Friday, October 29, 2004

Les bombes ne sont pas là où on les cherche

Le journalisme est censé être le lieu-phare de la pensée critique, mais il est désolant de constater à quel point cette qualité lui fait souvent défaut dans l'analyse des évènements. Si les soi-disant "spin doctors" sont légion dans le monde politique d'aujourd'hui, c'est à n'en pas s'en douter en bonne partie dû à la paresse intellectuelle du monde des médias. Le journaliste, comme n'importe qui, a tendance à se plier à la loi du moindre effort. Et justement, le travail du "spin doctor", c'est de connaître le fonctionnement de la machine médiatique et de savoir lui présenter la nouvelle déjà toute emballée, prête pour une consommation immédiate. Ça épargne du travail au journaliste, mais ce n'est pas nécessairement dans l'intérêt du lecteur qui mériterait parfois qu'on prenne la peine de dépaqueter la nouvelle et de la lui présenter plus crûment.

Les 380 tonnes d'explosifs disparus du site Al-Qaqaa nous en fournissent un bel exemple. Comme on pouvait s'y attendre vu le génie de Karl Rove et la vacuité des stratèges démocrates, les Républicains ont réussi à faire diversion avec une fausse question: tout ça c'est n'importe quoi, nous ne savons même pas si les explosifs sont disparus avant ou après la chute de Sadaam Hussein. Attendez de connaître tous les faits avant de nous attaquer.

Quelle connerie, et pas un journaliste sur la planète pour se rendre compte du stratagème. Au contraire, tout le monde se lance tête première sur la fausse piste dressée par les Républicains pour détourner l'attention (quand les explosifs sont-ils disparus?). Si les Américains ne savent pas quand les explosifs sont disparus, c'est déjà la preuve que ceux qui planifient la guerre n'ont pas fait leur travail correctement. Quand les explosifs sont-ils disparus? Ils ne le savent pas, et ils ne le savent pas parce qu'ils n'ont pas pris contrôle de ce site critique dont ils connaissaient l'existence avant l'invasion. S'ils avaient fait leur travail, et bien, justement, ils sauraient quand ils sont disparus.

C'est comme si un directeur d'entreprise se rendait compte qu'il manquait une centaine de millions de dollars aux comptes et que son comptable se défendait en lui disant, écoutez, vous ne pouvez pas me mettre à la porte; je ne les ai jamais vérifié les comptes, donc l'argent est peut-être disparu avant que vous m'engagiez. C'est son travail de vérifier les comptes, et c'était le travail de ceux qui avaient comme mission de préparer l'invasion de prévoir et de prévenir ce genre de choses. Plaider l'ignorance, c'est plaider coupable.
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