques mais bien pour des questions financières. C'est le dégoût et le refus de la tricherie des amateurs de sport qui les poussent à agir pour remédier à la situation, et systématiquement après le scandale, jamais avant. Que ce soit Ben Johnson pour les Olympiques, l'affaire Festina pour le cyclisme, où maintenant Balco et Bonds pour le baseball, ce genre de scandale est un sine qua non pour que les cadres agissent.
Comme tous les grands records du sport, ceux de Bonds ont été inscrits dans un contexte et dans une époque déterminée. Wayne Gretzky n'aurait pas marqué 92 buts dans le hockey ultra-défensif d'aujourd'hui; il aurait été aussi dominant pour son époque, mais n'aurait sans doute pas établi autant de marques inatteignables. Bonds est un représentant parfait du baseball des années 90. On peut condamner ou non son époque, et on peut le condamner ou non comme symbole de son époque, mais rappelons que l'usage de stéroïdes au baseball n'a été interdit qu'en 2003. Quant à moi, si Bonds est un joli bouc émissaire, les véritables coupables sont beaucoup plus haut dans la hiérarchie du baseball.
Mais si tous ces gros et beaux noms sont déjà alléchants, pour les journalistes nord-américains il n'y en a qu'un qui comptait vraiment, et c'est celui que leur a enfin livré le Chronicle en dévoilant le témoignage secret de Barry Bonds, la bête noire de tous les chroniqueurs de baseball. Bonds, sans aucun doute le meilleur frappeur de tous les temps, aurait avoué avoir utilisé deux substances illicites: "the cream", le stéroïde en question, et "the clear", un agent permettant de camoufler les traces du premier. Selon lui, il croyait avoir affaire à un supplément nutritif et à un médicament contre l'arthrite.
Depuis ces révélations, et bien, tout le monde en parle. Il faut savoir que Bonds est une abominable tête de cochon, qu'il considère les journalistes comme de proches cousins du rat d'égout et que ceux-ci le lui rendent bien. S'ils ne sont pas rancuniers, lui ayant déjà voté six fois le titre de joueur le plus utile à son équipe, un geste d'abnégation chrétienne s'il en est un, l'occasion était trop belle pour ne pas troquer l'offre de la joue gauche contre un uppercut là où Bonds est le plus sensible: son "standing" historique.
Car Bonds réécrit depuis plusieurs années le livre des records: les Babe Ruth, Ted Williams et autres Willie Mays disparaissent les uns après les autres, remplacés en première place de leur catégorie par le seul et unique Barry Bonds. Le prochain en vue, avec un record qui paraissait inatteignable auparavant, le grand Hank Aaron et ses 755 circuits en carrière. Bonds est à peine à plus d'une cinquantaine de circuits de la marque d'Aaron, et vu que c'est encore et toujours le meilleur joueur du baseball majeur à 40 ans passés, à moins d'une blessure qui metterait un terme à sa carrière, rien ne l'arrêtera.
À part, peut-être, dans l'esprit des amateurs de baseball sinon dans le livre des records officiels, le spectre de ce scandale, une aura de tricheur qui mettrait en doute le mérite réel de tous ces chiffres galvaudés. C'est là l'enjeu clé. Bonds n'a jamais gagné la Série Mondiale, et si parfois on peut faire abstraction de cela en prenant en compte la piètre qualité des équipes dans lesquelles un joueur évolua au fil de sa carrière, ce n'est pas le cas de Bonds, dont les coéquipiers à San Fransisco et Pittsburgh ne déméritaient pas. Mais si on n'a pas été un gagnant, on peut avoir été le meilleur, et c'est bien ça la motivaion la plus forte qui reste à Bonds.
Est-ce qu'il l'a été? À chacun son opinion, à chacun sa moralité. Quant à moi, s'il a triché, et je n'accorde pas une grande foi à ses prétentions d'innocence, il faisait partie de la culture hypocrite des sports professionnels Nord-Américains face aux drogues dans les années 90. Les dirigeants d'un sport ne s'attaquent jamais aux drogues pour des questions éthiques mais bien pour des questions financières. C'est le dégoût et le refus de la tricherie des amateurs de sport qui les poussent à agir pour remédier à la situation, et systématiquement après le scandale, jamais avant. Que ce soit Ben Johnson pour les Olympiques, l'affaire Festina pour le cyclisme, où maintenant Balco et Bonds pour le baseball, ce genre de scandale est un sine qua non pour que les cadres agissent.
Comme tous les grands records du sport, ceux de Bonds ont été inscrits dans un contexte et dans une époque déterminée. Wayne Gretzky n'aurait pas marqué 92 buts dans le hockey ultra-défensif d'aujourd'hui; il aurait été aussi dominant pour son époque, mais n'aurait sans doute pas établi autant de marques inatteignables. Bonds est un représentant parfait du baseball des années 90. On peut condamner ou non son époque, et on peut le condamner ou non comme symbole de son époque, mais rappelons que l'usage de stéroïdes au baseball n'a été interdit qu'en 2003. Quant à moi, si Bonds est un joli bouc émissaire, les véritables coupables sont beaucoup plus haut dans la hiérarchie du baseball.
Comments:
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Tant qu'à moi, je ne crois pas que les stéroïdes aient affecté fondamentalement sa performance, c'est-à-dire que ce serait le meilleur joueur au monde avec ou sans drogues. Sa force fondamentale, bien avant ses gros bras, c'est son oeil au bâton. Il refuse de frapper la balle si elle n'est pas dans la zone des prises. Ça lui donne à la fois un nombre incroyable de buts sur balles et de meilleurs tirs à frapper puisqu'il ne s'élance que sur les meilleures offrandes du lanceur. Sur la question plus générale des stéroïdes, les gens ont associé la formidable croissance du nombre de coups de circuits avec la consommation de drogues, mais quant à moi ce serait d'abord que le "weight training" a énormément tardé à faire son apparition dans le monde du baseball, dû au mythe persistant que la "perte d'élasticité" contrecarrerait les gains en puissance. D'ailleurs, d'après ce que j'en sais, les stéroïdes ne font pas pousser des muscles tous seuls; ils permettent plutôt de s'entraîner plus longtemps et plus souvent, ce qui revient peut-être au même, mais m'apparaît comme une distinction importante.
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