Sunday, October 03, 2004
La goutte s'appelle Fabregas
S'il y a un sport extrême dont on ne sort que très rarement gagnant, c'est celui de questionner les décisions d'Arsène Wenger, le manager de l'Arsenal. Pour un partisan de l'équipe, c'est un sport amusant et sans danger, puisque de toute façon, comme le veut le dicton, "Arsene knows". Cette confiance aveugle est une seconde nature pour les fans; rien de plus naturel quand on pense que parmi la panoplie de vedettes dont l'équipe dispose, presque tous étaient d'illustres inconnus avant leur arrivée. Dans le tourbillon des rumeurs de transferts qui est endémique au foot, le Gooner averti apprend vite à séparer le bon grain de l'ivraie: s'il n'a jamais entendu parler du joueur auparavant, c'est que celui-ci pourrait en effet signer un contrat sous peu; s'il s'agit d'une vedette établie, on peut oublier ça.
Une de ses dernières trouvailles est le jeune catalan Cesc Fabregas, chipé à son Barça natal à l'âge de quinze ans, et déjà six fois titulaire cette année à dix-sept ans seulement. C'est d'ailleurs un exemple de la dernière astuce de Wenger, qui fait rager les clubs espagnols, français et italiens en profitant des lois anglaises plus permissives pour faire signer un contrat professionel à un jeune qui n'est pas encore en âge de le faire dans son propre pays. Fabregas, Mathieu Flamini et Arturo Lupoli sont tous arrivés ainsi dans les deux dernières années. Si les deux derniers jouent pour l'instant encore un rôle marginal, Fabregas s'avère déjà un joueur clé plus que surprenant.
Une statistique plutôt incroyable: en six matches avec Fabregas comme titulaire au centre du terrain, en compagnie de Vieira ou de Gilberto, six victoires et 23 buts, soit presque quatre par match. Dans les cinq matches où il n'a pas débuté sur la pelouse, trois victoires, deux matches nuls et "seulement" huit buts, une moyenne d'un but et demi par match. D'un point de vue purement mathématique, et en oubliant toute forme de marge d'erreur, cela voudrait dire que ce petit jeunot à la barbe duveteuse serait personnellement responsable de plus de deux buts par match. Ce serait faire mentir les statistiques que de les interpréter aussi abusivement, mais c'est tout de même exceptionnel. Comment est-ce possible?
Plusieurs éléments de réponse: d'abord, l'opposition était sans doute un peu plus forte dans les cinq matches où il n'a pas joué. Là-dessus, deux parties de ligue des Champions, et trois adversaires en championnat qui sont peut-être un peu plus forts que ceux que Fabregas a eu à affronter, bien que ça ne se reflète pas jusqu'à maintenant dans le classement. Ensuite, sans doute qu'il y a une petite part de hasard là-dedans, et que les autres joueurs de l'équipe ont fourni de meilleures prestations pour diverses raisons lors des matches où il était titulaire. Mais en regardant jouer ce jeune homme on se rend rapidement compte qu'il est réellement exceptionnel. On a surtout le sentiment qu'il joue systématiquement la bonne passe; le plus souvent c'est une passe toute simple, mais il manque rarement une occasion de transpercer la défense avec une passe "qui a des yeux" lorsque la possiblité se présente. Et n'est-ce pas justement le propre d'un bon milieu de terrain que de rendre meilleurs les joueurs qui l'entourent?
Évidemment, il ne vaut pas deux buts et demi par match à lui tout seul. Mais il y a une comparaison toute simple qui explique bien l'effet que sa présence peut avoir sur l'adversaire. Prenez un homme moyen, dans un bar moyen, qui commande un certain nombre de bouteilles de Molson Ex. On lui en donne une, puis une deuxième, puis une troisième, pas de problème. Cinq, six, sept, avec un bon passé de gars de taverne ça peut aller. Mais donnez-lui en une huitième, une neuvième, et voilà qu'il les échappe toutes. C'est un peu ça qui se passe en ce moment avec l'Arsenal. Henry, Bergkamp, Reyes, Pires ou Ljungberg, ça peut se gérer avec beaucoup de travail et un peu de chance; mais rajoutez ce petit diable de Fabregas en milieu de terrain et il devient une sorte de porte-avion d'où les bombardiers supersoniques peuvent décoller à tout moment pour une sortie sur le but adverse. Plus prosaïquement, c'est alors lui la fameuse goutte qui fait déborder le vase.
Une de ses dernières trouvailles est le jeune catalan Cesc Fabregas, chipé à son Barça natal à l'âge de quinze ans, et déjà six fois titulaire cette année à dix-sept ans seulement. C'est d'ailleurs un exemple de la dernière astuce de Wenger, qui fait rager les clubs espagnols, français et italiens en profitant des lois anglaises plus permissives pour faire signer un contrat professionel à un jeune qui n'est pas encore en âge de le faire dans son propre pays. Fabregas, Mathieu Flamini et Arturo Lupoli sont tous arrivés ainsi dans les deux dernières années. Si les deux derniers jouent pour l'instant encore un rôle marginal, Fabregas s'avère déjà un joueur clé plus que surprenant.
Une statistique plutôt incroyable: en six matches avec Fabregas comme titulaire au centre du terrain, en compagnie de Vieira ou de Gilberto, six victoires et 23 buts, soit presque quatre par match. Dans les cinq matches où il n'a pas débuté sur la pelouse, trois victoires, deux matches nuls et "seulement" huit buts, une moyenne d'un but et demi par match. D'un point de vue purement mathématique, et en oubliant toute forme de marge d'erreur, cela voudrait dire que ce petit jeunot à la barbe duveteuse serait personnellement responsable de plus de deux buts par match. Ce serait faire mentir les statistiques que de les interpréter aussi abusivement, mais c'est tout de même exceptionnel. Comment est-ce possible?
Plusieurs éléments de réponse: d'abord, l'opposition était sans doute un peu plus forte dans les cinq matches où il n'a pas joué. Là-dessus, deux parties de ligue des Champions, et trois adversaires en championnat qui sont peut-être un peu plus forts que ceux que Fabregas a eu à affronter, bien que ça ne se reflète pas jusqu'à maintenant dans le classement. Ensuite, sans doute qu'il y a une petite part de hasard là-dedans, et que les autres joueurs de l'équipe ont fourni de meilleures prestations pour diverses raisons lors des matches où il était titulaire. Mais en regardant jouer ce jeune homme on se rend rapidement compte qu'il est réellement exceptionnel. On a surtout le sentiment qu'il joue systématiquement la bonne passe; le plus souvent c'est une passe toute simple, mais il manque rarement une occasion de transpercer la défense avec une passe "qui a des yeux" lorsque la possiblité se présente. Et n'est-ce pas justement le propre d'un bon milieu de terrain que de rendre meilleurs les joueurs qui l'entourent?
Évidemment, il ne vaut pas deux buts et demi par match à lui tout seul. Mais il y a une comparaison toute simple qui explique bien l'effet que sa présence peut avoir sur l'adversaire. Prenez un homme moyen, dans un bar moyen, qui commande un certain nombre de bouteilles de Molson Ex. On lui en donne une, puis une deuxième, puis une troisième, pas de problème. Cinq, six, sept, avec un bon passé de gars de taverne ça peut aller. Mais donnez-lui en une huitième, une neuvième, et voilà qu'il les échappe toutes. C'est un peu ça qui se passe en ce moment avec l'Arsenal. Henry, Bergkamp, Reyes, Pires ou Ljungberg, ça peut se gérer avec beaucoup de travail et un peu de chance; mais rajoutez ce petit diable de Fabregas en milieu de terrain et il devient une sorte de porte-avion d'où les bombardiers supersoniques peuvent décoller à tout moment pour une sortie sur le but adverse. Plus prosaïquement, c'est alors lui la fameuse goutte qui fait déborder le vase.