Sunday, October 31, 2004
Le petit génie aux bas rouges
Quand on est petit, on rêve de devenir un jour athlète professionnel. Puis on grandit, et on se rend compte que si on n'est même pas le meilleur joueur de sa ruelle, il y a peu de chances pour qu'on soit un des meilleurs au monde. Alors, on s'imagine coach ou directeur gérant d'une équipe des grandes ligues, surtout si on est meilleur avec un crayon dans les mains qu'avec un baton. Puis on vieillit, on se rend compte que les gérants sont à peu près tous des anciens joueurs professionnels, on troque son crayon pour un traitement de texte et on s'imagine journaliste sportif. On ne gagnera peut-être jamais le championnat, mais on pourra au moins leur dire comment faire.
Et bien Theo Esptein, le jeunîssime directeur gérant des Red Sox (28 ans!) vient peut-être d'ouvrir une porte à tous ces jeunes qui n'ont pas le talent pour jouer mais qui sont assez intelligents pour prendre les bonnes décisions. Ce n'est pas difficile d'imaginer le scepticisme des quotidiens bostonnais lorsqu'il a été nommé au poste il y a deux ans, mais c'est bel et bien lui qui était aux commandes des Red Sox pour le moment le plus glorieux d'une histoire qui s'était toujours interrompue à un petit pas de la consécration.
Ce qui est remarquable, c'est que Epstein est censé être un fanatique de l'analyse statistique des performances des joueurs, alors que sa décision la plus importante cette saison, l'échange de Garciaparra contre Cabrera et Mientkewitz, allait à l'encontre de cette doctrine, du moins en apparence. Le baseball est un sport riche en traditions, et donc nécessairement riche en "traditional wisdom", ces vérités léguées de génération en génération qui dictent la marche à suivre dans la recherche du succès. Ces vérités qui n'en sont pas sont restées intactes jusqu'à ce qu'un certain Bill James, justement aujourd'hui conseiller spécial des Red Sox, s'y intéresse et cherche à vérifier ce qu'il en était concrètement, principalement par l'analyse statistique. Ses découvertes et celles de ses disciples ont tranquillement changé le visage du baseball, tout simplement parce que ceux qui adaptaient leur stratégie en conséquence connaissaient plus de succès que ceux qui s'en tenaient aux vieux adages.
Si James s'est toujours bien gardé de prétendre que toute la vérité reposait dans les statistiques, c'est un travers dans lequel sont tombés nombre de ses congénères. Le baseball est un sport qui se prête très bien à l'analyse statistique, puisque chaque confrontation entre le lanceur et le frappeur peut être codifiée quasiment à l'infini, quelque chose d'impossible dans un sport plus mouvant et chaotique comme le hockey.
Il y a par contre certains aspects qui échappent plus ou moins à cette codification, dont le principal est sans aucun doute l'impact du jeu en défensive, et les mathématiciens en herbe ont souvent la mauvaise habitude de s'imaginer que ce qui est difficie à chiffrer n'existe tout simplement pas. Les Red Sox, traditionnellement, ont toujours été reconnus comme une équipe de cogneurs, mais faibles défensivement, et l'édition 2004 n'échappait certes pas à cette règle. Tous des monstres en attaque, mais quelques passoires en défensive.
Epstein a bougé: Nomar Garciaparra est parti pour les Cubs alors qu'Orlando Cabrera et Doug Mientkewitz, deux anciens gagnants du Gant Doré, rejoignaient les Red Sox. Au niveau statistique, c'est un échange difficile à comprendre, Garciaparra étant clairement supérieur à Cabrera en attaque. Mais si les forces des deux nouveaux venus se chiffrent plus difficilement, elles sont pourtant au moins aussi importantes. Cabrera est un excellent arrêt-court, et c'est aussi un vrai "team player", un joueur qui travaille véritablement pour le succès de l'équipe plutôt que pour l'accroissement de son égo. Mientkewitz est un as en défense et un joueur qui est prêt à accepter un rôle moins important s'il peut contribuer à une équipe gagnante.
Ça prenait des couilles grosses comme le Big Apple pour effectuer cet échange, Garciaparra étant une des plus grosses vedettes de l'équipe, mais c'était nécessaire et il y a très peu de directeurs gérants qui auraient eu le courage de passer à l'action. Le résultat, on le voit aujourd'hui. La malédiction du Bambino, plus que n'importe quoi d'autre, c'était une lacune dans l'esprit d'équipe des Red Sox, et si ce n'est pas un concept qu'on peut retrouver dans une colonne bien droite entre la moyenne au baton et les points produits, ça fait aussi gagner des championnats.
Et bien Theo Esptein, le jeunîssime directeur gérant des Red Sox (28 ans!) vient peut-être d'ouvrir une porte à tous ces jeunes qui n'ont pas le talent pour jouer mais qui sont assez intelligents pour prendre les bonnes décisions. Ce n'est pas difficile d'imaginer le scepticisme des quotidiens bostonnais lorsqu'il a été nommé au poste il y a deux ans, mais c'est bel et bien lui qui était aux commandes des Red Sox pour le moment le plus glorieux d'une histoire qui s'était toujours interrompue à un petit pas de la consécration.
Ce qui est remarquable, c'est que Epstein est censé être un fanatique de l'analyse statistique des performances des joueurs, alors que sa décision la plus importante cette saison, l'échange de Garciaparra contre Cabrera et Mientkewitz, allait à l'encontre de cette doctrine, du moins en apparence. Le baseball est un sport riche en traditions, et donc nécessairement riche en "traditional wisdom", ces vérités léguées de génération en génération qui dictent la marche à suivre dans la recherche du succès. Ces vérités qui n'en sont pas sont restées intactes jusqu'à ce qu'un certain Bill James, justement aujourd'hui conseiller spécial des Red Sox, s'y intéresse et cherche à vérifier ce qu'il en était concrètement, principalement par l'analyse statistique. Ses découvertes et celles de ses disciples ont tranquillement changé le visage du baseball, tout simplement parce que ceux qui adaptaient leur stratégie en conséquence connaissaient plus de succès que ceux qui s'en tenaient aux vieux adages.
Si James s'est toujours bien gardé de prétendre que toute la vérité reposait dans les statistiques, c'est un travers dans lequel sont tombés nombre de ses congénères. Le baseball est un sport qui se prête très bien à l'analyse statistique, puisque chaque confrontation entre le lanceur et le frappeur peut être codifiée quasiment à l'infini, quelque chose d'impossible dans un sport plus mouvant et chaotique comme le hockey.
Il y a par contre certains aspects qui échappent plus ou moins à cette codification, dont le principal est sans aucun doute l'impact du jeu en défensive, et les mathématiciens en herbe ont souvent la mauvaise habitude de s'imaginer que ce qui est difficie à chiffrer n'existe tout simplement pas. Les Red Sox, traditionnellement, ont toujours été reconnus comme une équipe de cogneurs, mais faibles défensivement, et l'édition 2004 n'échappait certes pas à cette règle. Tous des monstres en attaque, mais quelques passoires en défensive.
Epstein a bougé: Nomar Garciaparra est parti pour les Cubs alors qu'Orlando Cabrera et Doug Mientkewitz, deux anciens gagnants du Gant Doré, rejoignaient les Red Sox. Au niveau statistique, c'est un échange difficile à comprendre, Garciaparra étant clairement supérieur à Cabrera en attaque. Mais si les forces des deux nouveaux venus se chiffrent plus difficilement, elles sont pourtant au moins aussi importantes. Cabrera est un excellent arrêt-court, et c'est aussi un vrai "team player", un joueur qui travaille véritablement pour le succès de l'équipe plutôt que pour l'accroissement de son égo. Mientkewitz est un as en défense et un joueur qui est prêt à accepter un rôle moins important s'il peut contribuer à une équipe gagnante.
Ça prenait des couilles grosses comme le Big Apple pour effectuer cet échange, Garciaparra étant une des plus grosses vedettes de l'équipe, mais c'était nécessaire et il y a très peu de directeurs gérants qui auraient eu le courage de passer à l'action. Le résultat, on le voit aujourd'hui. La malédiction du Bambino, plus que n'importe quoi d'autre, c'était une lacune dans l'esprit d'équipe des Red Sox, et si ce n'est pas un concept qu'on peut retrouver dans une colonne bien droite entre la moyenne au baton et les points produits, ça fait aussi gagner des championnats.